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Posts Tagged ‘bâiller’

SONNET DE LA BOUCHE VUE EN RÊVE (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2019




    
SONNET DE LA BOUCHE VUE EN RÊVE

Ayant requis Paula de sa faveur première,
J’attendais que le somme eût porté son conseil,
Quand, bâillante, elle offrit sa bouche à la lumière,
Y tourna par sa glace un rayon de soleil.

A quelque fine église en gothique manière
L’intérieur, miracle! était assez pareil;
Les lèvres paraissaient la superbe portière
Qui s’ouvrait, découvrant le dévot appareil.

La langue y composait un lisse et mol dallage,
Le palais un plafond en ogival ouvrage,
Les dents étaient piliers étincelants d’émail.

A la voûte du choeur, de cramoisi tendue,
La luette semblait la lampe suspendue.
Toute la gorge, au fond, n’était qu’un haut vitrail.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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Le bénitier (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019




Le bénitier

Tu es semblable au bénitier
qui bâille à l’ombre dans l’abside
chacun sa main vient y tremper
salue la croix et sort placide.

(Armand Lanoux)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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AVEU (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018




    
AVEU

Je vous aime, quoique j’enrage,
que ce soit ridicule et vain.
En outre il faut qu’à vos genoux
j’avoue ma sottise et ma honte.
Avec ma figure ! A mon âge !
Il serait temps de s’assagir.
Mais tous les indices sont clairs :
je suis atteint du mal d’amour.
Loin de vous je m’ennuie,— je bâille —
près de vous la langueur m’est douce
et je n’en peux mais : je dois dire,
cher ange, combien je vous aime.
Quand j’entends, venant du salon,
vos pas, le bas de votre robe
ou votre voix juvénile et candide,
je perds d’un seul coup la raison.
Souriez-vous ? Je suis aux anges.
Vous m’ignorez ? J’ai le coeur lourd.
Tout un jour de peine s’efface
si vous m’offrez votre main pâle.

Quand, absorbée par votre ouvrage,
vous laissez ruisseler vos boucles
indolemment, les yeux baissés,
je m’attendris, ne dis plus mot,
vous contemplant comme un enfant.
Vous conterai-je ma détresse,
ma tristesse, ma jalousie,
quand par tous les temps vous allez
au loin, trop loin, vous promener ?
Ou bien vos larmes solitaires,
les propos à deux dans un coin,
ou les petits voyages en ville
ou les soirées près du piano ?
Aline, ayez pitié de moi !
Je n’ose exiger de l’amour.
Il se peut que, pour mes péchés,
je sois indigne d’être aimé.
Faites semblant ! Votre regard
exprime si bien tant de choses.
Je suis si facile à tromper!
Et voudrais tant l’être par vous !

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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Eh bien oui, je l’ai chagrinée (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018



Eh bien oui, je l’ai chagrinée,
Tout le long, le long de l’année;
Mais quoi! s’en est-elle étonnée?
Absolus, drapés de layettes,
Aux lunes de miel de l’Hymette,
Nous avions par trop l’air vignette!
Ma vitre pleure, adieu! l’on bâille
Vers les ciels couleur de limaille
Où la Lune a ses funérailles.
Je ne veux accuser nul être,
Bien qu’au fond tout m’ait pris en traître.
Ah! paître, sans but là-bas! paître…

(Jules Laforgue)

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Marée (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



Marée

La vie se retire,
Tire ses galets:
Par cette marée
Le désert empire.

Epaves, larcins,
Monstres affalés,
Feuillages brûlés
Des arbres marins

S’entassent, s’emmêlent
Dans les plis salés
Du sable léché
Par l’ennui du jour.

L’ombre défendue.
Le chant qui défaille.
Une coque bâille
Au vent qui la tue.

Le soleil dévore
De pâles méduses.
La mer au loin s’use
En jeux incolores.

Trop tard si la force
Un instant perdue
S’amasse et reflue
Vers la rive sèche:

La vague ne sent
A ses lèvres bleues
Que le baiser creux
De mille ossements.

(Jean Joubert)

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TERRE ARROSEE (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




    
TERRE ARROSEE

Dans les verts brouillards de l’Aurore
Ah! tout ce qui se cache, ce qui se cache de bonheur
Et de malheur. Dans les brouillards de la nuit
Le rose ne s’est pas évanoui
Que le chien déjà bâille et s’ennuie.
Il y a autant d’oiseaux que de feuilles dans la forêt.

La nuit quand je pense à la poésie
Je ne peux pas, je ne peux pas dormir
Eau d’aurore
Les mots, ne les dissipez pas encore
— Tu les trouveras dans la rue
En allant revoir tes amis :
Entre le grand ciel triste et tout ce qui, gonflé,
Soupire, le miracle naîtra de la terre arrosée.

(Max Jacob)

 

Recueil: Le laboratoire central
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’ENFUIE (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

L’ENFUIE

Quand je dis la pluie
Je parle de vous
Sa mélancolie
Constelle de clous
Le mur de grisaille
Sans y faire un trou
Dis-moi qui travaille
C’est un vieux hibou
sous la pluie

Quand je dis la neige
Je parle de vous
Son petit manège
Tourne autour de nous
Que le temps me baille
La maison du loup
Que mon temps s’en aille
À parler de vous
sous la neige

Je dis vent et feuille
C’est parler de vous
Veuille le vent veuille
Encore être doux
Je taille, je taille
D’avril en août
Quand le temps s’écaille
Au vent… c’est pour vous
sous les feuilles

Que ce soit la brume
Que ce soit l’oiseau
Dans tous les costumes
C’est du temps nouveau
Que ce soit la paille
Que ce soit le houx
je me retrouvaille
A parler de vous

MA JEUNESSE

(Gilles Vigneault)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Il y en a qui doivent parler (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



Illustration : Pierre Faure
    
Il y en a qui doivent
Parler, parler encore à l’ombre dans les coins

Des plaies qui cicatrisent avec beaucoup de mal
Dans la nuit la plus claire

Et des étangs qui bâillent
On dirait contre un mur
Qui les tiendrait couchés.

Il y en a qui doivent
Longer ce mur, le même,
Et tâcher de l’ouvrir

Avec des mots, des noms qu’il s’agit de trouver
Pour tout ce qui n’a pas de forme et pas de nom.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Terraqué suivi de Exécutoire
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ils se sont assemblés (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



encrier [1280x768]

Ils se sont assemblés
De leurs petites vies qu’entend-on
leurs rires m’éclaboussent
Je passe
des mots poisseux s’attachent
et l’ennui m’asphyxie

On ne peut pas partir
On traîne tant de choses qu’on croit voir derrière soi
l’encrier bâille sur ma table
un bruit seul a glissé
contre le mur des espoirs rampent
Je me pétrifie

Où sauter
une crainte s’évapore
Le silence
puis une lettre s’insinue
Il faudrait arracher des nuages
S’en aller

(Philippe Soupault)

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Les chats baîllent (Jack Kerouac)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018



Les chats baîllent
parce qu’ils se rendent compte
qu’il n’y a rien à faire.

(Jack Kerouac)

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