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Posts Tagged ‘bâillonner’

ANNEAUX DE CENDRE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




ANNEAUX DE CENDRE

Ce sont mes voix qui chantent
pour qu’ils ne chantent pas,
les bâillonnés à l’aube grise,
les déguisés en oiseau éploré sous la pluie.

Il y a, dans l’attente,
une rumeur de lilas qui se déchire.
Il y a, lorsque vient le jour,
un partage du soleil en petits soleils noirs.
Et lorsque c’est la nuit, toujours,
une tribu de mots mutilés
cherche asile dans ma gorge
pour qu’ils ne chantent pas,
les funestes, les maîtres du silence.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration

 

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Incertitude (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



 

Andrey Kartashov girl-in-armchair

Incertitude

T’absentant,
tu m’habites.
Tendrement.
Comme présent.
Dis-moi vite…
et ne mens :
M’absentant,
je t’habite
mêmement ?
Ne sachant,
je m’irrite.
Questionnant
bassement.
Etouffant
mes élans.
Bâillonnant
mes redites.
T’assommant.
M’assommant.
Qu’il est fort
mon tourment !
Et pourtant…
Mais encore…
Dis-moi vite :
M’absentant,
je t’habite ?

(Esther Granek)

Illustration: Andrey Kartashov

 

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Visage entre tous les visages (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2016



 

Alexandra Kirievskaya  r  [1280x768]

Visage entre tous les visages
Que je t’ai donnés pour te voir,
Avec eux c’est toi qui partages
Leur multiple et secret pouvoir.

Tu ne retournes sur la terre
Que par la grâce d’un vivant
Dont le nom, ce masque de verre,
T’enchaîne à tous ceux qu’il défend.

Visage entre tous les visages,
C’est le tien qui me fut donné
Pour que ce soit toi qui propages
L’étreinte qui m’a bâillonné.

Je m’égare sur cette route
Qui rejoint nos pas dans tous ceux
Que j’invente et que je redoute :
Sommes-nous si seuls d’être deux ?

Visage entre tous les visages,
Par le tien je suis condamné
A survivre à tous ces naufrages
Dans un grand corps déraciné.

Quand, chaque nuit, tu me visites,
Quel orageux enlacement
Livre à ces formes interdites
Celle où je te vois en dormant ?

Visage entre tous les visages,
Est-ce le tien que je dois fuir
Lorsque la mer où tu voyages
Me disperse et veut m’envahir?

Sur la blancheur de cette couche,
L’aube a la couleur du baiser
Qui ravit à la même bouche
Le vain désir de l’épuiser.

Visage entre tous les visages,
Que n’ai-je aboli dans le tien
L’éternité de ces images
Où ton corps se vouait au mien?

Je m’oublie en toi si je rêve
A ce qui fut et n’est en moi
Que le même jour qui se lève
Sur celui que j’attends de toi.

(Louis Emié)

Illustration: Alexandra Kirievskaya

 

 

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Les Idées sont en route depuis longtemps (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2016



Les Idées sont en route
Depuis longtemps,
Et vont coûte que coûte
Par tous les temps…

… Quelles embûches l’Ignorance,
A disposées sur leur chemin!
Et quels clous de souffrance
Bêtise planta dans leurs mains!

Mais elles s’en allaient, sublimes, résignées,
Elles laissaient pleurer leurs yeux hallucinés,
Leurs beaux yeux,
Et parlaient sourdement, la bouche bâillonnée,
Par les mauvaises routes,
Et sans qu’on les écoute…

(Charles Vildrac)

Illustration: Eugène Delacroix

 

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SEULE (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



Tereza Vlcková -a-perfect-day-elise...-tripo

SEULE
à Gérard Vulliamy

Tout se résout dit-elle en s’éveillant
Car le sommeil m’a donné à penser
Et ma mémoire est un fruit savoureux
Plus savoureux que le soleil nouveau
Qui doucement éclaire mes draps chauds

Mémoire et même du désert et du silence

Joli désert où la mort est légion
Le cœur parcelle et le temps dispersion
Silence noir où tout se contredit

Elle s’éveille et ses yeux ne sont plus
Ces îles loin à l’horizon du corps
On y pénètre on y chante on y rit
Le jour bâillonne le silence.

(Paul Eluard)

Illustration: Tereza Vlcková

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Casida des pleurs (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2015


 

J’ai fermé mon balcon
car je ne veux pas entendre les pleurs,
mais derrière les murs gris
on n’entend rien d’autre que les pleurs.

Il y a très peu d’anges qui chantent,
il y a très peu de chiens qui aboient,
mille violons tiennent dans la paume de ma main.

Mais les pleurs sont un chien immense,
mais les pleurs sont un ange immense,
les pleurs sont un violon immense,
les larmes bâillonnent le vent,
et l’on entend rien d’autre que des pleurs.

(Federico Garcia Lorca)

 

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Le temps avec toi (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2015



Le temps avec toi

Je bâillonne le temps
Et mes souvenirs bousculent
Des silences de couleurs

J’apprécie l’aube
Sur ton sein florissant
Et ta bouche qui s’ouvre
Pour éclore des baisers

Je lisse la surface de l’eau
Pour y voir ton reflet

Tu imprègnes ta chambre de ton charme
Des vagues de désirs me submergent alors
Tu es mon havre provisoire
Dans ma conquête des espaces
Un reste de lumière éclaire les heures silencieuses.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Jean-Baptiste Valadié

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DE LA CONTRÉE DE LA MORT (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2015



 

Remedios Varo Uranga  _trois destinée parfois suivent le même chemin [1280x768]

DE LA CONTRÉE DE LA MORT

Comme le silence bâillonne nos âmes,
Ce ciel gris nous dévisage,
L’homme va et en vain son visage
Interroge les présages.

L’oiseau ne peut plus voler,
Par-delà les toits gris, sans force, il fuit
L’énergie ne peut renaître,
L’homme gît à terre, épuisé.

Et vers le soir, lorsque les brouillards gris
S’allègent et que sur les demeures vieilles
L’or s’embrase, les âmes tremblent :
Qui nous éveille de la mort ?

(Srecko Kosovel)

Illustration: Remedios Varo Uranga

 

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