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Poésie

Posts Tagged ‘baiser’

Le coeur pris par elle en secret (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



 

George Frederick Watts-« Choisir »

Le coeur pris par elle en secret

Toute grâce et toutes nuances
Dans l’éclat doux de ses seize ans,
Elle a la candeur des enfances
Et les manèges innocents.

Ses yeux, qui sont les yeux d’un ange,
Savent pourtant, sans y penser,
Eveiller le désir étrange
D’un immatériel baiser.

Et sa main, à ce point petite
Qu’un oiseau-mouche n’y tiendrait,
Captive sans espoir de fuite,
Le coeur pris par elle en secret.

L’intelligence vient chez elle
En aide à l’âme noble; elle est
Pure autant que spirituelle:
Ce qu’elle a dit, il le fallait

Et si la sottise l’amuse
Et la fait rire sans pitié,
Elle serait, étant la muse,
Clémente jusqu’à l’amitié,

Jusqu’à l’amour – qui sait? peut-être,
A l’égard d’un poète épris
Qui mendierait sous sa fenêtre,
L’audacieux un digne prix

De sa chanson bonne ou mauvaise!
Mais témoignant sincèrement,
Sans fausse note et sans fadaise,

(Paul Verlaine)

Illustration: George Frederick Watts

 

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Les Passantes (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



Illustration: Jacques Dormont
    
Les Passantes

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu’on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu’on connaît à peine
Qu’un destin différent entraîne
Et qu’on ne retrouve jamais

A celle qu’on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s’évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu’on en demeure épanoui

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu’on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu’on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré la main

A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d’un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D’un avenir désespérant

Chères images aperçues
Espérances d’un jour déçues
Vous serez dans l’oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu’on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l’on a manqué sa vie
On songe avec un peu d’envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu’on n’osa pas prendre
Aux coeurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu’on n’a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l’on n’a pas su retenir

(Georges Brassens)

 

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Angoisse (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Angoisse

Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête
En qui vont les péchés d’un peuple, ni creuser
Dans tes cheveux impurs une triste tempête
Sous l’incurable ennui que verse mon baiser :

Je demande à ton lit le lourd sommeil sans songes
Planant sous les rideaux inconnus du remords,
Et que tu peux goûter après tes noirs mensonges,
Toi qui sur le néant en sais plus que les morts.

Car le Vice, rongeant ma native noblesse
M’a comme toi marqué de sa stérilité,
Mais tandis que ton sein de pierre est habité

Par un cœur que la dent d’aucun crime ne blesse,
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul,
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Giuseppe Antonio Petrini

 

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Eveil amoureux (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



Eveil amoureux

A travers les volets, un rayon de soleil
Se glisse pour venir colorer de vermeil
Ton sourire épanoui sur le coin de ta bouche.
Au réveil du matin, quand bourdonne la mouche,
Ton regard de tendresse annonce le baiser
Et promet la caresse à mon corps apaisé

Le geste de ta main conjugue la luxure
D’une chair qui se donne à l’âme la plus pure.
Les courbes de ton corps dessinent l’horizon
Que ma main peut toucher au sein de la maison.
Qu’elle soit allumée ou qu’elle soit éteinte,
La lumière en nos cœurs éclaire notre étreinte.

Il n’est rien de plus saint que ce divin péché
Auquel nous succombons au lever, au coucher
Et j’ose proclame .  » Ce n’est pas un blasphème
De s’unir dans la chair du moment que l’on s’aime »

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Francine Van Hove

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A Laure (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



A Laure

Si tu ne m’aimais pas, dis-moi, fille insensée,
Que balbutiais-tu dans ces fatales nuits ?
Exerçais-tu ta langue à railler ta pensée ?
Que voulaient donc ces pleurs, cette gorge oppressée,
Ces sanglots et ces cris ?

Ah ! si le plaisir seul t’arrachait ces tendresses,
Si ce n’était que lui qu’en ce triste moment
Sur mes lèvres en feu tu couvrais de caresses
Comme un unique amant ;

Si l’esprit et les sens, les baisers et les larmes,
Se tiennent par la main de ta bouche à ton coeur,
Et s’il te faut ainsi, pour y trouver des charmes,
Sur l’autel du plaisir profaner le bonheur :

Ah ! Laurette ! ah ! Laurette, idole de ma vie,
Si le sombre démon de tes nuits d’insomnie
Sans ce masque de feu ne saurait faire un pas,
Pourquoi l’évoquais-tu, si tu ne m’aimais pas ?

(Alfred de Musset)


Illustration: Alina Maksimenko

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Ma collection (Christian Poslaniec)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



Ma collection

Tous les baisers
Qu’on m’a donnés
Toutes les bulles de tendresse
et tous mes colliers de caresses
j’en fais la collection…

Peut-être il poussera
Des forêts d’arbres à bises
Des buissons tendres de murmures
Un hérisson aux doigts très doux
Lorsque je sèmerai
Ma collection, en mai!

Tous les baisers
Qu’on m’a donnés
Toutes les bulles de tendresse
et tous mes colliers de caresses
Je les garde bien au doux
dans un beau coffret à bisous.

(Christian Poslaniec)


Illustration

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LE BAISER (Tristan l’Hermite)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



Illustration: Lawrence Alma-Tadema
    
LE BAISER

Mes écrits à jamais, Amour, te béniront,
Puisque par ta faveur j’amollis cette souche;
Pour le prix d’un laurier que je mis sur son front,
Iris me fit baiser les roses de sa bouche.

Qu’elle plongea mon âme en de félicités !
Que ce ressouvenir est doux à ma pensée !
Et si je dépeignis de belles vérités,
Que mon invention fut bien récompensée!

Ô Divine merveille, il faut bien que mes vers
Portent votre louange au bout de l’univers,
Vous fassent adorer des plus rares personnes;

Vous le reconnaissez trop libéralement.
Vous donnez des trésors, vous donnez des couronnes,
Et si vous ne donnez qu’un baiser seulement.

(Tristan l’Hermite)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Courrier du coeur (Georges Sand)(Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018


 

georges-sand-alfred-de-musset-f6

 

aimer-s

 

baiser

 

Cher ami,
Je suis toute émue de vous dire que j’ai
bien compris l’autre jour que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir ainsi
vous dévoiler, sans artifice, mon âme
toute nue, daignez me faire visite,
nous causerons et en amis franchement
je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l’affection
la plus profonde, comme la plus étroite
amitié, en un mot : la meilleure épouse
dont vous puissiez rêver. Puisque votre
âme est libre, pensez que l’abandon ou je
vis est bien long, bien dur et souvent bien
insupportable. Mon chagrin est trop
gros. Accourrez bien vite et venez me le
faire oublier. À vous je veux me sou-
mettre entièrement.
Votre poupée

(Georges Sand)

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez-vous qu’un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d’un cœur
Que pour vous adorer forma le Créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n’ose dire.
Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

(Alfred de Musset)

Cette insigne faveur que votre cour réclame
Nuit à ma renommée et répugne mon âme.

(Georges Sand)

 

 

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Ici-bas (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



Ici-bas

Ici-bas tous les lilas meurent,
Tous les chants des oiseaux sont courts ;
Je rêve aux étés qui demeurent
Toujours…

Ici-bas les lèvres effleurent
Sans rien laisser de leur velours ;
Je rêve aux baisers qui demeurent
Toujours…

Ici-bas tous les hommes pleurent
Leurs amitiés ou leurs amours ;
Je rêve aux couples qui demeurent
Toujours…

(René-François Sully Prudhomme)

 Illustration: Jean-Marie Manson

 

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La mélancolie de Pierrot (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2018



La mélancolie de Pierrot

Le premier jour, je bois leurs yeux ennuyés….
Je baiserais leurs pieds,
À mort. Ah! qu’elles daignent
Prendre mon coeur qui saigne!
Puis, on cause…. — et ça devient de la Pitié;
Et enfin je leur offre mon amitié.

C’est de pitié, que je m’offre en frère, en guide;
Elles, me croient timide,
Et clignent d’un oeil doux :
« Un mot, je suis à vous! »
(Je te crois) Alors, moi, d’étaler les rides
De ce coeur, et de sourire dans le vide

Et soudain j’abandonne la garnison,
Feignant de trahisons!
(Je l’ai échappé belle!)
Au moins, m’écrira-t-elle?
Point. Et je la pleure toute la saison….
— Ah! j’en ai assez de ces combinaisons!

Qui m’apprivoisera le coeur! belle cure …..
Suis si vrai de nature
Aie la douceur des soeurs!
Oh viens! suis pas noceur,
Serait-ce donc une si grosse aventure
Sous le soleil? dans toute cette verdure…

(Jules Laforgue)


Illustration: Antoine Watteau

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