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Posts Tagged ‘baiser’

VISAGE D’AVRIL (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



VISAGE D’AVRIL

J’aime entrouvert
le velours vert
de ton col de collines
pour y poser
un nid de baisers,
une aile d’églantine

J’aime fondant
entre mes dents
sucer ce lobe
de sucre vermeil
où boucle d’or,
boucle d’oreille,
tu pinces le soleil

Caresser ta joue,
ronde et lisse ombelle,
visage d’avril,
et d’un doigt subtil
suivre le tracé
de ton sourcil en
vol d’hirondelle

Monter en ballon
dans le bleu de tes yeux,
sous l’ombre des cils
léger dans les cieux,
monter si haut
que dans la nacelle
pris de vertige
mon coeur chancelle

Et suspendu ainsi jusqu’au soir
à trembler de peur
et d’espoir,
j’attends , avec mes oiseaux-rêves
qui dans ton ciel
tournent en rond ,
à la frange fleurie
des branches sur ton front…

(Christiane Barrillon)

Illustration: Dina Shubin

 

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A QUELQUES PASSANTES (Louis Duchosal)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



A QUELQUES PASSANTES

Mon âme est en fleur comme au mois de mai,
Et mon rêve arbore un drapeau de joie…
O le bon rayon que le ciel m’envoie!
Ma vie est un chant, mon cœur est aimé.

Tout le désespoir qui mouille ce livre
Provenait d’un pli de rose en mon lit,
Mon cœur est oiseau dans le bois de l’oubli…
Comme l’air est doux, comme il fait bon vivre!

Bonjour grand soleil: voici mon espoir,
Voici mon orgueil, fais-leur un peu signe;
Ils voulaient la grappe, ils ont une vigne;
Je t’offre un baiser, étoile du soir.

Je suis comme un roi, je porte une épée
Et l’ambition me brûle le sang;
Je vais te conter mon âme, ô passant!
Mon cheval hennit pour une épopée.

(Louis Duchosal)

 

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Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie,
Dis, combien l’absence, même d’un jour,
Attriste et attise l’amour ,
Et le réveille, en ses brûlures endormies ?

Je m’en vais au-devant de ceux
Qui reviennent des lointains merveilleux
Où, dès l’aube, tu es allée ;
Je m’assieds sous un arbre, au détour de l’allée ;
Et, sur la route, épiant leur venue,
Je regarde et regarde, avec ferveur, leurs yeux
Encor clairs de t’avoir vue.

Et je voudrais baiser leurs doigts qui t’ont touchée,
Et leur crier des mots qu’ils ne comprendraient pas,
Et j’écoute longtemps se cadencer leur pas
Vers l’ombre où les vieux soirs tiennent la nuit penchée.

(Emile Verhaeren)

 

 

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LENDEMAIN (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2017



 

LENDEMAIN
A Henri Mercier.

Avec les fleurs, avec les femmes,
Avec l’absinthe, avec le feu,
On peut se divertir un peu,
Jouer son rôle en quelque drame.

L’absinthe bue un soir d’hiver
Eclaire en vert l’âme enfumée,
Et les fleurs, sur la bien-aimée
Embaument devant le feu clair.

Puis, les baisers perdent leurs charmes,
Ayant duré quelques saisons.
Les réciproques trahisons
Font qu’on se quitte un jour, sans larmes.

On brûle lettres et bouquets
Et le feu se met à l’alcôve,
Et, si la triste vie est sauve,
Restent l’absinthe et ses hoquets.

Les portraits sont mangés des flammes ;
Les doigts crispés sont tremblotants…
On meurt d’avoir dormi longtemps
Avec les fleurs, avec les femmes.

(Charles Cros)

Illustration: Viktor Oliva

 

 

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Le Banc de Pierre (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



Le Banc de Pierre

Au fond du parc, dans une ombre indécise,
Il est un banc, solitaire et moussu,
Où l’on croit voir la Rêverie assise,
Triste et songeant à quelque amour déçu.
Le Souvenir dans les arbres murmure,
Se racontant les bonheurs expiés ;
Et, comme un pleur, de la grêle ramure
Une feuille tombe à vos pieds.

Ils venaient là, beau couple qui s’enlace,
Aux yeux jaloux tous deux se dérobant,
Et réveillaient, pour s’asseoir à sa place,
Le clair de lune endormi sur le banc.
Ce qu’ils disaient, la maîtresse l’oublie ;
Mais l’amoureux, cœur blessé, s’en souvient,
Et dans le bois, avec mélancolie,
Au rendez-vous, tout seul, revient.

Pour l’œil qui sait voir les larmes des choses,
Ce banc désert regrette le passé,
Les longs baisers et le bouquet de roses
Comme un signal à son angle placé.
Sur lui la branche à l’abandon retombe,
La mousse est jaune, et la fleur sans parfum ;
Sa pierre grise a l’aspect de la tombe
Qui recouvre l’Amour défunt !…

(Théophile Gautier)

Illustration

 

 

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Embrasse-moi, mon coeur … (Rémy Belleau)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



 

Carmen Tyrrell  c.t.Lovers Je te Aime 1500

Embrasse-moi, mon coeur…

Embrasse-moi, mon coeur, baise-moi, je t’en prie,
Presse-moi, serre-moi ! À ce coup je me meurs !
Mais ne me laisse pas en ces douces chaleurs :
Car c’est à cette fois que je te perds, ma vie.

Mon ami, je me meurs et mon âme assouvie
D’amour, de passions, de plaisirs, de douceurs,
S’enfuit, se perd, s’écoule et va loger ailleurs,
Car ce baiser larron me l’a vraiment ravie.

Je pâme ! Mon ami ! mon ami, je suis morte !
Hé ! ne me baisez plus, au moins de cette sorte.
C’est ta bouche, mon coeur, qui m’avance la mort.

Ote-la donc, m’amour, ote-la, je me pâme !
Ote-la, mon ami, ote-la, ma chère âme,
Ou me laisse mourir en ce plaisant effort !

(Rémy Belleau)

Illustration: Carmen Tyrrell

 

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Si tu savais (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



Nous ne boirons pas dans le même verre
Ni de l’eau ni du vin doux,
Nous n’échangerons pas de baisers le matin,
Et le soir nous ne serons pas ensemble à la fenêtre.
Ton signe est le soleil; le mien, la lune;
Mais nous vivons d’un seul amour.

Mon tendre ami fidèle est toujours avec moi,
Ton amie joyeuse est toujours avec toi,
Mais je comprends l’effroi dans ces yeux gris,
Et tu es la cause de mon malaise.
Nous espaçons nos rencontres trop brèves.
C’est notre lot: protégeons notre paix.

Oui mais ta voix chante dans mes poèmes,
Mon souffle passe dans les tiens.
Oh, ce bûcher existe et ni l’oubli
Ni la peur n’osent s’approcher.
Si tu savais comme, en ce moment,
J’aime tes lèvres, roses, sèches !

(Anna Akhmatova)

Illustration: Man Ray

 

Illustration: Man Ray

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L’AMOUR (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



L’AMOUR

Deux enfants jouent avec l’Amour.
L’un est aveugle, l’autre sourd.
Celui qui le voit, en silence,
Epie à ses lèvres l’apparence
D’un nom voluptueux et doux.
Il regarde ces lèvres où
Ce nom divin tremble et s’éclaire,
Voilé d’un éternel mystère.
Elles s’allongent avec langueur.
Est-ce un souffle sur une fleur ?
Ou ne serait-ce, ainsi qu’il semble,
Que le son d’un baiser qui tremble.
Un son de soie et de velours ?…
Deux enfants jouent avec l’Amour.
Celui qui l’écoute dans l’ombre
Entend son nom magique et sombre ;
Mais en cette âme d’obscurité,
La splendeur pâle et la beauté
De cet être inconnu qu’il nomme,
N’est qu’un murmure doux et lointain,
Comme de roses et de satin…
C’est un bruit de mer qui déferle ;
Un bruit d’eaux où tombe une perle.
C’est un son clair, puis un son sourd…

Deux enfants jouent avec l’Amour.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Raymond Peynet

 

 

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Demande de baisers au printemps (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



Demande de baisers au printemps

Tes lèvres de bronze, d’un baiser,
Marta, lentement, je les veux aspirer.
D’un odorant baiser maléfique.
Avec eux :
Tes cheveux !
Mon désir révolté t’en fait la supplique.
Il veut, ce désir,
Fasciné par l’amour, les saisir.
Les étreindre.
Et ces bras trop fidèles pour feindre,
Tremblants, amoureux,
Cependant que j’évoque tes chers beaux yeux
Vont vers tes genoux si doux – si j’ose –
Et jusqu’au nid de la rose.

Le feuillage frémit dans le vent.
Qu’elle est verte, la colline!
Nous y courons lestement,
Je t’y vois encline.
Il parle de baisers, il chante, le vent.
Quelle extase!
Il m’embrase.
Et mon sang, par-là, par-ci,
Autour de mon cœur, chante avec lui.
C’est fort bien ainsi.
Mais à présent, silence, petite.
Je veux un baiser de toi. Donne-le vite!

(Attila Jozsef)


Illustration: Carolus Duran

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Quand au temple nous serons (Pierre de Ronsard)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



Quand au temple nous serons
Agenouillés, nous ferons
Les dévots selon la guise
De ceux qui pour louer Dieu
Humbles se courbent au lieu
Le plus secret de l’église.

Mais quand au lit nous serons
Entrelacés, nous ferons
Les lascifs selon les guises
Des amants qui librement
Pratiquent folâtrement
Dans les draps cent mignardises.

Pourquoi donque, quand je veux
Ou mordre tes beaux cheveux,
Ou baiser ta bouche aimée,
Ou toucher à ton beau sein,
Contrefais-tu la nonnain
Dedans un cloître enfermée ?

Pour qui gardes-tu tes yeux
Et ton sein délicieux,
Ta joue et ta bouche belle ?
En veux-tu baiser Pluton
Là-bas, après que Charon
T’aura mise en sa nacelle ?

Après ton dernier trépas,
Grêle, tu n’auras là-bas
Qu’une bouchette blêmie ;
Et quand mort, je te verrais
Aux Ombres je n’avouerais
Que jadis tu fus m’amie.

Ton test n’aura plus de peau,
Ni ton visage si beau
N’aura veines ni artères :
Tu n’auras plus que les dents
Telles qu’on les voit dedans
Les têtes des cimeteres.

Donque, tandis que tu vis,
Change, maîtresse, d’avis,
Et ne m’épargne ta bouche :
Incontinent tu mourras,
Lors tu te repentiras
De m’avoir été farouche.

Ah, je meurs ! Ah, baise-moi !
Ah, maîtresse, approche-toi !
Tu fuis comme faon qui tremble.
Au moins souffre que ma main
S’ébatte un peu dans ton sein,
Ou plus bas, si bon te semble.

(Pierre de Ronsard)

Illustration: Raphaëlle Zecchiero

 

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