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Posts Tagged ‘baiser’

Histoire d’une abeille (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



 

Histoire d’une abeille

Abeille bruissante des matins d’été,
Abeille qui bourdonnes dans la tasse,
Abeille où es-tu allée ?
Abeille bruissante et jamais lasse.

J’ai construit ma ruche
Dans la cervelle d’un enfant
Mais tant va l’abeille à la cruche
Que la fleur fleurit dedans.

Ce furent d’abord les yeux étonnés
Et le miel, et la cire bien construite,
Le sourire et le rire et le mot chantonné
Et la question jamais détruite.

Tant qu’à force de bourdonner
Dans la cervelle de l’enfant
Il finit par s’en étonner
Et par inquiéter ses parents.

Quand il fut approvisionné
De miel et de cire bien mûrs
Alors je l’ai abandonné
Dans le baiser d’une piqûre.

Mais nul jamais ne fera sortir de sa mémoire
Mon bourdonnement à moi, l’abeille,

(Robert Desnos)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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La nymphe Alceste (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



Théodore Chassériau_Nymphe_endormie_près_dune_source

La nymphe Alceste

Tu es née, à minuit, du baiser de deux sources,
Alceste, et l’univers ne t’offre que reflets,
Lueurs, lampe allumée au lointain, feux follets
Et dans le ciel les sept flambeaux de la Grande Ourse.

Il fait noir et, partant au signal de la course,
Tu ne soupçonnes pas que la nuit se soumet
Et se dissout quand le soleil, sur les sommets,
Par le chant des oiseaux répand l’or de sa bourse.

Je sais que reviendront l’aurore et le matin.
Je les ai vus, tu les verras, j’en suis certain.
Déjà mon coeur se gonfle au rythme de leur danse.

Mais saurai-je à ta soeur qui doit naître en plein jour,
Nymphe Alceste, annoncer, dès midi, le retour
Du crépuscule, de la nuit et du silence.

(Robert Desnos)

Illustration:  Théodore Chassériau

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Que choisir sur le menu? (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Que choisir sur le menu?

1
Je mange chaque midi
Dans un restaurant tranquille
Du lundi au samedi
Au plein coeur de notre ville
Toujours les mêmes visages
Des visages trop connus
Qui sourient car c’est l’usage
Et toujours même menu.

Refrain 1
Que choisir sur le menu?
Poule au riz?
Merlan frit?
Céleri?
Quart de brie ?
Que choisir sur le menu?
OEufs au plat
jambon gras
Je suis las
De tout ça
Que choisir sur le menu?
Aujourd’hui comme hier et demain
Donnez-moi un beefsteak aux pomm’s frit’s et du pain
Quart de vin calé noir
Après j’irai me promener sur le trottoir!

2
Mais hier, événement,
La porte a livré passage
À un visage charmant
Jambes fin’s et beau corsage.
Qui est-elle et que fait-elle?
Quelle est donc cette inconnu(e) ?
Elle est jeune et elle est belle.
Bah! regardons le menu.

Refrain 2
Que choisir sur le menu?
Poule au riz?
Merlan frit ?
Céleri?
Quart de brie?
Que choisir sur le menu?
Il me faut
Du nouveau
Du gâteau
Bon et beau
Que choisir sur le menu?
Aujourd’hui Honoré j’ai grand faim
Donnez-moi du foie gras — Donnez-moi du bon vin
Verr’ d’alcool café noir
Après j’irai me promener sur le trottoir!

3
Elle est sorti(e) derrièr’ moi,
Avec son joli sourire.
Je lui ai parlé ma foi
Sans trop savoir quoi lui dire.
Aujourd’hui tous deux ensemble
Au restaurant revenus,
La même carte me semble
Le plus savoureux menu.
Je choisis sur le menu
—Ce qu’ell’ veut
—C’est bien mieux
—J’ suis heureux
Comme un dieu

Refrain 3
Je choisis sur le menu
—Baisers fous
—Sur son cou
— Et mots doux
—Entre nous
C’est le meilleur des menus.
Ma chérie aujourd’hui comm’ demain
Je préfère aux festins quelque morceau de pain
Partagé avec vous
Et je préfère aux fleurs le rose de vos joues.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Il n’est vraiment pas surprenant… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2018




Illustration: Paula Modersohn-Becker
    
Il n’est vraiment pas surprenant…

1
Il n’est vraiment pas surprenant
Que le gâteau et le nanan
Ne se trouvent pas dans mon plat
On m’ fait du plat
J’ fais ma mijaurée
Et j’ reste dans la purée
Avec mes deux yeux
Pour pleurer dans ma chemise
Sans être prise
Par mon amoureux.

2
Il n’est vraiment pas surprenant
Que d’autres aient beaucoup d’amants
Elles sont gentill’s avec eux
Ces vaniteux
Les croient sur paroles
Dans leurs bras ell’s devienn’nt molles
Et pour un baiser
Elles donneraient leur vie.
Je les envie
Sans pouvoir oser.

3
Il n’est vraiment pas surprenant
Que j’adore tous les enfants
Que leurs cris me fass’ palpiter
Mais ma bonté
Comme je la cache
Et comm’ je joue à cach’-cache
Avec le bonheur
Je suis une vieille fille
Pas très gentille
Pleine de rancoeur.

4
Il n’est vraiment pas surprenant
Qu’avec mon caractèr’ méchant
Je reste seul dans mon taudis.
À ce qu’on dit
Je suis hypocrite.

(le manuscrit s’arrête là)

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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La lune des fleurs (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Ronnie Biccard  Goddess of Water

La lune des fleurs

Nocturne

Douce lune des fleurs, j’ai perdu ma couronne !
Je ne sais quel orage a passé sur ces bords.
Des chants de l’espérance il éteint les accords,
Et dans la nuit qui m’environne,
Douce lune des fleurs, j’ai perdu ma couronne.

Jette-moi tes présents, lune mystérieuse,
De mon front qui pâlit ranime les couleurs ;
J’ai perdu ma couronne et j’ai trouvé des pleurs ;
Loin de la foule curieuse,
Jette-moi tes présents, lune mystérieuse.

Entrouvre d’un rayon les noires violettes,
Douces comme les yeux du séduisant amour.
Tes humides baisers hâteront leur retour.
Pour cacher mes larmes muettes,
Entrouvre d’un rayon les noires violettes !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Ronnie Biccard 

 

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Point d’adieu (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Erte the-seasons-winter.jpg!HD [1280x768]

Point d’adieu

Jeunesse, adieu ! Car j’ai beau faire,
J’ai beau t’étreindre et te presser,
J’ai beau gémir et t’embrasser,
Nous fuyons en pays contraire.

Ton souffle tiède est si charmant !
On est si beau sous ta couronne !
Tiens ! Ce baiser que je te donne,
Laisse-le durer un moment.

Ce long baiser, douce chérie,
Si c’est notre adieu sans retour,
Ne le romps pas jusqu’au détour
De cette haie encor fleurie !

Si j’ai mal porté tes couleurs,
Ce n’est pas ma faute, ô jeunesse !
Le vent glacé de la tristesse
Hâte bien la chute des fleurs !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Erte

 

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Comme parle et se tait une fille des hommes (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Illustration: Edmond Grandjean
    
Comme parle et se tait une fille des hommes

Comme parle et se tait une fille des hommes
Comme de grands secrets sont formés par son corps
Quel étrange plaisir, à cette heure où nous sommes
Aussi libres de tout que les esprits des morts,

Aussi légers, abandonnés, sûrs de nous-mêmes,
Aussi loin de la vie aux doux yeux égarés,
Bien sages, sans vouloir connaître qui nous aime,
Comme de beaux miroirs souriants et brisés.

J’écoute sommeiller cette rose nombreuse,
Lointaine, en son langage espérant un baiser…
– Mais je retiens mon souffle auprès de l’amoureuse.
Et me garderais bien de la désaltérer.

(Odilon-Jean Périer)

 

 

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JEUNE HOMME (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



Illustration: Renaud Baltzinger
    
JEUNE HOMME

Oh! me coucher tranquillement
Pendant des heures infinies!
Et j’étais pourtant ton amant
Lors des abandons que tu nies.

Tu mens trop! Toute femme ment.
Jouer avec les ironies,
Avec l’oubli froid, c’est charmant.
Moi, je baise tes mains bénies.

Je me tais. Je vais dans la nuit
Du cimetière calme où luit
La lune sur la terre brune.

Six balles de mon revolver
M’enverront sous le gazon vert
Oublier tes yeux et la lune.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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TRANSITION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Alfred Stevens , Portrait of a young woman

TRANSITION

Le vent, tiède éclaireur de l’assaut du printemps,
Soulève un brouillard vert de bourgeons dans les branches.
La pluie et le soleil, le calme et les autans,
Les bois noirs sur le ciel, la neige en bandes blanches,
Alternent. La nature a comme dix-sept ans,
Jeune fille énervée, oscillant sur ses hanches,
Riant, pleurant, selon ses caprices flottants.

Pas encor le printemps, mais ce n’est plus l’hiver.
Votre âme, ô ma charmante, a ces heures mêlées.
Les branches noires sont pleines d’un brouillard vert.
Les mots méchants et les paroles désolées,
Sur vos lèvres, bouton d’églantine entrouvert,
Cessent à mes baisers. Ainsi les giboulées
Fondent, et le gazon s’émaille à découvert.

Votre moue est changée en rire à mes baisers,
Comme la neige fond, pâle retardataire,
Aux triomphants rayons du soleil. Apaisés,
Vos yeux, qui me jetaient des regards de panthère,
Sont bien doux maintenant. Chère, vous vous taisez
Comme le vent neigeux et froid vient de se taire.
Votre joue et le soir sont tièdes et rosés.

(Charles Cros)

Illustration: Alfred Stevens

 

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SONNET ASTRONOMIQUE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018


 


 

Jean Delville le26

SONNET ASTRONOMIQUE

Alors que finissait la journée estivale,
Nous marchions, toi pendue à mon bras, moi rêvant
À ces mondes lointains dont je parle souvent.
Aussi regardais-tu chaque étoile en rivale.

Au retour, à l’endroit où la côte dévale,
Tes genoux ont fléchi sous le charme énervant
De la soirée et des senteurs qu’avait le vent.
Vénus, dans l’ouest doré, se baignait triomphale.

Puis, las d’amour, levant les yeux languissamment,
Nous avons eu tous deux un long tressaillement
Sous la sérénité du rayon planétaire.

Sans doute, à cet instant deux amants, dans Vénus,
Arrêtés en des bois aux parfums inconnus,
Ont, entre deux baisers, regardé notre terre.

(Charles Cros)

Illustration: Jean Delville

 

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