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LES verts et l’indigo (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2020



 

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LES verts et l’indigo brûlant et l’azur pâle
Que roule dans ce faste impertinent ton flot,
Et les étoiles d’or et la lune d’opale
Que tu balances dans la nuit comme un falot,

Tu les as pris aux ciels merveilleux des aurores,
Aux rêves des minuits, aux gloires des couchants
Pour en farder l’éclat de tes houles sonores,
Et tu cherches l’écho des roches pour leurs chants!

Ne sens-tu pas en toi l’opulence de n’être
Que par toi seule belle, ô Mer, et d’être toi?
N’as-tu pas ton arcane où nul oeil ne pénètre,
Comme l’Espace! et n’as-tu pas, aussi, l’effroi?…

Pour toi, mon coeur, qui ris de honte et te renies,
Si leur gloire sur toi pèse d’un vaste poids;
Si, sous l’immensité des cieux et des génies,
Ta vaine vanité semble un crime parfois;

Du moins sois fier, malgré les soirs d’impatience
Exulte d’être toi, puisque tu restes tel —
Toi qui n’as pas, rythmant quelque réminiscence,
Cherché le plagiat qui m’eût fait immortel!

(Francis Vielé-Griffin)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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LA MOISSON (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020



Illustration: Joseph Matar
    
LA MOISSON

Des coquelicots, fleurs du sommeil,
Envahirent les blés.
L’éclat de la faucille, un sifflement dans les champs de blé mûr,
Une rumeur dans l’air que le feu torture.

O la joie folle dans l’ivresse de la mort,
Mais la tristesse plus encore.
Roi de l’étendue, l’épouvantail balance
Sa tête de chiffons, ses bras de bâtons.

Qui vient pour allaiter les sanglots de l’enfant
Oublié là, dans la terre à sillons ?
Donnez-moi la cruche avec l’eau tiède,
Faites encore des liens pour les gerbes.

Dans la plaine il y a, sur le ciel embrasé, le mirage
Un mensonge aux couleurs criardes.
A l’abri du soleil le boyard
Veille sur sa belle récolte.

Vent, où donc iras-tu pour calmer la douleur
Des plaies, le feu des fronts ridés ?
Roi de l’étendue, l’épouvantail regarde.
En chiffons la tête, en bâtons les bras.

(Mihai Beniuc)

 

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L’écureuil et la feuille (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2020



Illustration
    
L’écureuil et la feuille

Un écureuil, sur la bruyère,
Se lave avec de la lumière.

Une feuille morte descend,
Doucement portée par le vent.

Et le vent balance la feuille
Juste au-dessus de l’écureuil ;

Le vent attend, pour la poser
Légèrement sur la bruyère,

Que l’écureuil soit remonté
Sur le chêne de la clairière

Où il aime à se balancer
Comme une feuille de lumière.

(Maurice Carême)

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Habillage (Philippe Claudel)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2020



Illustration: Pascal Renoux
    
Habillage

Mon amour
Mon Dieu que c’est long
Que c’est long
Ce temps sans toi
J’en suis à ne plus compter les jours
J’en suis à ne plus compter les heures
Je laisse aller le temps entre mes doigts
J’ai le mal de toi comme on a le mal d’un pays
Je ferme les yeux
J’essaie de retrouver
Tout ce que j’aime de toi
Tout ce que je connais de toi
Ce sont tes mains
Tes mains qui disent comme ta bouche les mots
En les dessinant dans l’air et sur ma peau parfois
Tes mains serrées dans le sommeil avec la nuit
Dans le creux de ta paume
Tes mains qui battent les rêves comme des cartes à jouer
Tes mains que je prends dans les miennes
Pendant l’amour
Ce matin tandis que le soleil venait à la fenêtre j’ai fermé les yeux
Et ta bouche s’est posée sur ma bouche
La tienne à peine ouverte
Et tes lèvres doucement se sont écrasées sur les miennes
Et ta langue s’est enroulée à ma langue
J’ai songé à l’Italie alors
Au citronnier de Ravello accroché dans l’à-pic au-dessus de la mer
Très bleue
Au vent dans tes cheveux
Tu portais ta robe rose
Elle devenait une fleur
Elle jouait avec tes cuisses et tes bras nus
Le vent la tordait comme un grand pétale souple
Le vent chaud comme ton ventre après l’amour
Tandis que mon sexe dans ton sexe frémit encore et s’émerveille
Que le plaisir a rendu mauves nos paupières
Que nous sommes couchés non pas l’un contre l’autre
Mais l’un à l’autre
Oui l’un à l’autre mon amour
Mon présent s’orne de mille passés dont il change la matière
Et qui deviennent par ta grâce des présents magnifiques
Ces heures ces instants ces secondes au creux de toi
Je me souviens du vin lourd que nous avions bu
Sur la terrasse tandis que la nuit couvrait tes épaules
D’un châle d’argent
Je me souviens de ton pied gauche jouant avec les tresses de ta sandale
La balançant avec une grâce qui n’appartient qu’à toi
Je me souviens de ce film de Nanni Moretti Caro Diaro
Vu dans un vieux cinéma
Des rues de Rome
De la lumière orangée de la ville
Et de la Vespa que nous avions louée quelques jours plus tard
Et nous avions roulé comme Nanni dans le film
Sans but et sans ennui
Dans l’émerveillement du silence de la ville
Désertée pour la ferragosto
Tu me tenais par la taille et tu murmurais à mon oreille
« Sono uno splendido quarantenne »
Et tu riais
Et je riais avec toi sous le nuage des pins parasols
Dans les parfums de résine
Et le soir devant le grand miroir rouillé de la très petite chambre de l’hôtel
Tu jouais un autre film
« Tu les trouves jolies mes fesses ?
Oui. Très.
Et mes seins tu les aimes.
Oui. Enormément. »
Et je disais oui à tout
Oui à toi
Oui à nous
Je sors une heure chaque jour
Cela est permis
Je marche je tourne je tourne en rond
Et rien ne tourne rond
Pour moi sans toi
Pour moi loin de toi et qui n’ai plus que ma mémoire
Pour te faire naître dans mon cerveau
Et l’apaiser l’embraser t’embrasser te serrer te chérir en lui
Hier le surveillant tandis que je rentrais dans ma cellule après la promenade
M’a dit que le confinement allait prendre fin au-dehors

Dombasle-sur-Meurthe, le 20 mai 2020

(Philippe Claudel)

 

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Mon petit cheval (Suzanne François)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2020




    
Mon petit cheval

Mon petit cheval la la
Mon petit cheval la la
Dans les prés, dans les bois
Galopant et galopette
Dans les prés, dans les bois
Mon petit cheval de bois

Mon petit mouton la la
Mon petit mouton la la
Dans les prés, dans les bois
Sautillant et sautillette
Dans les prés, dans les bois
Mon petit mouton de bois

Mon petit cabri la la
Mon petit cabri la la
Dans les prés, dans les bois
Bondissant et bondissette
Dans les prés, dans les bois
Mon petit cabri de bois

Mon petit canard la la
Mon petit canard la la
Dans les prés, dans les bois
Dandinant et dandinette
(ou balançant et balancette)
Dans les prés, dans les bois
Mon petit canard de bois

(Suzanne François)

 

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REVES QUI ME VENIEZ (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



 

REVES QUI ME VENIEZ

Rêves qui me veniez beaux comme le vol
De l’aigle ou balancés comme le chant du merle
Et que je disais fous parce qu’on ne pouvait
Ni les atteindre ni les suivre au réveil
Pourquoi m’avez-vous délaissé ?

L’aigle ne cesse pas d’éployer son haut vol
Le merle d’égrener son hymne antique
Mais le vol et le chant du sommeil
Se sont brisés au sol.
Je ne vois plus qu’un ciel désert aucun nuage
Qui me rappelle par sa forme aucun vent
Par son chant le rêve de mes anciens printemps.

(Franz Hellens)

Illustration: René Magritte

 

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Les genêts (François Fabié)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2020




    
Les genêts

Les genêts, doucement balancés par la brise,
Sur les vastes plateaux font une boule d’or ;
Et tandis que le pâtre à leur ombre s’endort,
Son troupeau va broutant cette fleur qui le grise ;

Cette fleur qui le fait rêver d’amour, le soir,
Quand il roule du haut des monts vers les étables,
Et qu’il croise en chemin les grands boeufs vénérables
Dont les doux beuglements appellent l’abreuvoir ;

cette fleur toute d’or, de lumière et de soie,
En papillons posée au bout des brins menus,
Et dont les lourds parfums semblent être venus
De la plage lointaine où le soleil se noie…

Certes, j’aime les prés où chantent les grillons,
Et la vigne pendue aux flancs de la colline,
Et les champs de bleuets sur qui le blé s’incline,
Comme sur des yeux bleus tombent des cheveux blonds.

Mais je préfère aux prés fleuris, aux grasses plaines,
Aux coteaux où la vigne étend ses pampres verts,
Les sauvages sommets de genêts recouverts,
Qui font au vent d’été de si fauves haleines.

***

Vous en souvenez-vous, genêts de mon pays,
Des petits écoliers aux cheveux en broussailles
Qui s’enfonçaient sous vos rameaux comme des cailles,
Troublant dans leur sommeil les lapins ébahis ?

Comme l’herbe était fraîche à l’abri de vos tiges !
Comme on s’y trouvait bien, sur le dos allongé,
Dans le thym qui faisait, aux sauges mélangé,
Un parfum enivrant à donner des vertiges !

Et quelle émotion lorsqu’un léger froufrou
Annonçait la fauvette apportant la pâture,
Et qu’en bien l’épiant on trouvait d’aventure
Son nid plein d’oiseaux nus et qui tendaient le cou !

Quel bonheur, quand le givre avait garni de perles
Vos fins rameaux émus qui sifflaient dans le vent,
– Précoces braconniers, – de revenir souvent
Tendre en vos corridors des lacets pour les merles.

Mais il fallut quitter les genêts et les monts,
S’en aller au collège étudier des livres,
Et sentir, loin de l’air natal qui vous rend ivres,
S’engourdir ses jarrets et siffler ses poumons ;

Passer de longs hivers dans des salles bien closes,
A regarder la neige à travers les carreaux,
Éternuant dans des auteurs petits et gros,
Et soupirant après les oiseaux et les roses ;

Et, l’été, se haussant sur son banc d’écolier,
Comme un forçat qui, tout en ramant, tend sa chaîne,
Pour sentir si le vent de la lande prochaine
Ne vous apporte pas le parfum familier.

***

Enfin, la grille s’ouvre ! on retourne au village ;
Ainsi que les genêts notre âme est tout en fleurs,
Et dans les houx remplis de vieux merles siffleurs,
On sent un air plus pur qui vous souffle au visage.

On retrouve l’enfant blonde avec qui cent fois
On a jadis couru la forêt et la lande ;
Elle n’a point changé, – sinon qu’elle est plus grande,
Que ses yeux sont plus doux et plus douce sa voix.

 » Revenons aux genêts ! – Je le veux bien ?  » dit-elle.
Et l’on va côte à côte, en causant, tout troublés
Par le souffle inconnu qui passe sur les blés,
Par le chant d’une source ou par le bruit d’une aile.

Les genêts ont grandi, mais pourtant moins que nous ;
Il faut nous bien baisser pour passer sous leurs branches,
Encore accroche-t-elle un peu ses coiffes blanches ;
Quant à moi, je me mets simplement à genoux.

Et nous parlons des temps lointains, des courses folles,
Des nids ravis ensemble, et de ces riens charmants
Qui paraissent toujours si beaux aux coeurs aimants
Parce que les regards soulignent les paroles.

Puis le silence ; puis la rougeur des aveux,
Et le sein qui palpite, et la main qui tressaille,
Au loin un tendre appel de ramier ou de caille…
Comme le serpolet sent bon dans les cheveux !

Et les fleurs des genêts nous font un diadème ;
Et, par l’écartement des branches, haut dans l’air.
Paraît comme un point noir l’alouette au chant clair
Qui, de l’azur, bénit le coin d’ombre où l’on aime !…

Ah ! de ces jours lointains, si lointains et si doux,
De ces jours dont un seul vaut une vie entière,
– Et de la blonde enfant qui dort au cimetière, –
Genêts de mon pays, vous en souvenez-vous ?

(François Fabié)

 

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Il y avait des coeurs aux balcons (Claude de Burine)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2020


 


 

Louis Marie de Schryver (1862-1942) Marie de la Marchande des Fleurs [1280x768]

Il y avait des coeurs aux balcons

C’est Paris qui balance ses hanches
Petit air frais
Devoir accompli
Les réverbères ont veillé tard
C’était la Fête.
Il y avait des coeurs aux balcons.

(Claude de Burine)

Illustration: Louis Marie de Schryver

 

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Hier soir j’ai donné à une étoile (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019



 

Illustration
    
Hier soir j’ai donné à une étoile un message pour Toi :
« Présente », lui dis-je, « mon hommage à cette beauté de lune ».

Je m’inclinai, et dis : « Apporte cet hommage au Soleil
Qui dore l’ âpre roc de sa brûlure ».

Je dénudai ma poitrine, je lui montrai mes blessures.
« Donne des nouvelles de moi », dis-je, « à cet Aimé qui s’abreuve de mon sang ».

De çà de là me balançai, pour que l’enfant — mon coeur — s’apaise,
— Bercé, l’enfant s’endort dans son berceau —.

Ô toi qui à chaque instant soulages cent déshérités comme moi,
Donne à mon coeur-enfant le lait, délivre-nous de ses pleurs !

La demeure du coeur, de toute éternité, est la cité de l’union.
Combien de temps laisseras-tu dans l’exil ce coeur désolé ?

(Mawlana Rûmî)

 

 

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Ceux qui rêvent Pomme (Claire Pommet)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2019




    
Ceux qui rêvent
Pomme
Mes nuits blanches ne sont pas blanches, à peine claires
Semées d’étoiles
Petits trous dans la toile étanche
Tristes strass sur le voile
Et moi, envoûtée de ténèbres
Je passe des heures infinies
À compter les moutons funèbres
Qui tapissent mes insomnies

Ah minuit est là
Ah je ne dors pas

Et moins je dors et plus je pense
Et plus je pense et moins j’oublie
L’immense impasse, l’espace immense
Qui s’étendent au fond de mon lit
C’est inouï tous ces silences
Qu’il est cosmique cet ennui
Dois-je recourir à la science?
Anesthésier l’insomnie?

Ah minuit est là
Ah je ne dors pas

Et puis passé minuit je danse
Au rythme des tachycardies
Et tout s’emballe et tout balance
Et tout m’étale et tout me fuit
La lune est un fruit un peu rance
La vie est une maladie
Ceux qui rêvent ont bien de la chance
Et les autres ont des insomnies
Ceux qui rêvent ont bien de la chance
Et les autres ont des insomnies
Ceux qui rêvent ont bien de la chance
Quant à moi j’ai des insomnies

Ah minuit est là
Ah je ne dors pas
Ah minuit est là
Ah je ne dors pas
Je ne dors pas
Je ne dors pas
Je ne dors pas

(Claire Pommet)

 

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