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MON FILS, AIME ET COUPE-TOI LA LANGUE (Maurice Chappaz)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2019



Hu Jun Di   0

MON FILS, AIME ET COUPE-TOI LA LANGUE

Mon désir d’elle
la fait ressembler à une carafe d’eau glacée
qui circule en plein midi
à la terrasse d’un café.

Mon désir d’elle la pose sur la table
telle une cathédrale claire et fragile,
le litre et le verre.

Mais mes lèvres balbutient de soif
et cette transparence est pour mon esprit
une nuit au milieu du jour.

*

Le soleil est fou de la fraîcheur des carafes.
Elles s’environnent d’une écorce de buée.
Ainsi ta pudeur,
ainsi mon regard.

(Maurice Chappaz)

Illustration: Hu Jun Di

 

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SIDNEY BECHET (Robert Goffin)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018


 


 

SIDNEY BECHET

SIDNEY BECHET

Quelle femme fleurit dans les rhododendrons
Sous la pluie aux clairières de Louisiane
Déjà le bruit du vent meurt dans les saxophones
Sous quel baiser nocturne ont noirci les sureaux
Des têtes d’astrakan sentent battre la jungle
Ils portent l’horizon d’un rythme maléfique
Et leurs lèvres sont bleues à force de nuits blanches

Quel souvenir de fille aux épaules cuivrées
Quelle laiteuse ardeur d’organes caressés
Quel nénuphar de muqueuses camélia
Quelle herbe ensorcelée d’épeautre et de métisse
Ressurgit aux poivrons râpeux des contretemps
A l’heure où le Congo lâche ses chiens de cuivre
Vent du large aux forets-vierges des pâmoisons
Maman est morte Adieu siffle Peter Bocage
Pas redoublé d’Afrique au coin des beaux quartiers

Et soudain accroché dans l’épave d’un thème
De ses doigts aux bourgeons d’argent du soprano
Sidney Bechet coule de transe et balbutie
Sa peine de créole aux virages des stomps
Les négresses qui fument la pipe défaillent
Les quarteronnes répartissent les mains ,chaudes
L’air noue des couples bleus d’iode et de broussaille
Sidney gonfle ses joues aux écluses de l’aube
De sa lèvre à ses mains une lumière gicle
Et lâche tous les ballons captifs du sang rouge
Sidney Sidney toute la nuit lourde de fleurs
Toutes les chairs couleur d’asperge et d’aubergine
Toute l’eau qui s’égare de mare et de pluie
Tout le parfum des débardeurs et des violes
Tout le dialecte félin des lucioles
Le bruit qui fuit aux ruissellements de la suie
Sidney Sidney s’enfuit aux patins de l’alcool
Et des frissons s’attardent aux belles de nuit
Qui répètent des ruts de rythme et de parole
Gonna give nobody none of this jelly roll.

(Robert Goffin)


 

 

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A Laure (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



A Laure

Si tu ne m’aimais pas, dis-moi, fille insensée,
Que balbutiais-tu dans ces fatales nuits ?
Exerçais-tu ta langue à railler ta pensée ?
Que voulaient donc ces pleurs, cette gorge oppressée,
Ces sanglots et ces cris ?

Ah ! si le plaisir seul t’arrachait ces tendresses,
Si ce n’était que lui qu’en ce triste moment
Sur mes lèvres en feu tu couvrais de caresses
Comme un unique amant ;

Si l’esprit et les sens, les baisers et les larmes,
Se tiennent par la main de ta bouche à ton coeur,
Et s’il te faut ainsi, pour y trouver des charmes,
Sur l’autel du plaisir profaner le bonheur :

Ah ! Laurette ! ah ! Laurette, idole de ma vie,
Si le sombre démon de tes nuits d’insomnie
Sans ce masque de feu ne saurait faire un pas,
Pourquoi l’évoquais-tu, si tu ne m’aimais pas ?

(Alfred de Musset)


Illustration: Alina Maksimenko

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Ô Terre (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018




    
Ô Terre c’est ici
Pays d’enfance
C’est toute nuit qui dort dans ta lumière

Et dans ce rêve encore
Les neiges
Profondes balbutièrent

Mais nous avons tourné dans le miroir sans réponse

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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Chaque jour se refait dans la rosée (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Alexey Golovin dream

Chaque jour se refait dans la rosée et froisse
Dans son poing mal fermé des fantômes en tas.

Dans cette longue nuit où nous entrons à peine
Il n’y a que la terre et ses potences la terre et ses bûchers
Rien que l’homme traqué qui essaye toutes les clés
Et retient l’avenir entre ses mains trop courtes
Et fait sauter le coeur imprenable des pierres
Pour trouver le secret balbutiant de la vie
A la seule lueur de son amour perdu.
La dormeuse soulève sa chevelure,
Elle la dénoue et la nuit s’éclaire,
Elle déplie ses jambes et les nuées s’entrouvrent,
Elle croise les bras sous la nuque
Et son souffle efface la terreur du ciel.

(Albert Ayguesparse)

Illustration: Alexey Golovin 

 

 

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Entailles (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2018



 

Entailles
sur la croûte du champ — dans le jour
qui nous suit,
où tu as vu la terre
presque se reproduire : les sillons
l’un après l’autre se sont fermés,
et pour ce plus-de-vie, t’ont rançonné
contre le murmure avide
des faucilles. Continue, alors, à me compter
avec tes mots. Rien,
même aujourd’hui, ne changera.
Côte
à côte avec la poussière, avant
la lame, et au-delà
de la haute herbe sèche
qui vire avec moi, je suis
un reste balbutié de l’air.

(Paul Auster)

Illustration: Elvio Ricca

 

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Première pluie (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



 

Première pluie

Entre cette saison morte
Et cette saison à naître
Une lèvre balbutie des mots
Un regard verse des larmes
Qui ne servent à rien

C’est feu de paille mon désir
Rien qui puisse retenir
L’oiseau que le vent appelle
Le temps moissonneur peut gémir
La foudre m’emporte sur son aile

(Paul Louis Rossi)

Illustration: Arthur Hopkins

 

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Je suis fatigué (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



 

Illustration: Giovanni Battista Tiepolo
    
Je suis fatigué

Etre fatigué a des plumes,
Plumes gracieuses comme un perroquet,
Plumes qui bien sûr ne volent jamais,
Mais balbutient pareilles au perroquet.

Je suis fatigué des maisons.
Soudainement en ruines sans un geste ;
Je suis fatigué des objets
Palpitation de soie montrant vite leur dos.

Je suis fatigué d’être en vie,
Mais être mort serait plus fatigant ;
Je suis fatigué d’être fatigué
Entre plumes légères sagacement,
Plumes du perroquet si triste ou familier,
Le perroquet du toujours être fatigué.

***

Estoy cansado

Estar cansado tiene plumas,
Tiene plumas graciosas como un loro,
Plumas que desde luego nunca vuelan,
Mas balbucean igual que loro.

Estoy cansado de las casas,
Prontamente en ruinas sin un gesto;
Estoy cansado de las cosas,
Con un latir de seda vueltas luego de espaldas.

Estoy cansado de estar vivo,
Aunque más cansado sería el estar muerto;
Estoy cansado del estar cansado
Entre plumas ligeras sagazmente,
Plumas del loro aquel tan familiar o triste,
El loro aquel del siempre estar cansado.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Pourquoi tant d’énigme (Bernard Chambaz)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017



Illustration: Zofia Rozwadowski
    

Pourquoi tant d’énigme
Au coeur d’un tel sentiment d’évidence
Nuage miniature
Qui vient combler une attente
Indéfinie
Trois gouttes de rosée posées sur tes cheveux
Châtains d’un roux ardent comme nos effusions
Ton petit acajou idéal
Tous mes vaisseaux gonflés par un afflux de sang
Vermeil
Les derniers sons balbutiés
Juste avant le sommeil

(Bernard Chambaz)

 

Recueil: Entre-Temps
Traduction:
Editions: Flammarion

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Tant d’ouate… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Martine Ivaldi
    
Tant d’ouate…

Tant d’ouate sanguinolente,
Parmi les marais s’entassant,
Toutes ces odeurs si ferventes
Qu’exhale l’étang croupissant…

Il monte des mauves bourbiers
Où pourrit l’herbe par torchées,
Des parfums comme extasiés
Vers quelles déités cachées?

Des parfums d’un tel idéal
Evocateurs et d’une ivresse
Si pénétrante qu’ils font mal:
Poignard aigu qui vous transperce,

Ou langoureux baiser qui mord.
Quel secret profond balbutie
Par delà l’amour et la mort
La vase où baignent les orties?

(Marie Dauguet)

 

 

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