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De vous qui entendez (Pétrarque)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2018



Pétrarque    
    
De vous qui entendez, en mes rimes éparses,
Tous ces gémissements dont j’abreuvais mon coeur
Dans les égarements de ma prime jeunesse,
Quand j’étais autre qu’à présent, au moins un peu.

Pour ces écrits, plaintes, ressassements
Ballottés entre vains espoirs, vaine douleur,
J’espère compassion si ce n’est excuse :
N’avez-vous pas souffert l’épreuve de l’amour?

Mais maintenant je vois bien que je fus
De tous la longue fable, et souvent j’ai honte
De moi, quand je médite sur moi-même:

Et de ma frénésie c’est le fruit, cette honte,
Avec le repentir, et savoir, clairement,
Qu’ici-bas ce qui plaît, c’est bref, ce n’est qu’un songe.

***

Voi ch’ascoltate in rime sparse il suono
di quei sospiri ond’io nudriva ‘l core
in sul mio primo giovenile errore
quand’era in parte altr’uom da quel ch’i’ sono,

del vario stile in ch’io piango et ragiono
fra le vane speranze e ‘l van dolore,
ove sia chi per prova intenda amore,
spero trovar pietà, non che perdono.

Ma ben veggio or si corne al popol tutto
favola fui gran tempo, onde sovente
di me medesmo meco mi vergogno;

et del mio vaneggiar vergogna è ‘l frutto,
e ‘l pentersi, e ‘l conoscer chiaramente
che quanto piace al mondo è breve sogno.

(Pétrarque)

 

Recueil: Je vois sans yeux et sans bouche je crie
Traduction: Yves Bonnefoy
Editions: Galilée

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JE SUIS (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018



    

JE SUIS

Je suis pourtant ce que je suis nul ne le sait ni n’en a cure
Mes amis m’ont abandonné comme l’on perd un souvenir
Je vais me repaissant moi-même de mes peines —
Elles surgissent pour s’évanouir — armée en marche vers l’oubli
Ombres parmi les convulsives d’amour —
Et pourtant je suis et je vis — ainsi que vapeurs ballottées les muettes transes
Dans le néant du mépris et du bruit
Dans la vivante mer des rêves éveillés
Où nul sentiment de la vie ne subsiste ni du bonheur
Rien qu’un grand naufrage en ma vie de tout ce qui me tient à coeur
Oui même mes plus chers soucis — les mieux aimés
Sont étrangers — plus étrangers que tout le reste

Je languis après un séjour que jamais homme n’a foulé
Un endroit où jamais encore femme n’a souri ni pleuré —
Pour demeurer avec mon Dieu mon Créateur
Et dormir de ce doux sommeil dont j’ai dormi dans mon enfance
Sans troubler — moi-même introublé où je repose
L’herbe sous moi — couvert par la voûte du ciel

***

I AM

I am — yet what I am none cares or knows
My friends forsake me like a memory lost
I am the self-consumer of my woes —
They rise and vanish in oblivious host
Like shadows in love’s frenzied stifled throes —
And yet I am and live — like vapours tost

Into the nothingness of scorn and noise
Into the living sea of waking dreams
Where there is neither sense of life or joys
But the vast shipwreck of my life’s esteems
Even the dearest — that I love the best —
Are strange — nay rather stranger than the rest

I long for scenes where man hath never trod
A place where woman never smiled or wept —
There to abide with my Creator God
And sleep as I in childhood sweetly slept
Untroubling and untroubled where I lie
The grass below — above the vaulted sky

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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L’Amour lui-même (Léonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



L’Amour lui-même

La lumière entrait par la fenêtre,
Tout droit venant du soleil là-haut,
Et ainsi dans ma petite chambre
Plongeaient les rayons de l’Amour.

Je vis clairement dans les flots de lumière
La poussière que rarement l’on voit,
Et dont le Sans-Nom peut faire
Un Nom pour quelqu’un comme moi.

Je tâcherai d’en dire un peu plus :
L’amour continuait encore et encore
Jusqu’à trouver une porte ouverte –
Puis l’Amour Lui-même disparut.

Tout affairés dans les rais du soleil
Les grains flottaient et dansaient,
Et dans leur chute j’étais ballotté
En un désordre insensé.

Puis je revins d’où j’étais allé
Ma chambre semblait toujours la même
Mais plus rien ne demeurait
Entre le Sans-Nom et le Nom.

Je tâcherai d’en dire un peu plus encore
L’amour continuait tant et plus
Jusqu’à trouver une porte ouverte –
Puis l’Amour Lui-même disparut.

(Léonard Cohen)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration

 

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HÔPITAL (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2016



fenêtre malade fvt

HÔPITAL

Hôpital ! hôpital au bord du canal !
Hôpital au mois de Juillet !
On y fait du feu dans la salle !
Tandis que des transatlantiques sifflent sur le canal !

(Oh! n’approchez pas des fenêtres!)
Des émigrants traversent un palais !
Je vois un yatch sous la tempête !
Je vois des troupeaux sur tous les navires !
(Il vaut mieux que les fenêtres restent closes,
On est presque à l’abri du dehors.)

On a l’idée d’une serre sur la neige,
On croit célébrer des relevailles un jour d’orage,
On entrevoit des plantes éparses sur une couverture de laine,
II y a un incendie un jour de soleil,
Et je traverse une forêt pleine de blessés.

Oh ! voici enfin le clair de lune !
Un jet d’eau s’élève au milieu de la salle !
Une troupe de petites filles entr’ouvre la porte !
J’entrevois des agneaux dans une île de prairies !
Et de belles plantes sur un glacier !
Et des lys dans un vestibule de marbre !
Il y a un festin dans une forêt vierge !
Et une végétation orientale dans une grotte de glace !

Ecoutez ! on ouvre les écluses !
Et les transatlantiques agitent l’eau du canal !
Voyez la sœur de charité qui attise le feu !
Tous les beaux roseaux verts des berges sont en flamme !
Un bateau de blessés ballotte au clair de lune !
Toutes les filles du roi sont dans une barque sous l’orage !
Et les princesses vont mourir en un champ de ciguës !

Oh ! n’entrouvrez pas les fenêtres !
Écoutez : les transatlantiques sifflent encore à l’horizon !
On empoisonne quelqu’un dans un jardin !
Ils célèbrent une grande fête chez les ennemis !
Il y a des cerfs dans une ville assiégée !
Et une ménagerie au milieu des lys !
Il y a une végétation tropicale au fond d’une houillère !
Un troupeau de brebis traverse un pont de fer!
Et les agneaux de la prairie entrent tristement dans la salle !

Maintenant la sœur de charité allume les lampes,
Elle apporte le repas aux malades,
Elle a clos les fenêtres sur le canal,
Et toutes les portes au clair de lune.

(Maurice Maeterlinck)

 

 

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