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Poésie

Posts Tagged ‘banal’

Il se peut que je sois fou (Serge Sautreau)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2017



Illustration: Chantal Dufour
    
Il se peut que je sois fou.
Très banal.
Un de plus.

Il se peut que je sois unique.
Très courant.
Un de plus.

Il se peut que je ne sois pas.
Très classique.
Un de moins.

Il se peut que je sois impossible.
Très juste,
Et alors ?

Il est impossible de parler sérieusement ici.
Impossible,
En effet.

(Serge Sautreau)

 

Recueil: L’ANTAGONIE
Editions: Gallimard

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Toi qui pâlis au nom de Vancouver (Marcel Thiry)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



Illustration: Edward Hopper
    
Toi qui pâlis au nom de Vancouver,
Tu n’as pourtant fait qu’un banal voyage;
Tu n’as pas vu la Croix du Sud, le vert
Des perroquets ni le soleil sauvage.

Tu t’embarquas à bord de maint steamers,
Nul sous-marin ne t’a voulu naufrage;
Sans grand éclat tu servis sous Stürmer,
Pour déserter tu fus toujours trop sage.

Mais qu’il suffise à ton retour chagrin
D’avoir été ce soldat pérégrin
Sur les trottoirs des villes inconnues,

Et, seul, un soir, dans un bar de Broadway,
D’avoir aimé les grâces Greenaway
D’une Allemande aux mains savamment nues.

(Marcel Thiry)

 

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Le hamsin de nissan (Léa Goldberg)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



 

Illustration: Jean Goujon
    
Le hamsin de nissan

Je sais bien, ce jour rien n’a changé
Rien n’a eu lieu. Rien ne s’est passé.
Rien qui distingue d’autres jours, d’autres heures,
Signe ou marque, du pire ou du meilleur.

Pourtant le soleil a l’odeur du jasmin,
Pourtant la pierre frémit comme coeur battant,
Pourtant le couchant est couleur de l’orange,
Et le sable avance des lèvres caressantes.

Comment m’en souviendrai-je, anonyme, banal,
Comment conserverai-je sa grâce surgie soudain
Comment croirai-je qu’un de ces jours survint
Où je ne fis plus qu’un avec les éléments.

Où chaque arbre était une voile frissonnante
Où le silence avait le regard d’une enfant,
Où les larmes sentaient bon la nature en fleurs,
Où le nom de la ville ressemblait au nom de mon amour.

(Léa Goldberg)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: F. Kaufmann
Editions: Gallimard

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BLUES DE LA PORTE DE CUISINE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration
   

BLUES DE LA PORTE DE CUISINE

La vieille lady est morte d’un banal coup de froid.
Elle fumait des cigares à quatre-vingt-dix ans.
L’était mince comme feuille, des os de cerf-volant :
Par la porte d’la cuisine s’est envolée un soir.

Bon je suis pas plus jeune qu’était ma vieille lady,
Quand elle a perdu pied, j’ai fumé des cigares.
Me sens en bout de course et j’ai l’air d’un pauv’ gars,
Alors pour l’amour de Dieu, ferme la porte d’la cuisine !

***

KITCHEN DOOR BLUES

My old lady died of a common cold.
She smoked cigars and was ninety years old.
She was thin as paper with the ribs of a kite,
And she flew out the kitchen door one night.

Now I’m no younger ‘n the old lady was,
When she lost gravitation, and I smoke cigars.
I feel sort of peaked, an’I look kinda pore,
So for God’s sake, lock that kitchen door!

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Délivrons l’autre de sa pesanteur (Raphaële George)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017


Cette façon de résumer l’espace au toucher,
à l’effleurement de l’invisible.

Nos traces viennent ainsi nourrir l’enfer de la platitude,
tandis qu’erre, en elles, l’ombre du banal…
d’un noyé.

Présence qui manque, prise dans les parois:
nos mots épousent le silence,
et là, étrangement,
y prennent leur épaisseur.

Délivrons l’autre de sa pesanteur,
par l’Amour,
afin que tout désir devienne
l’inconsciente pureté.

(Raphaële George)

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L’auberge des vagabonds (Hermann Hesse)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2016



N’est-il pas étrange, admirable,
Que ruisselle ainsi chaque nuit
La fontaine et son léger bruit
A l’ombre fraîche de l’érable?

Le clair de lune, douce odeur,
Des toits d’ardoise se dégage
Tandis que fuit, dans les hauteurs,
L’essaim vagabond des nuages.

Tout cela dure, est consistant.
Nous passons une nuit à peine,
Puis repartons à travers champs
Sans que de nous nul se souvienne.

Peut-être en rêve ils reviendront
Dans quelques années encor lointaine,
Tels que furent et resteront:
Les toits, le portail, la fontaine;

Comme un air du pays natal,
Malgré la halte provisoire
En ce gîte étranger, banal,
Dont le nom a fui la mémoire.

N’est-il pas étrange, admirable,
Que ruisselle ainsi chaque nuit
La fontaine et son léger bruit
A l’ombre fraîche de l’érable?

***

Landstreicherherberge

Wie fremd und wunderlich das ist,
daß immerfort in jener Nacht
der leise Brunnen weiterfließt,
vom Ahornschatten kühl bewacht.

Und immer wieder wie ein Duft
der Mondschein auf den Giebeln liegt
und durch die kühle , dunkle Luft
die leichte Schar der Wolken fliegt!

Das alles steht und hat Bestand,
wir aber ruhen eine Nacht
und gehen weiter über Land,
wird uns von niemand nachgedacht.

Und dann vielleicht nach manchem Jahr,
fällt uns im Traum der Brunnen ein
und Tor und Giebel, wie es war
und jetzt noch und noch lang wird sein.

Wie Heimatahnung glänzt es her
und war doch nur zu kurzer Rast
ein fremdes Dach dem fremden Gast ,
er weiß nicht Stadt, nicht Namen mehr.

Wie fremd und wunderlich das ist,
daß immerfort in jeder Nacht
der leise Brunnen weiterfließt,
vom Ahornschatten kühl bewacht!

(Hermann Hesse)

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Chanson d’automne (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2016



Chanson d’automne

Voici venir l’automne aux averses moroses
Noyant l’été banal béni des amoureux
Qui stupides et lents vont par les chemins creux
Complotant l’héritier de leurs sales névroses.

Adieu lilas, blés d’or, poussière, robes roses.
Dans le spleen désolé des orgues douloureux,
Prés du feu tisonnant aux regrets des jours heureux,
Nous sauvons la tristesse incurable des choses…

Jouir ! Gloire immortelle ! – O temps !
Spleen ! Gloire ! Amour, argent.

Des clairons éclatants,
Des héros nus et beaux
A l’assaut de l’olympe ardent de l’Iliade !
Oh ! Pourquoi suis-je né dans ce siècle si triste,
Pourquoi suis-je ici bas !
L’Univers le sait-il?
Oh ! Si j’avais un but !
Aimer ! Vivre ! Jouir !
Ma vie est-elle un rêve?
J’existe !- Est-ce bien vrai?
Gloire ! Aimer ! Epuiser ma vie unique !

(Jules Laforgue)

 

 

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L’éclipse du 11 août 1999 (René Depestre)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2016



L’éclipse du 11 août 1999

La galaxie compte un nombre infini
de sphères au gaz incandescent.
L’étoile qui protège ma rage de vivre
est une inconnue entre des milliards d’autres :
aussi banale que la pluie d’août mon amie rouge
concède à ma vie trois minutes de douceur
lors d’un éphémère soir de tendresse.

(René Depestre)

 

 

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Un homme et une femme face à face (Ko Un)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2016



Henry Siddons Mowbray FxCI

Un homme et une femme face à face
prennent leur repas

la chose la plus banale
et pourtant
la plus merveilleuse

l’amour

(Ko Un)

Illustration: Henry Siddons Mowbray

 

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LES CHERCHEURS (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2015



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LES CHERCHEURS

Ils m’ont dit :  » Insensé, vois-tu pas que bientôt
Notre science aura dépassé le mystère
Et que tes vagues chants de rêveur solitaire
N’auront plus que le sens banal d’un memento ?

Ne sens-tu pas que l’art où ta voix s’extasie
Ne ressortit déjà qu’au rituel des morts
Et qu’avant peu sans grande larme ni remords,
Du monde nous t’aurons proscrite, ô poésie !

Ton Pégase pour nous n’est qu’un cheval robot ;
Notre Verbe est un chiffre et notre lyre un Morse ;
Notre Muse a trois noms, masse, vitesse, force ;
Nous sommes désormais des temps le seul flambeau. »

J’ai répondu :  » Je vois, à mesure que l’homme
Découvre davantage et du globe et du ciel,
Qu’en dépit d’un élan qu’il croit torrentiel
Grandissent du mystère et l’arcane et la somme ;

Que vos pas de savants sont vains, que vos progrès
A l’échelle de l’infini sont illusoires,
Que c’est au fond la même sorte de victoires
Où tendent vos calculs et nos chants enivrés.

Je sais même que l’art est pour l’homme qui pense
Ce que sont pour l’amant la grâce et la beauté,
Que de la conscience il est la volupté
Comme de la sagesse il est la récompense.

Nos dieux ne sont-ils pas, d’ailleurs, les mêmes dieux,
La nature et l’espace et le rythme et le nombre ?
N’est-ce pas, comme nous, du silence et de l’ombre
Que vous faites surgir le sicle radieux ?

Découvrir n’est-ce pas créer de l’aventure
Et l’aventure existe-t-elle sans héros ?
Et ceux-ci n’ont-ils pas besoin, eux, de hérauts
Pour de leurs gestes faire une geste qui dure ?

Dites, que serviront tous vos cerveaux penchés
Si nul marin ne tend sur vos ondes ses voiles,
Ni vos cailloux géants lancés dans les étoiles
S’ils ne sont d’un poète ou d’un fou chevauchés ?

Et n’est-ce pas d’abord notre rêve et son aile
Qui du zénith soumit le ciel jusqu’au nadir?
Votre science humaine y peut, certes, grandir,
Mais divine, la nôtre y demeure éternelle.  »

(Pascal Bonetti)

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