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Poésie

Posts Tagged ‘banal’

Avec un tel acharnement… (Lambert Schlechter)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



Avec un tel acharnement…

avec un tel acharnement, une telle rage
avec un tel désespoir, une telle tendresse

à la limite de l’abrupt taisement
au bord du précipice de la démence

avec des mots banals dans des vers
incandescents qui réduisent tout en cendre

les poètes disent ce qui ne se dit pas
et font exploser les évidences

nous inexistons si somptueusement

(Lambert Schlechter)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com

 

 

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Comme des Fleurs, ayant ouï parler de Rosées (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



Comme des Fleurs, ayant ouï parler de Rosées,
Sans penser que cette humide couronne
Attendait leur — humble Front —

Ou des Abeilles – prenant le nom de l’Été
Pour la rumeur d’un Délire
Dont nul Été — ne Les pourrait — emplir —

Ou d’Arctiques Créatures, troublées —
Par l’Accent Tropical — qu’à la Forêt
Apporte l’Oiseau Voyageur —

Ou le vif signal du Vent à l’Oreille —
Rendant banal, et austère,
Ce qui, connu, comblait hier —

Le Ciel – à l’improviste advient
Aux Vies qui croyaient l’Adoration
Un trop présomptueux Psaume –

***

Like Flowers, that heard the news of Dews,
But never deemed the dripping prize
Awaited their — low Brows —

Or Bees — that thought the Summer’s name
Some rumor of Delirium,
No Summer — could — for Them —

Or Arctic Creatures, dimly stirred –
By Tropic Hint — some Travelled Bird
Imported to the Wood —

Or Wind’s bright signal to the Ear —
Making that homely, and severe,
Contented known, before —

The Heaven — unexpected come,
To Lives that thought the Worshipping
A too presumptuous Psalm —

(Emily Dickinson)

Illustration: William Blake

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Larme du Christ (Jacqueline Kelen)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017




    

Larme du Christ, enfermée en une pierre précieuse dans la cathédrale de Vendôme :

Cette bizarrerie ne fera rire que ceux qui n’ont jamais pleuré de beauté,
de reconnaissance et de ferveur.

Les mystiques qui ont connu la grâce des larmes,
les amants qui s’étreignent en pleurant
et tous ceux qui ont le cœur endeuillé
savent bien que ces gouttes d’eau apparemment banales
recèlent le plus précieux d’une existence humaine
parce que c’est une eau d’amour.

Si « tout coule » comme l’assurait le philosophe d’Ephèse,
rien ne demeure stable,
mais seul survit ce qui se joint au flot,
ce qui se baigne dans le fleuve jusqu’à s’y fondre.

Il reste à se faire larme pour devenir océan.

(Jacqueline Kelen)

 

Recueil: Les Larmes
Traduction:
Editions: Alternatives

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Le monastère (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017



Illustration
    
Le monastère où, mécréant, je me languis —
C’est du granit fondu par la raison torride.
J’étouffe dans le noir de cette ardeur trompeuse,
Et je pars pour un autre ermitage brûlant…

Mais ce sera l’ardeur d’une terre banale.
La boule de sang fondra mon cerveau.
Et je perdrai l’esprit, plus calme et courageux
Qu’ici, où chair et sang sont harassés.

Ermitage, où es-tu ? Où es-tu, monastère ?
Tu n’es pas dans le ciel où règne un noir mortel,
Mais sur la terre, où, trivial et plein de forces,
Je saurai trouver tout, quand je perdrai l’esprit!…

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Il se peut que je sois fou (Serge Sautreau)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2017



Illustration: Chantal Dufour
    
Il se peut que je sois fou.
Très banal.
Un de plus.

Il se peut que je sois unique.
Très courant.
Un de plus.

Il se peut que je ne sois pas.
Très classique.
Un de moins.

Il se peut que je sois impossible.
Très juste,
Et alors ?

Il est impossible de parler sérieusement ici.
Impossible,
En effet.

(Serge Sautreau)

 

Recueil: L’ANTAGONIE
Editions: Gallimard

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Toi qui pâlis au nom de Vancouver (Marcel Thiry)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



Illustration: Edward Hopper
    
Toi qui pâlis au nom de Vancouver,
Tu n’as pourtant fait qu’un banal voyage;
Tu n’as pas vu la Croix du Sud, le vert
Des perroquets ni le soleil sauvage.

Tu t’embarquas à bord de maint steamers,
Nul sous-marin ne t’a voulu naufrage;
Sans grand éclat tu servis sous Stürmer,
Pour déserter tu fus toujours trop sage.

Mais qu’il suffise à ton retour chagrin
D’avoir été ce soldat pérégrin
Sur les trottoirs des villes inconnues,

Et, seul, un soir, dans un bar de Broadway,
D’avoir aimé les grâces Greenaway
D’une Allemande aux mains savamment nues.

(Marcel Thiry)

 

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Le hamsin de nissan (Léa Goldberg)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



 

Illustration: Jean Goujon
    
Le hamsin de nissan

Je sais bien, ce jour rien n’a changé
Rien n’a eu lieu. Rien ne s’est passé.
Rien qui distingue d’autres jours, d’autres heures,
Signe ou marque, du pire ou du meilleur.

Pourtant le soleil a l’odeur du jasmin,
Pourtant la pierre frémit comme coeur battant,
Pourtant le couchant est couleur de l’orange,
Et le sable avance des lèvres caressantes.

Comment m’en souviendrai-je, anonyme, banal,
Comment conserverai-je sa grâce surgie soudain
Comment croirai-je qu’un de ces jours survint
Où je ne fis plus qu’un avec les éléments.

Où chaque arbre était une voile frissonnante
Où le silence avait le regard d’une enfant,
Où les larmes sentaient bon la nature en fleurs,
Où le nom de la ville ressemblait au nom de mon amour.

(Léa Goldberg)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: F. Kaufmann
Editions: Gallimard

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BLUES DE LA PORTE DE CUISINE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration
   

BLUES DE LA PORTE DE CUISINE

La vieille lady est morte d’un banal coup de froid.
Elle fumait des cigares à quatre-vingt-dix ans.
L’était mince comme feuille, des os de cerf-volant :
Par la porte d’la cuisine s’est envolée un soir.

Bon je suis pas plus jeune qu’était ma vieille lady,
Quand elle a perdu pied, j’ai fumé des cigares.
Me sens en bout de course et j’ai l’air d’un pauv’ gars,
Alors pour l’amour de Dieu, ferme la porte d’la cuisine !

***

KITCHEN DOOR BLUES

My old lady died of a common cold.
She smoked cigars and was ninety years old.
She was thin as paper with the ribs of a kite,
And she flew out the kitchen door one night.

Now I’m no younger ‘n the old lady was,
When she lost gravitation, and I smoke cigars.
I feel sort of peaked, an’I look kinda pore,
So for God’s sake, lock that kitchen door!

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Délivrons l’autre de sa pesanteur (Raphaële George)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017


Cette façon de résumer l’espace au toucher,
à l’effleurement de l’invisible.

Nos traces viennent ainsi nourrir l’enfer de la platitude,
tandis qu’erre, en elles, l’ombre du banal…
d’un noyé.

Présence qui manque, prise dans les parois:
nos mots épousent le silence,
et là, étrangement,
y prennent leur épaisseur.

Délivrons l’autre de sa pesanteur,
par l’Amour,
afin que tout désir devienne
l’inconsciente pureté.

(Raphaële George)

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L’auberge des vagabonds (Hermann Hesse)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2016



N’est-il pas étrange, admirable,
Que ruisselle ainsi chaque nuit
La fontaine et son léger bruit
A l’ombre fraîche de l’érable?

Le clair de lune, douce odeur,
Des toits d’ardoise se dégage
Tandis que fuit, dans les hauteurs,
L’essaim vagabond des nuages.

Tout cela dure, est consistant.
Nous passons une nuit à peine,
Puis repartons à travers champs
Sans que de nous nul se souvienne.

Peut-être en rêve ils reviendront
Dans quelques années encor lointaine,
Tels que furent et resteront:
Les toits, le portail, la fontaine;

Comme un air du pays natal,
Malgré la halte provisoire
En ce gîte étranger, banal,
Dont le nom a fui la mémoire.

N’est-il pas étrange, admirable,
Que ruisselle ainsi chaque nuit
La fontaine et son léger bruit
A l’ombre fraîche de l’érable?

***

Landstreicherherberge

Wie fremd und wunderlich das ist,
daß immerfort in jener Nacht
der leise Brunnen weiterfließt,
vom Ahornschatten kühl bewacht.

Und immer wieder wie ein Duft
der Mondschein auf den Giebeln liegt
und durch die kühle , dunkle Luft
die leichte Schar der Wolken fliegt!

Das alles steht und hat Bestand,
wir aber ruhen eine Nacht
und gehen weiter über Land,
wird uns von niemand nachgedacht.

Und dann vielleicht nach manchem Jahr,
fällt uns im Traum der Brunnen ein
und Tor und Giebel, wie es war
und jetzt noch und noch lang wird sein.

Wie Heimatahnung glänzt es her
und war doch nur zu kurzer Rast
ein fremdes Dach dem fremden Gast ,
er weiß nicht Stadt, nicht Namen mehr.

Wie fremd und wunderlich das ist,
daß immerfort in jeder Nacht
der leise Brunnen weiterfließt,
vom Ahornschatten kühl bewacht!

(Hermann Hesse)

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