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LES PROMENEUSES (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Paul Delvaux

 

LES PROMENEUSES

Au long de promenoirs qui s’ouvrent sur la nuit
— Balcons de fleurs, rampes de flammes —
Des femmes en deuil de leur âme
Entrecroisent leurs pas sans bruit.

Le travail de la ville et s’épuise et s’endort :
Une atmosphère éclatante et chimique
Étend au loin ses effluves sur l’or
Myriadaire d’un grand décor panoramique.

Comme des clous, le gaz fixe ses diamants
Autour de coupoles illuminées ;
Des colonnes passionnées
Tordent de la douleur au firmament.
Sur les places, des buissons de flambeaux
Versent du soufre ou du mercure ;
Tel coin de monument qui se mire dans l’eau
Semble un torse qui bouge en une armure.

La ville est colossale et luit comme une mer
De phares merveilleux et d’ondes électriques,
Et ses mille chemins de bars et de boutiques
Aboutissent, soudain, aux promenoirs de fer,
Où ces femmes — opale et nacre,
Satin nocturne et cheveux roux —
Avec en main des fleurs de macre,
A longs pas clairs, foulent des tapis mous.

Et ses mille chemins de bars et de boutiques
Aboutissent, soudain, aux promenoirs de fer,
Où ces femmes — opale et nacre,
Satin nocturne et cheveux roux —
Avec en main des fleurs de macre’,
A longs pas clairs, foulent des tapis mous.

Ce sont de très lentes marcheuses solennelles
Qui se croisent, sous les minuits inquiétants,
Et se savent, — depuis quels temps ? —
Douloureuses et mutuelles.

En pleurs encor d’un trop grand deuil,
Tels yeux obstinés et hagards
Dans un nouveau destin ont rivé leurs regards,
Comme des clous dans un cercueil.

Telle bouche vers telle autre s’en est allée,
Comme deux fleurs se rencontrent sur l’eau.
Tel front semble un bandeau
Sur une pensée aveuglée.

Telle attitude est pareille toujours ;
Dans tel cerveau rien ne tressaille.
Quoique le coeur, où le vice travaille,
Batte âprement ses tocsins sourds.

J’en sais dont les robes funèbres
Voilent de pâles souliers d’or
Où son rêve d’État strict et géométrique
Tranquillisait l’aboi plaintif des lâchetés.

Il se sentait la force étroite et qui déprime,
Tantôt sournois, tantôt cruel et contempteur,
Et quand il se dressait de toute sa hauteur
Il n’arrivait jamais qu’à la hauteur d’un crime.

Planté devant la vie, il l’obstrua, depuis
Qu’il s’imposa sauveur des rois et de lui-même
Et qu’il utilisa la peur et l’affre blême
En des complots fictifs qu’il étranglait, la nuit.

Si bien qu’il apparaît sur la place publique
Féroce et rancunier, autoritaire et fort,
Et défendant encor, d’un geste hyperbolique,
Son piédestal massif comme son coffre-fort.

(Emile Verhaeren)

Illustration: Paul Delvaux

 

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L’AMOUR MAITRE (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2017



L’AMOUR MAITRE

Il court en liberté dans le sillon, agite ses ailes au vent,
palpite vivant au soleil, se pose sur les pins.
Ne cherche pas à l’oublier comme une mauvaise pensée :
tu devras l’écouter !

Il parle la langue du bronze et celle de l’oiseau,
Il te supplie timide et comme la mer te commande.
Ne cherche pas à le regarder défiante ou sourcil froncé :
tu devras l’héberger !

Ses gestes sont d’un maitre que l’excuse n’attendrit.
Il fêle les vases de fleurs, fend le glacier profond.
Ne cherche pas en lui parlant à refuser de l’abriter :
tu devras l’héberger !

Subtil il te réplique avec d’ingénieuses raisons,
arguties d’un savant empruntant une voix de femme.
Ta science humaine sera vaine, plus encor celle du ciel :
et tu devras le croire !

D’un bandeau de lin il t’aveugle et tu supportes le bandeau.
Il t’offre son bras chaud et tu ne sais le refuser.
Il se met à marcher et tu le suis, ensorcelée, sachant
qu’il t’emmène à la mort !

***

AMO AMOR

Anda libre en el surco, bate el ala en el viento,
late vivo en el sol y se prende al pinar.
No te vale olvidarlo como al mal pensamiento :
¡tendrás que escuchar!

Habla lengua de bronce y habla lengua de ave,
ruegos timidos, imperativos de mar.
No te vale ponerle gesto audaz, ceño grave:
¡lo tendres que hospedar!

Gasta trazas de dueño; no le ablandan excusas.
Rasga vasos de flor, hiende el hondo glaciar.
No te vale el decirle que albergarlo rehúsas:
¡lo tendrás que hospedar!

Tiene argucias sutiles en la réplica fina,
argumentos de sabio, pero en voz de mujer.
Ciencia humana te salva, menos ciencia divina:
¡le tendrás que creer!

Te echa venda de lino; tú la venda toleras.
Te ofrece el brazo cálido, no lek sabes huir.
Echa a andar, tú le sigues hechizada aunque vieras
¡que eso para en morir!

(Gabriela Mistral)


Illustration: René Magritte

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Je vis pour ce qui n’a pas de poids de couleur ni de prix (Anne Perrier)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



Je vis pour ce qui n’a pas de poids
De couleur ni de prix
L’insensible douceur
De tes mains
Ton visage aux chemins
Interdits
Ton silence qui me détruit
Le coeur
Ta lumière comme un bandeau
Sur les yeux
Eux disent que c’est folie
Moi je dis c’est l’amour
Ainsi soit-il

(Anne Perrier)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: René Julien

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L’HOMME ESCALADE SON PARADIS SECRET (Eduardo Jonquieres)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



 

L’HOMME ESCALADE SON PARADIS SECRET

Couronné de nuit, d’éclairs et d’immédiats nuage
L’homme en détresse escalade son paradis secret
Il tire à lui, comme une outre, cette agnelle pleine
Cette panse gonflée, emplie d’obscures cantilènes
La vie, avec son lent écoulement.

Il est seul au milieu du désir,
Lent, devenu son écorce dernière.
Le temps désaccorde sa voix étouffée.
La mort passe, les hontes
Acceptées, la rougeur coupable et les heures d’absolu

(La mort passe et pardonne,
Les fautes demeurent dans la besace pleine.)

Que reste-t-il de lui sinon le plus perdu ?
Quoi de plus, sinon le moins ?
Que reste-t-il après la prière et la colère insensées
Pour apaiser les anciens jours et le futur ?

Les portes n’admettent pas la quête prudente.
Qui appelle, et quoi ? Quel bandeau déchiré
Tombe
Montrant la chair vive, nuisible,
Ouverte à l’air, sanglotant par le dedans
Avec l’autre face tournée vers le vide ?
On n’appelle pas, non, personne n’appelle.
Personne n’aide l’homme à monter
Vers son paradis secret. Et la vie
Le tire à lui, la vie pleine.

(Eduardo Jonquieres)

Illustration

 

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Sept Souhaits (Claire Goll)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2016



Que ne suis-je le bandeau autour de ton front
Si proche de tes pensées!

Que ne suis-je le grain de maïs
Qu’écrasent tes dents de chat sauvage!

Que ne suis-je à ton cou la turquoise,
Chaude de la tempête de ton sang!

Que ne suis-je la laine multicolore
Du métier à tisser, qui glisse entre tes doigts!

Que ne suis-je la tunique de velours
Sur le flux et le reflux de ton coeur!

Que ne suis-je le sable dans tes mocassins
Qui ose caresser tes orteils!

Que ne suis-je ton rêve nocturne
Lorsque dans les bras noirs du sommeil, tu gémis!

(Claire Goll)


Illustration

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L’investiture (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2015



L’investiture

Nous longerons la grille du parc,
A l’heure où la Grande Ourse décline ;
Et tu porteras – car je le veux –
Parmi les bandeaux de tes cheveux
La fleur nommée asphodèle.

Tes yeux regarderont mes yeux ;
A l’heure où la grande Ourse décline. –
Et mes yeux auront la couleur
De la fleur nommée asphodèle.

Tes yeux regarderont mes yeux,
Et vacillera tout ton être,
Comme le mythique rocher
Vacillait, dit-on, au toucher
De la fleur nommée asphodèle.

(Jean Moréas)

 

 

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RETOUCHE A LA CHAMBRE DE CLINIQUE (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2015



 

statue-vierge-miraculeuse

RETOUCHE A LA CHAMBRE DE CLINIQUE

Les roses de l’aimée dérivent à la fenêtre.
Pour un plus haut voyage
j’en ai donné à la Vierge
à qui je ne crois pas
mais me délègue inlassable
une femme simple à bandeaux blancs
toujours égale,
sa nef sur le temps.

(Daniel Boulanger)

 

 

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