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Poésie

Posts Tagged ‘baptiser’

LA LIBERTÉ (Jean Iglesis)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



 

LA LIBERTÉ

On m’a baptisé
Sans me demander mon avis.

On m’a mis à l’école
Sans me demander mon avis.

On m’a appris à utiliser l’argent
Sans me demander mon avis.

On m’a obligé à servir l’armée
Sans me demander mon avis.

On m’a obligé à travailler
Sans me demander mon avis.

Alors aujourd’hui, je souris
Quand on vient enfin me demander mon avis
Sur la liberté.

(Jean Iglesis)

Illustration

 

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Ordonnez-moi (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



Ordonnez-moi
de ne plus quitter ma terre,
de ne plus vivre à l’écart,
dans des vallées d’asile,
dans des cités en exil.

Commandez-moi
de ne plus me dénouer de ce pays
qui me baptisa,
me refusa,
mais qui sera mon dernier lit.

Donnez-moi
de l’accepter tel quel :
à demi mangé,
à demi bouilli.
Je m’y sens bien
sans reconnaissable raison.

Je ne fréquenterai plus
les grandes villes
où m’attirait le quartier des gares
et me fascinaient les embarcadères.
J’ai oublié si j’épargnais
en vue d’un billet de départ
ou d’une prostituée qui avait
un peu de mon visage
et sûrement le double de mon âge.

J’ai perdu le regret
des lointains voyages,
ne m’enivre plus l’odeur
qui flotte dans les aérogares
et cette fragile lenteur
des passagers en proie
à une demi-peur.
Je ne vais plus aujourd’hui
que de Quimper à Quimperlé,
à Brest ou à Morlaix.

J’ai perdu aussi le regret
des grandes amours de chair,
me contentant de qui je contente
et si j’aime encore
ce n’est plus que le pays
dont les frontières pour le moment
s’enroulent en moi en pelote,
si j’aime encore
ce n’est plus que la Bretagne qui me porte.

(Gérard Le Gouic)

 

 

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L’ENVIE DE DIRE… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



L’ENVIE DE DIRE…

L’envie de dire vient aux mâchoires
Comme une salive un peu plus amère ;
L’envie de dire dès qu’on voit ;
C’est une étrange maladie.
C’est une atroce boule d’enfance
Qui remonte la gorge ; on la baptise
Poésie ; et beaucoup en sont morts
Sur ces terres nouvelles que le sang fertilise.

(Jean Rousselot)

Illustration: Brendan Monroe

 

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Dans cet espace (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Illustration
    
Dans cet espace souvent trouble,
les éclairs de l’origine
baptiseront à nouveau la vision
afin qu’elle voie ce que maintenant elle ne voit pas
de ces alentours du rien.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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A MA MÈRE (Mahmoud Darwich)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration: Oskar Kokoschka
    
A MA MÈRE

J’ai la nostalgie du pain de ma mère,
Du café de ma mère,
Des caresses de ma mère…
Et l’enfance grandit en moi,
Jour après jour,
Et je chéris ma vie, car
Si je mourais,
J’aurais honte des larmes de ma mère !

Fais de moi, si je rentre un jour,
Une ombrelle pour tes paupières.
Recouvre mes os de cette herbe
Baptisée sous tes talons innocents.
Attache-moi
Avec une mèche de tes cheveux,
Un fil qui pend à l’ourlet de ta robe…
Et je serai, peut-être, un dieu,
Peut-être un dieu,
Si j’effleurais ton coeur !

Si je rentre, enfouis-moi,
Bûche, dans ton âtre.
Et suspends-moi,
Corde à linge, sur le toit de ta maison.
Je ne tiens pas debout
Sans ta prière du jour.
J’ai vieilli. Ramène les étoiles de l’enfance
Et je partagerai avec les petits des oiseaux,
Le chemin du retour…
Au nid de ton attente !

(Mahmoud Darwich)

 

Recueil: La terre nous est étroite
Traduction: Elias Sanbar
Editions: Gallimard

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Quel nom (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017




    
Quel nom
quelle voix pour te nommer
ma belle agile
hors de moi
qui te prononce
et te baptise encore en vérité
Quel nom
que je ne dirai plus
versé à l’ombre
et coulé simplement dans l’absence

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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Supposons (Marianne Auricoste)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2017



Supposons que tu n’as pas vieilli,
que je n’ai pas grandi.
Nous n’aurions pas reconnu l’alouette.
Pas avalé la prune.
Pas salué le chèvrefeuille ni le laurier.
Pas baptisé le chien.
Pas troublé l’eau de l’étang.
Pas labouré les mots.
Pas gratté les parois.
Pas reversé la pluie.
Pas vengé l’inertie.
Pas envahi le noir.
Pas occis l’amertume.
Pas planté le tilleul.

(Marianne Auricoste)

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Chassez les nuages (Richard Wright)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



 

Chassez les nuages,
Que le dôme du ciel bleu
Baptise cette mer !

***

Sweep away the clouds
And let a dome of blue sky
Give this sea a name!

(Richard Wright)

 
Illustration: ArbreaPhotos

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Je te baptise (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2016



Je te baptise
Du goût de la pierre de Carnac.
Du goût de la bruyère et de la coquille d’escargot.
Du goût de l’humus un peu mouillé.

Je te baptise
Du goût de la bougie qui brûle,
Du goût du lait cru,
Du goût différent de plusieurs jeunes filles,
Du goût de la pomme verte et de la pomme très mûre.

Je te baptise
Du goût du fer qui commence à rouiller,
Du goût d’une bouche et d’une langue avides,
Du goût de la peau que tu n’as pas salée,
Du goût des bourgeons, des jeunes girolles.

… C’est sans effet sur toi, oui.
C’était pour moi.

(Guillevic)


Illustration: Albert Edelfelt

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GARDIENS DU FLEUVE (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2016



 

Ettore Aldo Del Vigo -   (84)

GARDIENS DU FLEUVE

Nous
sommes les
gardiens du fleuve
les gardiens du collier de
perles qui court sur le vêtement de
la terre nous vivons sur tes rives nous
buvons de ton eau nous dansons sur tes
vagues nous crachons des dieux à chacune de
nos respirations nous répétons ton
nom poisson tortue taureau tigre
oiseau cheval serpent nous
répétons ton nom sans
relâche et sans fin
ton nom
Nous

Nous
pensons en
herbes sauvages
nous vivons en herbes
folles nous accompagnons les
temples qui glissent dans tes eaux
nous nous fardons avec la cendre des morts
nous recueillons le présent nous gardons le rythme
le chemin est le but le chemin est le but
le chemin est le but chaque moment
est absolu chaque moment
est vivant nous nous
écoulons dans la
lumière du
Nous

Nous
passons sur
l’autre rive murmure
Hermann Hesse laissons
nous porter porter par les eaux
répète Kathleen Raine approchons
instinctivement des bûchers demande
Pasolini regardons la mort la nuit quand Bénarès
est réduite à l’essentiel exhorte Moravia
entrons dans l’eau et baptisons-nous
sourit Henri Michaux aux
Indes si nous ne prions
c’est du temps donné
aux moustiques
Nous

Nous
sommes les
gardiens du fleuve
les gardiens de sa respiration
vive et chaude nous avons oublié
la douleur du voyage entre la naissance
et la mort nous avons oublié les taches de
sang dans le ciel nous dansons de vie en vie
nous transformons le pire en force
d’ascension nous nous unissons
à la poussière devenons
tourbillon où allons
nous vraiment sur
l’autre rive
Nous

(Zéno Bianu)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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