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Poésie

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Toi qui pâlis au nom de Vancouver (Marcel Thiry)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



Illustration: Edward Hopper
    
Toi qui pâlis au nom de Vancouver,
Tu n’as pourtant fait qu’un banal voyage;
Tu n’as pas vu la Croix du Sud, le vert
Des perroquets ni le soleil sauvage.

Tu t’embarquas à bord de maint steamers,
Nul sous-marin ne t’a voulu naufrage;
Sans grand éclat tu servis sous Stürmer,
Pour déserter tu fus toujours trop sage.

Mais qu’il suffise à ton retour chagrin
D’avoir été ce soldat pérégrin
Sur les trottoirs des villes inconnues,

Et, seul, un soir, dans un bar de Broadway,
D’avoir aimé les grâces Greenaway
D’une Allemande aux mains savamment nues.

(Marcel Thiry)

 

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Il déchiffre la ville (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2017



Illustration
    
Il déchiffre la ville
comme la mer avec ses feux
les familles, les bars
les cigarettes rouges
des garçons aux mains vides
et des filles tristes
Son propre corps dans l’ombre
luit peut-être à son insu
quand il pense au poème

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Le Pays derrière les larmes
Editions: Gallimard

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À deux heures du matin (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2017



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À deux heures du matin

À deux heur’ du matin lorsque les chaises volent
Lorsque les poignards luisent
Aux aubes qui ne naissent pas
Lorsque les coups de poing s’abattent sur nos crânes
Nous demandons toujours notre demi pression

Pressons pressons garçon pressons
Pressons pressons pressons pressons pressons
À trois heur’ du matin lorsque le sang s’écoule
Du copain effondré au ras et sur le zinc
Quand nos larmes ne coulent plus
Quand nous rêvons d’être dingues
Nous recommandons un demi pression
Pression
Et nous disons au garçon pressons pressons

Il y a toujours la Seine
Avec ses hanches lourdes
Quand la lune la mord
Et que là-bas au loin
La péniche glissant
S’en va devers le port

Alors
Nous allons
Et nous rentrons
Dans notre dernier bar
Pour le geste de l’Art
Et nous disons
Au garçon
Un demi pression
Un demi pression
Pressons pressons pressons pressons

En nous en retournant
Nous voyons déjà notre ombre
Et la foule qui court
Vers de viles besognes
Et la mort au soleil
Et le sang qui ruisselle
Le long de notre cravate

Nous pressons
Sa photo
Avant de sombrer dans
Le caniveau.

(Jean-Claude Demay)

 

 

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À l’entrée d’un bar (Richard Wright)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2016



 

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À l’entrée d’un bar,
Il essuie sa bouche au vent,
Sans voir personne.

***

In a bar’s doorway,
Wiping his mouth in spring wind,
Seeing nobody.

(Richard Wright)

Illustration: Konstantin Kacev

 

 

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Forte mer (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2016



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Forte mer

Devant le bateau immobile
Quelqu’un qui attend
C’est le port qui bouge
Il fait trop de vent
le niveau de l’eau change
tant la mer est lasse
tout devient plus grand
Le marin qui passe arrive en retard
D’où vient l’air qu’il a
Et sa tête basse
la sortie du bar
tout l’équipage est dans les mâts
Un oiseau s’efface
Sur le ciel plus plat
Tout le monde a peur
Quand la casquette l’air et les nombreux visages
le vent a tout mêlé dans un même nuage.

(Pierre Reverdy)

Illustration

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Si tu poses ton regard (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2016



si tu poses ton regard
sur le pianiste noir
au fond du bouge obscur
ne le détourne pas

tu verras s’élever
des fantômes de fleurs
et des halos de lune
dans la fumée du bar

(Jean-Claude Pirotte)

Illustration: Guillaume Tarayre

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Je suis parfois cet homme (Stanislas Rodanski)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2016



Je suis parfois cet homme

Je suis seul
Et j’aime la nuit d’être moi
Les lointains de mes sens
Ont une saveur d’aube ignorée des dieux

Au bout de mes bras
J’ai deux mains ouvertes
Au bout de l’inquiétude d’être au monde
J’ai la certitude d’être au regard des amis

Savez-vous bien ?
Nous sommes à fleur d’eau
À bout de bras levés sur notre aide
La main haute le visage ouvert l’oeil sec
Nous bâtissons une plage mouvante
Sur l’écume silencieuse de la marée humaine

Il y a aussi ces petits bars troublants
Et le songe cultivé de fil en aiguille
Il y a ces petites jeunes filles
Et ces grands yeux de larmes ouverts sur nos secrets
Il y a nos habitudes insolites
Et ce langage facile à parler juste

Et il y a surtout le hasard docile à réveiller
Des merveilles familières.

(Stanislas Rodanski)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

 

 

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Ta Katie t’a quitté (Boby Lapointe)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2016



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Ta Katie t’a quitté

Ce soir au bar de la gare
Igor hagard est noir
Il n’arrête guère de boire
Car sa Katia, sa jolie Katia
Vient de le quitter
Sa Katie l’a quitté
Il a fait chou-blanc

Ce grand-duc avec ses trucs
Ses astuces, ses ruses de Russe blanc
Ma tactique était toc
Dit Igor qui s’endort
Ivre mort au comptoir du bar
Un Russe blanc qui est noir

Quel bizarre hasard se marrent
Les fêtards paillards du bar
Car encore Igor y dort
Mais près d’son oreille
Merveille un réveil vermeil
Lui prodigue des conseils
Pendant son sommeil

Tic-tac tic-tac
Ta Katie t’a quitté
Tic-tac tic-tac
Ta Katie t’a quitté
Tic-tac tic-tac
T’es cocu qu’attends-tu ?
Cuite-toi t’es cocu
T’as qu’à, t’as qu’à t’cuiter
Et quitter ton quartier
Ta Katie t’a quitté
Ta tactique était toc
Ta tactique était toc
Ta Katie t’a quitté
Ote ta toque et troque
Ton tricot tout crotté
Et ta croûte au couteau
Qu’on t’a tant attaqué
Contre un tacot coté
Quatre écus tout comptés
Et quitte ton quartier
Ta Katie t’a quitté
Ta Katie t’a quitté
Ta Katie t’a quitté
Ta Katie t’a quitté

Tout à côté
Des catins décaties
Taquinaient un cocker coquin
Et d’étiques coquettes
Tout en tricotant
Caquetaient et discutaient et critiquaient
Un comte toqué
Qui comptait en tiquant
Tout un tas de tickets de quai
Quand tout à coup
Tic-tac-tic driiiing !

Au matin quel réveil
Mâtin quel réveil-matin
S’écrie le russe blanc de peur
Pour une sonnerie
C’est une belle sonnerie.

(Boby Lapointe)

 

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ANDANTINO (Giorgio Caproni)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2016




ANDANTINO

Je l’ai vu si rarement
et, toujours, si vite.

Une fois, ou bien l’ai-je cru,
ce fut dans un des plus sombres
recoins d’un bar, au port.

Mais était-ce moi, était-ce lui ?

Il y avait tant de fumée. Tant de gens.
A grand-peine, je pus découvrir son visage
fixé sur sa bière délaissée.
Il tenait sa main posée
sur la table, et tout
doucement battait des doigts
sur le marbre – ses doigts
plus longs, semblait-il, et plus maigres
que sa vie entière.

J’essayai de l’appeler. Je levai
même un bras.
Mais le vacarme.
La radio si forte.
Je cherchai,
en jouant des coudes, à m’ouvrir un passage
dans la foule, mais lui
(ou était-ce moi ?) lui
s’était déjà levé : disparu,
sans que je l’eusse croisé.

Muet, je m’assis
à sa place, et — vide —

***

ANDANTINO

Cosi di rado l’ho visto
e, sempre, cosi di sfuggiita.

Una volta, o m’è parso,
fu in uno dei più bui
canton d’un bar, al porto.

Ma ero io, era lui ?

C’era un fumo. Una folla.
A stento, potei scorgerne it volto
fisso sulla sua birra svogliata.
Teneva la mano posata
sul tavolo, e piano
piano batteva le dita
sul marmo – quelle sue dita
più lunghe, pareva, e più magre
di tutta la sua intera vita.

Provai a chiamarlo. Alzai
anche un braccio.
Ma il chiasso.
La radio cosí alta.
Cercai,
a urtoni, d’aprirmi un passo
tra la calca, ma lui
(od ero io ?) lui
già sera alzato : sparito,
sena che io lo avessi incrociato.

Mi misi, muto, a sedere
al suo posta, e – vuoto –

(Giorgio Caproni)

Illustration: Henri de Toulouse-Lautrec

 

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Club 26 (Lorine Niedecker)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2016



 

verre tulipe

Club 26

Nos propos, nos livres
troublaient la rive comme le poisson-chat
le nectar des racines
du grand nymphéa

Puis nous entrions dans la fleur
bâti blanc sur tapis rouge

fraîcheur du bar
calme et circulaire

verres-tulipe à caresser
Attendions que tremblent leurs pistils

***

Club 26

Our talk, our books
riled the shore like bullheads
at the roots of the luscious
large water lily

Then we entered the lily
built white on a red carpet

the circular quiet
cool bar

glass stems to caress
We stayed till the stamens trembled

(Lorine Niedecker)

 

 

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