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Posts Tagged ‘barbouillé’

PLATRE (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



statue brisée 3f

PLATRE

Cette petite statue de plâtre, quand elle était neuve
— Le plâtre très blanc, les lignes très pures, —
Suggérait imparfaitement l’image de la vie
(Quoique la figure pleurât).
Depuis de longues années je l’ai chez moi.
Le temps l’a vieillie, l’a rongée,
l’a barbouillée d’une patine jaune sale.
Mes yeux, de tant la regarder,
L’ont imprégnée de mon humanité ironique de phtisique.

Un jour une main maladroite
Par inadvertance la fit choir et la brisa.
Alors je m’agenouillai plein de rage,
recueillis ces tristes fragments et reconstituai la statuette qui pleurait.
Et le temps passa sur les blessures et obscurcit encore davantage
la souillure mordante de la patine…

Aujourd’hui ce petit plâtre commercial
Est touchant. Il vit, et me fait maintenant songer
Que seul est vraiment vivant ce qui a déjà souffert.

(Manuel Bandeira)

Illustration

 

 

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Instantané (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Instantané

La ribambelle d’oiseaux chante.
Le bois s’en est émerveillé.
L’enfant paysan barbouillé
Court au fleuve, au bas de la pente.

Soleil. Chaleur partout présente.
L’air même en est incendié.
Nul nuage n’a vacillé
Dans le grand ciel que rien n’évente.

Le gamin s’étend près de l’eau,
Le soleil lui brûle la peau,
Puis il se roule dans le sable.

Il voit un caillou plat, le prend,
Le jette en cette eau navigable,
Et puis s’éloigne en sifflotant.

(Attila Jozsef)

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Bravant tempête, vent et pluie… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018




    
Bravant tempête, vent et pluie…

Bravant tempête, vent et pluie
Noirs de suie,
Noirs de sueur,
Nous passons à toute vapeur.
Sur le train qui chemine
Nous sommes maîtres après Dieu
S’il en est un dans les cieux
Le charbon de la mine
Flambe dans nos machines.
(Bravant tempête, vent et pluie,
Noirs de sueur, noirs de suie
À coups de sifflets dans la nuit
Nous passons et le feu luit.)

Refrain
Peau noire, oeil blanc, par les voies
Les mécaniciens
Qu’ils soient tristes, qu’ils soient en joie
P.L.M. ou Transsibérien
Sous le soleil ou sous la pluie
Ardents voyageurs
Barbouillés de sueur et de suie
Passent à toute vapeur.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Premier baiser (Robert Calmel)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2017




    
Premier baiser

Pour tous deux en classe primaire
La journée passait en leçons.
Le soir la route familière
Nous ramenait la maison.

Au cours de cet itinéraire
Nous mangions le morceau de pain
Qu’avait prépare notre mère
Avant le départ du matin.

J’essayais avec innocence
De l’embrasser, sans résultat.
Pour surmonter sa résistance
J’ai proposé du chocolat.

Quand elle eut fini ma tablette
J’ai du femer les yeux avant
De sentir ses lèvres discrètes
Sm les miennes un bref instant.

Si ce baiser fut éphémère
Son souvenir subsistera
Si douce fut sa bouche légére
Barbouillée de mon chocolat.

(Robert Calmel)

 

Recueil: Pétales d’Or

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SONNET RENAISSANCE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



edouard-agneessens-1842-1885-le-spadassin-1867

SONNET RENAISSANCE

D’un pas leste et galant sautant hors du bateau,
Un grand seigneur, en très somptueux équipage,
Pose ses doigts gantés sur l’épaule du page
Qui porte dans ses bras l’épée et le manteau.

Le compliment en vers qu’on remettra bientôt
Est barbouillé par un pédant sur une page,
Et les musiciens en chœur font du tapage
Sous la fenêtre ouverte et sombre du château.

De son retrait, la dame entend voix et guitares,
Tandis que son mari, triste, en proie aux catarrhes,
Fait dans l’herbe du parc tendre maint piège-à-loups.

Mais près du mur, caché dans l’ombre, sur la pierre,
Pour donner un grand coup d’estoc au vieux jaloux,
Le rouge spadassin aiguise sa rapière.

(Jean Richepin)

 Illustration: Edouard Agneessens

 

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