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Adieu au folklore (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



    
Adieu au folklore

L’univers grâce à la technique
Ciné, radios, télévisions
N’est plus qu’un bloc monolithique
Sans chance aucune d’évasion
Formalités, visas, frontières
Peuvent bien disposer partout
Pour nous embêter leurs barrières
Les micros qui parlent, on s’en fout
Avec le Niagara d’images
Que déverse le cinéma
Il fait un monde sans visage
Neutre, grisaille, banal et plat
Lavage intensif et ses drôles
Injection mais à haute dose
De vitriol et d’eau de rose
Renaud Line et Gilbert Bécaud

Ainsi docilement mais en douce
Grâce aux slogans des hauts-parleurs
Comme roi dont l’esprit s’émousse
Descend l’échelle des valeurs
Nivellement systématique
Voici venir l’homme-robot
Sans réflexion ni sens critique
Sans coeur, sans tripes ni cerveau
Acceptant tout : même cuisine
Même film, mêmes préjugés
Mêmes habits, même doctrine
Plus la peine de voyager
Paris, Tokyo, San Francisco
Mêmes bars, même limonade
Même idéal, même salade
Renaud Line et Gilbert Bécaud

Que reste-t-il du vrai folklore
Coloré, vivant, émouvant ?
Le ciné, les ondes sonores
L’ont noyé sous leurs flots mouvants
Pour le voyageur de passage
Altéré d’authenticité
Les producteurs très à la page
Font du folklore à volonté
France des vaches, Garde Républicaine
Lauterbach, valet d’opéra
Sarclo, Bühler, la coupe est pleine
Servez chaud, folklore vaudois !
Mais que devient le flamenco
Dans la péninsule ibérique
A Granada sous les portiques ?
Cette voix, c’est Gilbert Bécaud !

Ainsi va ce monde grisaille
Ainsi le sel perd sa saveur
Espagne, Ukraine ou Cornouailles
Où sont donc vos fraîches couleurs ?
La paysanne catalane
Veut s’habiller comme à Paris
Elle abandonne la sardane
Pour danser le boogie-woogie
Tout se vide et se banalise
Un faux vernis anglo-saxon
Ennuyeux comme une banquise
Recouvre tout jusqu’aux chansons
C’est ainsi qu’à tous les échos
Exprimant l’idéal du monde
On entend détonner les ondes
Dans la nature à pleins tuyaux

(Jean Villard–Gilles)

 

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Le temple (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Illustration
    
Le temple

Les nuages déploient leurs courses au-dessus de nous
sans voir que notre vie est un travail interminable criblé
de fêtes éternelles.

Ce chemin le long de la barrière оù se penchent des fleurs d’iris
ne mène pas au temple, il est lui-même le temple.
Et ta main sur mon épaule avant que j’aie pu tourner la tête.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Arpèges et paraboles
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le bien que rien ne contient (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018


 


 

Patricia Traub 14

Le bien que rien ne contient

Il avait son bien.
C’était le seul bien qui lui importait.
Rien ne pouvait le contenir, ni une poche, ni la paume de sa main.
On pouvait, parfois, en capter une trace dans ses yeux.
Il voulait partir. Partir avec son bien. Il fit ses valises.
Aux barrières les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Ils n’avaient pas ouvert ses valises. Il s’en revint avec son bien.
Il se fit couper un vêtement sans plis, ni poches, et se présenta aux barrières, sans bagages.
Les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Il s’en retourna. Mais il lui fallait vraiment partir. Avec son bien.
Alors il alla, nu, aux barrières.
Les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Il demeura nu. Avec son bien. Que rien ne pouvait contenir.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Patricia Traub

 

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RÉMINISCENCE DU FOYER (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



https://arbrealettres.files.wordpress.com/2010/09/vangogh-nuit-etoilee.jpg

 

RÉMINISCENCE DU FOYER

Vrai Nord. Nord de Vincent.
Entrevue

l’anti-terre de lumière. Et à travers chaque fissure
de terre, les champs
indigo qui brûlent
sous un vent foisonnant d’étoiles.

Ce qui est enfermé
dans l’oeil qui t’a pénétré
sert toujours
d’image du foyer : la barrière
d’une chaise vide, et le père, absent,
toujours fleurissant dans son vase
à la lunaire.

Tu fermeras les yeux.
Dans l’oeil du corbeau qui vole devant toi
tu te regarderas
te laisser en arrière.

(Paul Auster)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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CHANSON DU VAGABOND (Sakutarô Hagiwara)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018



 

vagabond  _p

CHANSON DU VAGABOND
HYÓHAKUSHA NO UTA

Le jour est monté sur le talus
Et la tristesse rôde sous le pont.
Jusqu’au ciel infini
Les rails s’étirent, et derrière les barrières
Une ombre solitaire erre.

Oh, toi, le vagabond!
Tu viens du passé, et passes l’avenir,
Et poursuis une nostalgie éternelle.
Pourquoi vacilles-tu,
Marche triste des aiguilles du temps?
Comme on tue un serpent avec une pierre
Brise donc ce cercle de renaissance
Et foule et coupe cette lâche désolation.

Ah, plus solitaire que le diable
Tu as supporté l’hiver des frimas!
Sans jamais rien croire
Tu as connu l’exaspération de croire.
Sans jamais le nier
Tu as accusé ton désir.
Aussi pourquoi épuisé de tristesse
Rentrerais-tu là où tendrement enlacé t’embrasserait quelqu’un?
Jamais tu n’as rien aimé
Et on ne doit jamais t’aimer.

Oh, toi, désolation,
Tu montes la côte d’un morne couchant
Et vas errant sur un talus sans volonté
Mais nulle part il ne doit y avoir de pays.
Pour toi, il ne doit y avoir de pays!

(Sakutarô Hagiwara)

Illustration: Théophile Alexandre Steinlen

 

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Sonne, résonne, ma talianka (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
Sonne, résonne, ma talianka aux peaux mélodieuses.
Cours à la barrière, la belle, au-devant du fiancé.

De bleuets mon coeur s’illumine, le turquoise l’embrase.
Je chanterai sur la talianka les yeux bleus de ma belle.

Dans les remous du lac ce n’est pas d’aurore qu’est tissée l’épure,
derrière le coteau ton fichu brodé, furtif, s’évanouit.

Sonne, résonne, ma talianka aux peaux mélodieuses.
Écoute, la belle, écoute, l’aubade du fiancé.

(Sergueï Essénine)

***

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Bienvenue (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018


chardon

Bienvenue
c’est un jour soleilleux
que l’on attend l’étranger.
Vêtu de drap noir et fin
et coiffé du chapeau haut
il va pousser la barrière
et dire amis me voici.

L’âne broutant le chardon bleu
la jument en robe sombre
le porc buveur de lait maigre
le chien au front étoilé
le chat sensible aux orages
devant lui seront les mêmes
qu’en la dure Antiquité.

(Jean Follain)

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MESSAGE (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018



estampe chinoise -16

MESSAGE

Ami, je t’en conjure, ne viens pas me retrouver!
Tu meurtrirais les saules que j’ai plantés devant ma demeure.
Je ne dois plus t’aimer.

Il faut que j’obéisse à mes parents.
Je leur ai dit combien je t’aime, combien tu m’es nécessaire,
et j’ai entendu leurs violents reproches.

Ami, je t’en conjure, ne franchis pas le mur de notre cour!
Tu briserais les rameaux du jeune santal que j’arrose, chaque matin.
Il m’est impossible de te donner mon coeur.
La volonté de mon frère aîné est inébranlable, et il m’a défendu de t’aimer.

Ami, je t’en conjure, n’arrache pas la barrière où nous nous sommes accoudés, le soir de ton départ!
Tu déracinerais le rosier dont je vais respirer les fleurs, au crépuscule.

(La Flûte de Jade)

 

 

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CHAMP LIBRE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018




    
CHAMP LIBRE

L’océan bat son plein
La barrière est ouverte
On voit des chevaux d’or brouter les plantes vertes
Les deux bords du chemin
Les guirlandes de ciel qui passent par nos mains

Un visage se lève
Soir et matin le même rêve
La peau douce du vent
Je pars dans le soleil et tu marches devant
Le temps presse
A chaque pas vers toi je tombe de faiblesse
Le coeur ne répond plus
Je gagnais ton pardon si tu l’avais voulu

Sur le mur qui chancelle une ombre s’épanouit
Un reflet nous égare
Une voix dans la nuit

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Une éclaircie (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



Illustration: Benoit Havard
    
Une éclaircie

Il fait plus noir
Les yeux se ferment
La prairie se dressait plus claire
Dans l’air il y avait un mouchoir
Et tu faisais des signes
Ta main sortait sous la manche du soir
Je voulais franchir la barrière
Quelque chose me retenait
Le cri venait de loin
Par derrière la nuit
Et tout ce qui s’avance
Et tout ce que je fuis
Encore
Je me rappelle
La rue que le matin inondait de soleil

(Pierre Reverdy)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Plupart du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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