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Posts Tagged ‘bas-fond’

Jean Ruet aussi est mort (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020



Illustration
    
… Jean Ruet aussi est mort ;
Il avait vingt-quatre ans ;
C’était un gars de Saint-Ay
Dans les vignes, sur la Loire.
Jean Ruet a été tué !
Qui donc aurait pu croire
Que celui-là mourrait ?
Il était si vivant
Que c’était grand plaisir
De voir ce garçon-là,
Son nez humant l’espace,
Ses fins sourcils farceurs
Ses gestes de danseur,
Et d’entendre son rire !
Son œil, quand il lisait
La guerre dans les journaux,
Était l’œil de Panurge
Écoutant Dindenault.
Et la belle santé
Excluant la rancune,
Nos grands chefs militaires
Excitaient sa gaîté.
Il est mort un matin
Qu’il pliait son grand corps
Pour saisir aux épaules
Un mort dans un boyau.
Un obus est tombé
Au bord du parapet
Et sa gerbe a criblé
Notre gentil Jean Ruet.
Sur le brancard j’ai vu
Son corps blanc et splendide :
La mort n’avait pas pu
Abîmer sa poitrine.
Hélas ! j’ai vu ses traits
S’amincir et se fondre
Pendant qu’il répétait
L’adresse de sa mère.
Nous l’avons enterré
Dans un bas-fond d’Argonne ;
J’ai vu trois jours après
L’eau qui couvrait la place.
[…]

(Charles Vildrac)

 

Recueil: Chants du désespéré (1914-1920) –
Traduction:
Editions: Gallimard

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MON ENDORMIE… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017




MON ENDORMIE…

Mon endormie, il faut que tu me dises
Ce que tu vois dans ces bas-fonds herbeux
Où loin de moi chaque nuit tu t’enlises.

Ne me dis pas que ce sont là des jeux,
Que ma pensée agile vocalise :
Tu le sais bien que de toi je ne veux

Que ce toi-même inconnu de toi-même
Cette autre en toi qui pourrit sous ta peau
Tandis qu’au jour tu tends ton diadème,

Cette poreuse épave sous les eaux
D’un monde feint qui est pour nous le même
Et qui confond les pas de nos troupeaux.

Pour n’être plus ton fantôme envieux,
Ton séparé, ton damné qui rumine
De t’abolir afin de t’aimer mieux,

Tu le sais bien qu’il me faut tes racines,
Les frondaisons de tes poumons bulbeux,
Les moindres voeux de tes doublures fines,

Ta jouissance enfin, qui jette au feu
Ce que ta chair en ma chair imagine.

Dis, que vois-tu dans ces bas-fonds herbeux ?

(Jean Rousselot)

Illustration: Andrzej Malinowski

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Froid flambeau de fleurs vieillies (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2015



 

Froid flambeau de fleurs vieillies
Enfumer d’encens l’enfer
Les bas-fonds noirs de l’élégie
Pavés de pétales déchus

Il n’est pire eau que l’eau qui dort
Dans l’oeil où ne regarde plus l’amour
La face pure s’évapore

Par qui est morte ma chimère
Le chagrin est passé partout
Je suis ses traces de poussière
Où tous les chemins sont dissous

Il n’est pas d’oeil où l’eau qui dort
Ne soit le promenoir de rêves enlacés
Comme l’enfer à l’aurore

Il n’est pire bouquet foudroyé
Pire fauve arbre ou rocher
Après avoir si bien dansé
Que celui tout à coup insensible à nos charmes

Parfois quand on n’a plus d’amour
Parfois quand on n’a plus de larmes
Plus de nuit plus de jour

Il n’est pire sorcière ou pire fée
Pires enfers pire empyrée
Pire silence et pire écho
Que cette ombre qui fait défaut

A la voix fuyante d’Orphée
Entre les cieux et les enfers le coeur se fige
La poésie est médusée

(Ernest Delève)

Illustration

 

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