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Poésie

Posts Tagged ‘bataillon’

Création (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



 

Création

Voilà ce que c’est: une lassitude,
L’horloge ne veut pas se taire;
Un tonnerre s’apaise au loin.
Voix inconnues, voix prisonnières,
Je les entends gémir et se plaindre.
Un cercle mystérieux se resserre,
Mais dans cet abîme de bruits et de murmures
Se dresse un son, un seul, qui domine tout.
Autour de lui tout se tait si strictement
Qu’on entend pousser l’herbe dans la forêt,
Et passer le Mal avec sa besace sur la terre.
Mais voici que soudain on distingue des mots
Et les signaux des rimes légères, —
Alors je commence à comprendre,
Et ces strophes simplement dictées
Se rangent dans le cahier blanc comme neige.

*

Je n’ai que faire des odes et de leurs bataillons,
Des subtiles élégies et de leurs séductions;
Pour moi, il faut dans les vers que tout soit à côté,
Pas comme chez les gens.

Si vous saviez avec quelles ordures
On fait pousser les vers, sans la moindre honte,
Comme un pissenlit jaune près de la clôture,
Comme les bardanes et l’arroche.

Un appel irrité, l’odeur du goudron frais,
Une mystérieuse moisissure sur le mur…
Et le vers chante déjà, railleur, tendre,
Pour votre joie et la mienne.

(Anna Akhmatova)

 

 

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LAMENTO POUR LES PAPILLONS DE NUIT (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



    

LAMENTO POUR LES PAPILLONS DE NUIT

Une plaie a frappé les papillons de nuit, ils agonisent,
leurs corps tels des flocons de bronze gisant sur les tapis.
Les ennemis du délicat partout
Ont soufflé dans l’air une brume pestilentielle.

Lamento pour les papillons veloutés, car ils étaient charmants.
Leurs tendres pensées souvent, car ils pensaient à moi,
apaisaient les névroses qui hantent le jour.
Un mal invisible les a emportés à présent.

Je tourne dans les pièces sombres, ne peux rester calme,
je dois trouver où le traître assassin se cache.
Fébrilement je cherche et toujours ils tombent
aussi fragiles que cendres se brisant contre un mur.

À présent que cette plaie a emporté les papillons de nuit,
qui sera plus frais que des rideaux contre le jour,
qui viendra assez tôt apaiser doucement mon sort
quand je tourne dans les pièces sombres le coeur tourmenté ?

Donne-leur, ô mère des papillons de nuit et des hommes,
la force de revenir dans ce monde trop lourd,
car délicats étaient les papillons de nuit et très recherchés
ici dans un monde hanté par des bataillons d’ennui mammouth !

***

LAMENT FOR THE MOTHS

A plague has stricken the moths, the moths are dying,
their bodies are flakes of bronze on the carpets lying.
Énemies of the delicate everywhere
have breathed a pestilent mist into the air.

Lament for the velvety moths, for the moths were lovely.
Often their tender thoughts, for they thought of me,
eased the neurotic ills that haunt the day.
Now an invisible evil takes them away.

I move through the shadowy rooms, I cannot be still,
I must find where the treacherous killer is concealed.
Feverishly I search and still they fall
as fragile as ashes broken against a wall.

Now that the plague h as taken the moths away,
who will be cooler than curtains against the day,
who will come early and softly to ease my lot
as I move through the shadowy rooms with a troubled heart?

Give them, O mother of moths and mother of men,
strength to enter the heavy world again,
for delicate were the moths and badly wanted
here in a world by mammoth figures haunted!

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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(NON CE N’EST PAS ICI) (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2016




(NON CE N’EST PAS ICI)

J’aperçois d’effrayants objets
mais ce ne sont pas ceux d’ici?
Je vois la nuit courir en bataillons serrés
je vois les arbres nus qui se couvrent de sang
un radeau de forçats qui rament sur la tour ?

J’entends mourir dans l’eau les chevaux effarés
j’entends au fond des caves
le tonnerre se plaindre
et les astres tomber ?…

— Non ce n’est pas ici, non non que tout est calme
ici : c’est le jardin voyons c’est la rumeur
des saisons bien connues
où les mains et les yeux volent de jour en jour!…

(Jean Tardieu)

Illustration

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Si toutes les mères (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2016



 

WAR lebadang

Si toutes les mères d’Europe et d’Amérique celles
de Chine aussi et peut-être d’ailleurs
qui gardent jusqu’à la mort dans leurs ventres le
trou sensible où logeaient leurs enfants
Si toutes les mères du monde avec le pendentif de
chagrin accroché à leur coeur
s’en venaient bataillon aux cheveux gris courbées
d’amour et graves de l’avenir du monde
s’en venaient prendre les enfants guerriers par la main
Oh ce serait un signe un signe

(Guy Lévis Mano)

Illustration

 

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OBJET COURANT (André Hardellet)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2015



 

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OBJET COURANT

Sur les landes du cendrier
Glissent les bataillons en marche
La Reine et tous ses cavaliers
Nés de la cendre et du panache.

Longue colombe de fumée
Quel bleu déserte avec la perte ?
C’est toujours paupières fermées
Qu’on découvre la porte ouverte.

Bal des souris dans le grenier
Cavalerie par les grand routes
Sur l’espace du cendrier
Quels bivouacs, quelles déroutes !

Ma blonde rougit dans le soir
Au clair de la lune violette
Les frôleuses de l’étang noir
Ont baissé leur loup à voilette.

Maraudeurs, gendarmes et rois
Sont devenus inexplicables.
Dans ses carrières, en sournois
S’apprête le marchand de sable.

(André Hardellet)

 

 

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