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Poésie

Posts Tagged ‘bâtir’

VILLE HAUTE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2018



Illustration: Duccio di Buoninsegna
    
VILLE HAUTE

Des robes à la nuit sont bâties
par d’indociles ouvrières
aux voix vives
à l’odeur de chairs actuelles
au milieu de pierres usées.
Au jour on reverra encore
grilles, piliers, tourelles,
tuiles jaunes, murs fissurés
dans la clarté d’une cité
édifiée au haut d’un rocher
contemplation des voyageurs.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard
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En l’an trois mille (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018


 


Adrian Chesterman 86

 

Nous n’avions rien et c’était peau de l’ange.
On nous disait de bâtir nos maisons,
qu’en l’an trois mille adviendrait la revanche,
symbole et foi, la joie des compagnons,
qu’au crayon bleu à biffer les frontières
la Terre en bloc serait un seul Pays,
que le Sacré remplacerait la guerre,
et que l’enfer deviendrait paradis.
C’est l’an trois mille et sommes en jachère
à repenser le problème des sots.
– L’argile tremble encore au cimetière
et l’on entend le combat des robots.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Adrian Chesterman

 

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Et maison neuve on bâtira (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018




    
Et maison neuve on bâtira

Refrain
On va construire une maison
Pour abriter les camarades
On va construire une maison
Du rez-d’-chaussée jusqu’aux mansardes
On va construire une maison
Le toit les murs les fondations
On va construire une maison.

1
Il faut d’abord abattre la masure
Les vieux taudis les nids à rats
Il faut d’abord abattre la masure
Et maison neuve on bâtira.

2
Il faut aussi creuser profond la terre
Le terrassier a de bons bras
Il faut aussi creuser profond la terre
Et maison neuve on bâtira.

3
Maçon construis de solides murailles.
C’est le gros oeuvre et il tiendra
Par le ciment la pierre et la pierraille
Et maison neuve on bâtira.

4
Le fer, le bois soutiendront la charpente
Couvreur, plombiers, faites le toit
Qu’il nous abrite à l’instant des tourmentes
Et maison neuve on bâtira.

5
Pour la lumière et les fortes serrures
Bons compagnons fait’s c’ qu’il faudra
Comme un voilier inclinant sa mâture
La maison neuv’ naviguera.

6
Le menuisier fait les planchers solides
Pour le repos des travailleurs
Et la maison malgré les vents perfides
Verra briller les jours meilleurs.

7
Pour la construire éblouie de lumière
Soyons unis dans la cité
Et que ces buts guident nos coeurs sincères:
La justice et la liberté.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Je regarde les yeux secs (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2018




    
Je regarde les yeux secs
Un ciel bâti de toutes pièces
La taille dérisoire de l’homme
Qui se mesure à la rue
La trace des ongles sur le mur
Et les trous noirs dans les parures

Les visages rougis
Sont tournés vers la porte.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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L’effrayant (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018



Illustration: Charlie Chaplin
    
L’effrayant c’est que des systèmes, en se développant,
dépassent les hommes
et les enserrent dans leur poigne satanique,
leurs auteurs aussi bien que leurs victimes,

de même que de grands édifices ou des tours,
pourtant bâtis par la main de l’homme,
s’élèvent au-dessus de nous, nous dominent
et peuvent s’écrouler sur nous et nous ensevelir.

(Etty Hillesum)

 

 

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Le cloître (Stefan George)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



Le cloître

Avec peu de frères, fuyez le bruit des hordes
Avant que dans le froid poison ne soit défait
Votre jeune vouloir: bâtissez pour la paix
Dans un val silencieux la maison de votre Ordre.

Bercés d’heures égales aux douces mélodies
Travailler le sol chaste est un acte sacré
Le jour s’écoule ainsi rythmé de sept degrés
pour vous et ma légion qui à vous se dédie.

L’enlacement ignore les avides tourments
L’amitié libérée de peur et désespoir —
Sanglots baisers et mots s’envolent dans le soir..
Voici des couples pieux le sublime ornement :

De douleur et d’envie sereines consumés
De lever leur regard vers cette beauté bleue
Renoncement divin zèle des bienheureux —
Comme enseigna jadis un moine à Fiesole.

(Stefan George)


Illustration

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Clausule (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



Illustration: Heinrich Vogeler

    

Clausule

Je ferme la fenêtre
sur Mélusine
reine de l’autre rive

Je sais qu’elle continue
de vivre et de bâtir
prés des sources d’eau vive

Je sais qu’elle a perdu
le désir de mourir
perdu sur un chemin

C’était au crépuscule
quatre troubadours
s’en venant au château

Lui ont joué un air
embaumant la violette
et elle l’a trouvé beau

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Un poème c’est bien peu de chose (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



poeme-rjz

Un poème c’est bien peu de chose
à peine plus qu’un cyclone aux Antilles
qu’un typhon dans la mer de Chine
un tremblement de terre à Formose

une inondation du Yang Tse Kiang
ça vous noie cent mille Chinois d’un seul coup
vlan
ça ne fait même pas le sujet d’un poème
Bien peu de chose

On s’amuse bien dans notre petit village
on va bâtir une nouvelle école
on va élire un nouveau maire et changer les jours de marché
on était au centre du monde on se trouve maintenant
près du fleuve océan qui ronge l’horizon

Un poème c’est bien peu de chose

(Raymond Queneau)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

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Elle avait quinze ans (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Richard S. Johnson
    

Elle avait quinze ans. Mais son coeur ne battait
Pas encore comme celui d’une fiancée.
Quand en riant je lui offris ma main,
Elle rit à son tour et partit.

C’était il y a longtemps. Depuis sont passés
Des années et des temps de tous ignorés.
Nos rencontres étaient rares, et si peu disertes,
Mais profonds étaient nos silences.

Par une nuit d’hiver, à mon songe fidèle,
Je quittai les salles peuplées et lumineuses,
Où des masques étouffants souriaient aux chansons,
Où mon regard avide allait l’accompagnant.

Alors, obéissante, elle me suivit,
Ignorant elle-même ce qui allait arriver,
Et seule la nuit noire de la ville
Vit passer les époux, passer et s’éclipser.

En un jour de givre, de soleil, de carmin —
Nous nous rencontrâmes dans le silence du temple :
De ces années muettes nous vîmes l’évidence,
Et ce qui s’accomplit — s’accomplit dans le ciel.

L’histoire de cette longue et bienheureuse quête
Déborde ma poitrine, et roule dans ce chant.
J’ai puisé dans ce chant pour bâtir l’édifice,
Quant aux autres chansons — c’est pour un autre jour.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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L’INSTANT (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
L’INSTANT

Mais où sont-ils passés, les siècles et les rois?
Et l’herbe exterminée aux sabots du barbare,
Et les sabots exterminants? et la cithare
Héroïque, et l’arbre d’Adam, et l’autre Bois?
Seul est vrai le présent, ce désert. La mémoire
Bâtit le temps. L’horloge et le calendrier
Ont la succession et le dol pour métier.
L’année est simulacre aussi bien que l’histoire.
Entre l’aube et la nuit un abîme d’efforts
S’ouvre, et de soins et de lumières et de morts;
Faussement il se croit le même, ce visage
Qui se cherche aux miroirs fatigués de la nuit.
Pas d’autre ciel, et d’autre enfer pas davantage,
Que la mince seconde à tout jamais qui fuit.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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