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Poésie

Posts Tagged ‘bâton’

Jour puis nuit (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Illustration: Jean-Jacques Grandville
    
C’était une pierre qui se plaignait
d’être à l’écart du chemin
« Où sont les joyeux pèlerins
et leurs bâtons et leurs paniers ?

— Tu exagères, répondait Soeur Verveine
je viens te voir de temps en temps
sur le dos de ma jument
Mon amitié serait-elle vaine?

— Facile à dire pour une amazone
qui sur tout l’Orient rayonne
Si j’en fais vraiment tout un plat
reste donc sept jours avec moi»

Verveine confia sa jument à une jeune cousine
et revint près de la pierre prendre racine

Jour puis nuit
il y eut la rosée du matin
le chant d’un serin
un rideau de pluie

Jour puis nuit
il y eut le ciel imberbe
une étoile qui fuit
la table d’émeraude de l’herbe

Jour puis nuit
le silence s’installa
l’envie de partir partit
Verveine voulut vivre là

Et il arrive assez souvent
qu’un pèlerin quitte le chemin
pour respirer son parfum
et s’asseoir sur la pierre un moment

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Amour Noir (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018




Amour Noir

Je te préfère au bonheur
comme je préfère
le rouge au rose
les impasses aux ruelles
et le tango à la farandole.

Je te préfère à l’espoir
comme je préfère
l’éclair à l’arc-en-ciel,
le pavot à la marguerite,
et le bâton à la carotte.

Je te préfère à la raison
comme je préfère
l’adolescence à l’enfance,
Tantale à Sisyphe,
et le désespoir à la résignation.

Je te préfère à la vie
comme je préfère
le noir au gris,
la douleur à l’errance,
et les vacheries aux singeries.

(Marie-Anne Bruch)

son site laboucheaoreilles ici

Illustration: Alexandre Cabanel

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Ne trouble pas l’eau claire (Gérard Mottet)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration  
    
Ne trouble pas l’eau claire

Ne trouble pas l’eau claire du ruisseau
en la frappant
de ton bâton aveugle

Ne trouble pas la vérité
en la cherchant
obstinément

d’elle-même elle se découvrira
quand elle sera disposée
à se montrer

ne l’importune pas de tes requêtes
tu sais bien que la vérité ne se dévoile
qu’aux yeux préparés à la voir.

Ne trouble pas l’eau claire du ruisseau
en la frappant
de ton bâton aveugle

(Gérard Mottet)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: L’ombre des étoiles
Traduction:
Editions: Encres Vives

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SEUL (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



 

SEUL

Ils me plaignent :
« Le voilà qui prend son bâton
Et sort tout seul.
Il nous fuit. Voyez ses yeux étranges.
Il n’emporte pas même un livre. Que fait-il ?
Est-ce un méchant ? Un révolté ? Est-ce un malade ? »
Seul, belle route blanche,
Entre tes bas-côtés pleins d’herbes et de fleurs;
Sur tes cailloux qui content de si vieilles histoires!

Seul, forêt, avec l’écorce bleue de tes sapins;
Avec ton vent qui sait parler à tous les arbres;
Avec tes processions de fourmis qui entraînent
Des petits corps de scarabées.

Seul, avec vous, prairies imbibées de soleil,
Pleines de bruits, de cris et de têtes dressées.

Seul parmi vous, mouches, émerillons, milans,
Buses, sources, rochers, crevasses, ronces,
Brumes, nuages, brouillards, aiguilles, cimes, abîmes.
Chaleur, odeurs, ordre, chaos, désordre,
Parmi les dialogues que vos bouches rivales
Ne cessent d’échanger!

Seul avec mon bâton, seul avec ma fatigue,
Ma poussière, mes tempes qui battent, mon vertige,
Et la fière sueur qui colle sur ma peau.

(André Spire)

Illustration: Lahitte

 

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Dans le moyeu la coquille implose (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2018



 

Dans le moyeu la coquille implose,
survit comme un jeu de mots de terreau et rocaille,
se dressant tel un bâton, pour envahir, chasser
le bavardage qui emplissait son corps
pour jaillir, attendre les coups
à venir — ville en germe, de fait, non surgie, même hors
de la ville. Va-t’en. La roue
fut une tromperie. Elle ne peut tourner.

(Paul Auster)

Illustration

 

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Chef chef et derechef (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Chef chef et derechef
1
Mon père était chef de cuisine
Du sel par-ci du sel par-là
Mon père était chef de cuisine
Du sel par-ci du sel par-là
Vive un poulet cuit à la broche
Le boeuf bouilli, l’huître de roche
Vive le sel vive le pain
Surtout vive le vin.
Mon père était chef de cuisine
Il m’apprit l’art de bien manger
Le pain est fait avec de la farine
Le vin est fait avec de bons raisins
Il m’apprit l’art de bien manger
Et de vivre en buvant du vin.

2
Mon mari est un chef de gare
Signal par-ci signal par-là
Mon mari est un chef de gare
Signal par-ci signal par-là
Vive un express à cent à l’heure
Vive la gare qui demeure
Vive le rail et le charbon
Et puis vive les ponts.
Mon mari est un chef de gare
Il m’apprit l’art de bien aimer
Aux cris des trains qui filent dare-dare
L’amour s’enfuit aussi vite qu’un train
Il m’apprit l’art de bien aimer
D’aimer toujours, d’aimer sans frein.

3
Mon amant est un chef d’orchestre
Du si par-ci, du mi par-là
Mon amant est un chef d’orchestre
Du si par-ci, du mi par-là
Vive un piano noir et sonore
Vivent les dents dont il s’honore
Vive sa queue évidemment
Et tous les instruments.
Mon amant est un chef d’orchestre
Il m’apprit l’art de mesurer
Le doux plaisir des voluptés terrestres
Ah! qu’il est doux de bien jouer dans le ton
Ré mi fa sol la si do ré
Vive mon chef et son bâton.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Plus besoin de savoir écrire (Joséphine Bacon)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018




Illustration: Joséphine Bacon
    
Plus besoin de savoir écrire
Ni de savoir calculer
Il me suffit de connaître
Les directions

Cueillir le champignon
Qui préserve le feu
Immortel

J’amène mon bâton de parole
Et m’adresse aux étoiles
Je m’assois pour le repos de mes pieds
Je sais être seule pour entendre
Les aurores boréales
Je dandine
Dans le bleu du bleu
D’une nuit qui endort
Mon grand-père l’ours

L’horizon sera là
A m’attendre
Et me conduira à la rivière
Au courant
Trompeur parfois

J’arrive enfin
A la terre qui espère
Ma venue

(Joséphine Bacon)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

Recueil: Un thé dans la toundra – Nipishapui nete mushuat
Traduction:
Editions: Mémoire d’encrier

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Dans le café tassé de la nuit (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018




    
Dans le café tassé de la nuit
le lait du jour goutte
nuage de clarté

Les arbres bleus découvrent sous leurs branches
la pierre rose de la montagne
La zaouia du saint se niche au sommet

En bas, l’eau transparente de la plage d’Hamilcar
Les mâts s’y reflètent bâtons d’un alphabet
de pattes d’oiseaux stries cils frémissants

La colombe sort de la manche du magicien

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Si tu vois le Bouddha (Zen)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017



 

Illustration
    
Si tu vois le Bouddha,
donne lui 30 coups de bâton,

Si tu vois un Démon,
donne lui 30 coups de bâton.

(Zen)

 

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Tant de routes sous mon bâton (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



Illustration: Giacometti

    
Tant de routes sous mon bâton
et tant de maisons d’eau claire
où les gerbiers formant le cercle,
perdent la tête de leurs graines
dans des gâteaux de Royauté.

Tant de lits drapés de lavande
où parfois un sachet de sang
parfume mes nuits d’un éveil.

Tant de poussière accumulée
sur le passage de l’été,
tant de pierres dans les rivières
jetées pour compter les journées.

Tant d’arbres de douce écorce,
tant de feuillage contre le ciel,
tant de regards sous son ombre.

Et tout cela qui se taisait
dans le charnier de mon silence,
épris d’une eau fondue des neiges
et d’une fille encore acide.

L’été roule ses millions d’yeux
et ses fumées de forêt morte,
où ont dansé les nains de flammes
au bras de vierges dévêtues.

Je cherche encore une racine
qui médite des feuilles si longues
que l’ombre sur le soleil
n’ait plus besoin d’être doublée
pour y dormir tous mes travaux.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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