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Posts Tagged ‘battement’

Cesse ! Je t’en conjure, (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



Illustration: Alex Alemany
    
Cesse ! Je t’en conjure,
visage de l’unique amour,
reste clair et ferme d’un battement de cils
– les yeux sur le monde, reste beau,
visage de l’unique amour,
et élève ton front
hors des éclairs du doute.
Ils vont partager tes baisers,
te défigurer dans le sommeil,
si tu cherches ton image dans les miroirs
dans lesquels tu appartiens à chacun.

***

Halt ein! Dich beschwör ich,
Gesicht der einzigen Liebe,
bleib hell und schlag mit den Wimpern
das Auge zur Welt zu, bleib schön,
Gesicht der einzigen Liebe,
und heb deine Stirn
aus dem Wetterleuchten der Zweifel.
Deine Küsse werden sie teilen,
dich entstellen im Schlaf,
wenn du nach Spiegeln blickst,
in denen du jedem gehörst!

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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La vague étrangère à la terre (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Guillaume Seignac
    
La vague étrangère à la terre

De l’obscurité arrive, comme si souvent, une résonance,
Parcourant de haut en bas les cloisons ténues.
Je prête l’oreille et pense à ce jour
Qui, à peine passé, me rappelle à lui.

Mais même le jour ne peut tant me lier
Et par-dessus moi étendre son bras.
Je suis entièrement réveillée et entends un martèlement
Qui actionne mon coeur de lourds battements.

Je presse et ferme les paupières éveillées.
Les eaux des mers m’enserrant brusquement dans un rugissement,
Je les laisse s’élever autour de moi en me souvenant
Et j’ai glissé sur la pente de rêves obscurs.

Ce ne fut pas un rêve, ce fut seulement une heure,
Qui m’appela au rivage, chaude et ardente.
Tu étais, fraîche et claire, la vague d’argent,
Qui me baigne encore dans le crépuscule et le sommeil.

Je lève vers la nuit des bras chauds et tendres
Dans l’attente de la délivrance,
Quand à ma fenêtre frappent des papillons tardifs
Apportant un souffle de ton imminence.

***

Die unirdische Welle

Aus Dunkel kommt, wie schon so oft ein Tönen,
Die schmalen Wände auf und niederströmend.
Ich lausche auf und denke dieses Tages,
Der kaum vergangen, mich zu sich noch ruft.

Doch auch der Tag kann mich so sehr nicht binden
Und über mich mit seinem Arme greifen.
Ich bin ganz wach und höre einen Hammer,
Der mir das Herz bewegt mit schweren Schlägen.

Ich presse die erwachten Lieder zu.
Der Meere Wasser, die mich jäh umrauschen
Lass ich erinnernd höher um mich steigen
Und bin zu dunklen Träumen abgeglitten.

So war kein Traum, so war nur eine Stunde,
Die heiss und glühend mich zum Strande rief.
Du warst die kühle, silberhelle Welle,
Die noch im Dämmer mich, und Schlaf umspühlt.

Die warmen Arme hebe ich zur Nacht
Und warte den Erlösungen entgegen,
Wenn an mein Fenster späte Falter schlagen
Und einen Hauch von deiner Nähe bringen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Que de jours passés (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2019



Que de jours passés
A guetter le battement des paupières
Sur une joie qu’on a humiliée

Le soleil en restera assombri
Malgré le chant des oiseaux
Et le chœur des vagues

J’aurais beau te prendre la main
Dans la boue du chemin
Et te serrer dans mes bras

J’aurais beau plonger ma main
Dans ton corsage du dimanche
Pour apaiser ton cœur
Qui bat fiévreusement
Sous un sein ferme.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Francine Van Hove

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Encore aujourd’hui (Bilhana)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2019




Encore aujourd’hui
Il me souvient de ma bien-aimée
Sur sa couche.
Son corps exhalait le parfum du musc mêlé à l’onctueuse
Pâte de santal
Et, sur ses yeux charmants,
Le battement des cils semblait
La caresse
De deux oiseaux.

(Bilhana)


Illustration: Giorgione

 

 

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Le ciel incandescent d’un million d’étoiles (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2019



Le ciel incandescent d’un million d’étoiles
Palpite sur mon front d’enfant extasié.
Le feu glacé des nuits s’infuse dans mes moelles
Et je me sens grandir comme un divin brasier.

Les parfums de juillet brûlent dans le silence
D’une trop vaste et trop puissante volupté.
Vers l’azur ébloui, comme un oiseau, s’élance,
En des battements fous, mon coeur ivre d’été.

Que m’importe, à présent, que la terre soit ronde
Et que l’homme y demeure à jamais sans espoir ?
Oui, j’ai compris pourquoi l’on a créé le monde ;
C’était pour mon plaisir exubérant d’un soir !

(Jean de la Ville de Mirmont)

 

 

 

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Cette averse (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2019



Illustration: Leonid Afremov
    
Cette averse, Badoure, où ma langueur balance
A t’émouvoir, s’éloigne ainsi qu’un messager,
Écoutes-en tarir le battement léger
Dans nos coeurs, et l’amour s’enchanter de silence.

(Paul-Jean Toulet)

 

Recueil: Les contrerimes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Battement (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2019



 

Pas d’aile, pas d’oiseau, pas de vent, mais la nuit,
Rien que le battement d’une absence de bruit.

(Guillevic)

 

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Des étoiles vides (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2019



    

Des étoiles vides
L’horizon à portée de main

Une brume d’argent s’interpose

Sous mon drap léger
Comme un papier à cigarette
J’écoute

Les battements du coeur sec
D’une pendule

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Le même fleuve de vie (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2019




    
Le même fleuve de vie qui court à travers mes veines nuit et jour
court à travers le monde et danse en pulsations rythmées.
C’est cette même vie qui pousse à travers la poudre de la terre
sa joie en innombrables brins d’herbe, et éclate en fougueuses vagues de feuilles et de fleurs.
C’est cette même vie que balancent flux et reflux dans l’océan-berceau de la naissance et de la mort.
Je sens mes membres glorifiés au toucher de cette vie universelle.
Et je m’enorgueillis, car le grand battement de la vie des âges,
c’est dans mon sang qu’il danse en ce moment.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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LA FIN DU POÈME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019



Illustration
    
LA FIN DU POÈME

C’est la fin du poème.
Épaisseur et transparence, lumière et misère — les jeux sont faits.

On avait commencé par la rime pour enfants.
On avait cherché des ondes de choc dans d’autres rythmes.
On avait gardé le silence, ensuite murmuré :
on cherchait a se rapprocher du bruit que fait le coeur
quand on s’endort ou du battement des portes quand le vent souffle.

On croyait dire et on voulait se taire.
Ou faire semblant de rire.
On voulait surtout sortir de son corps, se répandre partout,
grandir comme une ombre sur la montagne, sans se perdre, sans rien perdre.

Mais on avait compté sans la dispersion souveraine.
Comment feindre et même oublier, quand nos débris sont jetés aux bêtes de l’espace,
— qui sont, comme chacun sait, plus petites encore que tout ce qu’il est possible de concevoir.
Le vertige secoue les miettes après le banquet.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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