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Poésie

Posts Tagged ‘bave’

Un animal fuit (Leopoldo Maria Panero)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2018



    

Un animal fuit au fil du labyrinthe
ne laissant qu’une trace de bave,
le poème vit là.

(Leopoldo Maria Panero)

 

Recueil: Bonne nouvelle du désastre et autres poèmes
Traduction: Victor Martinezet Cédric Démangeot
Editions: Fissile

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Certains confient leurs enfants à la mort (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018



    

Certains confient leurs enfants à la mort
Est-ce si tentant de mourir
qu’on envoie des éclaireurs

Lâches bouchers vendant la chair
de leur chair leur prunelle arrachée
l’avenir confisqué la bave aux lèvres

À hurler leur impuissance au bord de l’abîme

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA LIMACE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    
LA LIMACE

Limace pure et sans tache
dont la bave trace dans le dédale des bourraches
son espace tout en surface
limace vorace dont la fringale
ravage la salade automnale
limace âme sagace
semblable aux sargasses humaines
limace brave qui perpétue ta race
vivace malgré la haine du campagnard
limace trisyllabe limace méconnue
il faut te donner un peu d’affection
pour que tu continues paisiblement ton chemin
et que sur ta face s’efface la trace de ton angoisse
et celle de ta bave aussi
sur les soucis

(Raymond Queneau)

 

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La sagesse des parfums (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




    
La sagesse des parfums

Vieilles écorces nécrosées
Que des suintements verts enduisent,
Lichens, mousses décomposées
Où des baves d’argent reluisent,

Vernes au ciel de pluviôse
Emmêlant, spectres affolés,
Vos troncs aux pourpres ecchymoses
Et que la serpe a mutilés,

Dispersant vos branches moisies,
Répandez vos philtres, ma chair
Réclame votre anesthésie,
Allégeante morphine, éther.

Que loin des langueurs bestiales
Et du vouloir-vivre importun,
Me plonge en une paix claustrale
Votre torpeur morne, ô parfums.

Bouquets d’anémiques astères
Brouillant au cours des eaux flétries
Des pâleurs mauves de paupières
Que l’ardent amour a meurtries,

Rosiers diaphnéisés,
Blêmes comme des fronts de nonnes,
Qui tendrement agonisez
Aux humides vergers d’automne,

Distillez dans le soir qui meurt
Vers nos coeurs la subtile essence,
Ainsi qu’un opium endormeur,
De vos fleurs en déliquescence;

Prodiguez, troncs velus des ormes
Qu’ont abattus les bûcherons,
Vos sourds relents de chloroforme
Et nos blessures se tairont.

(Marie Dauguet)

 

 

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O lune fais surgir… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Ô lune fais surgir…

Ô lune, fais surgir, lune aux odeurs suaves,
Des marais langoureux où traîne ta clarté,
Des écluses filtrant une écumeuse bave,
Des ruisseaux étalant leur blême nudité,

Lune, fais s’élever, langage intelligible,
Ces parfums sensuels dont j’aime à m’enivrer,
Révélateurs lointains d’un monde inaccessible
Où nous pouvons par eux un instant pénétrer.

O lune qui promets des délices perverses,
Répands tes lents reflets sur les genêts fumeux;
Leurs groupes inccertains que ta pâleur traverse
Ont des enlacements de couples amoureux:

Corps blancs, corps enivrés! – O lune aromatique,
Tels les rameaux des houx, mon coeur est saturé
De ton baume fluide et, prêtresse extatique
Que sourdement possède un délire sacré,

Je me tiens dans la nuit où coule ton haleine,
Pressentant épuisée au souffle qui m’atteint
Et qui monte vers toi des prés et des fontaines,
Les voluptés sans borne et dont mon âme a faim.

(Marie Dauguet)

 

 

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Le veau (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2016



Le veau

Museau de veau douce bave
que Marianne sent dans sa main
quand elle va dans son jardin
chercher du thym ou des betteraves

Le veau connaît Marianne bien
car voyez-vous elle l’a vu naître
parfois il vient à sa fenêtre
passe la tête et lui dit : « hein ? »

Dans la ferme de Marianne
il y a chevaux chiens et ânes
il y a des chats sur des coussins

tous boivent leur lait le matin
et il y a un petit veau
qui aime Marianne Roubaud.

(Jacques Roubaud)

Illustration

 

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CE QUE PEUT ETRE L’AMOUR (Emilio Ballagas)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2016



Oleg  Zhivetin(42) [800x600]

CE QUE PEUT ETRE L’AMOUR

I
Car l’amour n’est pas cette chose triste
mais lumière, lumière jusqu’à nous aveugler
d’une autre lumière où danse le sang
soulevé dans les voiles les plus rapides
ou sur des ailes légères
au-dessus de la terre tout entière amoureuse.

C’est ce qu’il devrait être et non le reste.
Car l’amour n’est pas cette chose triste,
ce pâle hurlement
de faméliques loups égarés,
ou de chiens
apprenant à devenir des loups.
Cette carpe défunte, visqueuse, irrespirable,
morte pesamment parmi les mouches,
souillée par la terre du rivage.
Ce n’est pas cette douleur sale des jours
où glisse lentement la fine bruine
pareille à un pleur de pupilles aveugles,
aveugles pupilles, purulentes plaies,
moignon sanguinolent de regards
où la lumière stagne, où vainement
appellent à grands coups le soleil, les roses, les parfums…
(Yeux inhabités par la gloire, yeux sans lumière,
comme les âmes humides
qui jouent à l’amour et le profanent).
Non, ce n’est pas cette bruine
qui met dans l’air des toiles d’araignées et une aigre poussière,
une boue à peine boueuse sur les souliers ;
une eau souillée qui n’est pas même fange.
(Une guêpe en travers de la gorge !)

Car l’amour, ô mon Dieu, n’est pas la bruine
mais une blanche pluie dévastatrice.
Eclairs et rafales.
Vivant royaume de l’eau !
Car l’amour est autre chose : un Fleuve.
Une dormeuse plage soupirante
où s’ébauchent des corps qui respirent
sous leur drap de sable blanc.
Marées qui soutiennent la joie
flottant aux cimes de l’azur, au coeur de la lumière,
resplendissante mer, ciel marin
où de cythéréennes îles
de nuages extasiés
rêvent d’être éternelles cependant qu’elles meurent
évanouies, lentement, dans la brise.

Car l’amour est comme un grand cheval
d’épées à la crinière de diamant.
Une haute flamme, une colonne
de feu ; un arc en ciel
triomphal pour que garçons et filles
défilent en se tenant enlacés par la taille.
L’amour est un arbre en quiétude sacrée
sous la lourdeur de ses fruits chastes
avec le poids secret de leur saveur parmi les feuilles.
Leur trône auguste de douceur.

II
Car l’amour est ceci, ceci, ceci :
la lumière glorieuse sur les saintes bêtes de la terre.
Un oiseau qui picore un fruit mûr
et le blesse de jouissance et le pénètre
du doux chant silencieux
de son léger bec sucré.

Car l’amour est hyménée. Est chant.
Voix perpendiculaire de ciel à ciel ;
l’horizontale du lit, les chambres nuptiales
tièdement éclairées par les baisers ;
harpes de feu, cithares d’eau.
Et au milieu de son peuple
le Seigneur qui change l’eau en vin.
Il est ceci et non cela. Une rose
qui dort entre les dents…

Car l’amour, bien peu le savent ;
tous croient ale savoir. Et nul ne sait.
Il est ceci et non un sifflement de serpent pourri
avec un chien d’opium dans le regard.

Il n’est point l’haleine répugnante à travers le judas,
sinistre célestinage d’entresol
où officie une larve détruite.
Pleur d’une lampe triste qui dans sa propre lascivité se consume,
pleur d’un robinet brisé,
et belettes qui se cachent du soleil.
Non, il n’est pas ceci, pas ces couloirs
obscurs fréquentés par les rats.

Car l’amour n’est pas cette chose immonde,
chair opaque et dents effilées,
mensonge magique et fleur de chiffon
se pavanant sur une tige en fil de fer.
Ce n’est pas cette fausse pierre, cette vitreuse
sollicitude de bave ou de cendre.

Car l’amour n’est pas un souffle impur
derrière un rideau empoisonné.
Argent sinistre et venimeuse lèvre,
sorcière et renard à la fois.

Un arbre de misère et de cachette
gonfle ces fruits et les nourrit
de sa saveur de lèpre et de vieux coussin.

Oiseaux du ciel et hommes de la terre,
passez loin de la haine de ses branches !
Ne buvez pas à la fontaine de vitriol
qui coule dessous son tronc amer.

III
L’amour peut être douleur d’un homme
qui, tel le publicain, baisse le front
et déchire son coeur sans qu’on le regarde
et demande à Dieu pardon s’il le trahit.
Car l’amour aussi est chose très humble,
un digne pleur, un pleur silencieux
et une épée de lumière qui nous transperce.
Parler aux étoiles et nous battre
la poitrine devant la nuit désolée.
Car l’amour Amour est l’oubli de soi ;
l’abandon du « moi » pour le laisser
vivre, comme au fond d’un miroir,
en un autre être, en un « toi » transparent.

Mais l’amour : comment dirai-je ce qu’il est ?
Il est la simple cour de ma maison, mon enfance,
mon adolescence pâle
l’oranger fleuri, le jeune cerf
ligoté que l’on nous apporta un soir
et qui mourut sans avoir ses forêts dans les yeux.
Il est la conversation des aïeules
assises dans leurs sièges.
pénélopes domestiques qui jamais n’achevaient leur ouvrage.
Mais l’amour : comment est-il donc, mon Dieu ?
L’aurais-je oublié ? Ne l’ai-je jamais su ?
C’est poser ses pieds fermement sur la terre
comblée d’oranges et de fleurs
et toucher du front le ciel limpide
et marcher sans le vent des paroles.

IV
Car l’amour, c’est écarter les créatures
près desquelles la pâle Mort
veille en leur déniant la beauté…
Et toi, Père, tu cherches ma blessure
pour l’ensemencer de Paradis.
L’Amour c’est toi qui me détournes
de tout ce qui est Mort et raison de Mort
et mort sans raison jusqu’à la mort.
Amour, Amour, qui me plonge en la mort.
Renoncer. N’être pas prisonnier des choses.
Se délier du piège mortel des créatures.
Mais l’amour c’est tout se dépouiller
comme les couples qui se couchent
dans la nuit accablée. Et le divin
amour c’est se dépouiller même de son corps:
l’oublier avant que lui n’oublie,
terre à terre dans la poussière de la terre.

Que l’Amour c’est Toi, je le savais
en venant à la vie : l’ai-je oublié ?
C’est se livrer et tout se retrouver
tout l’Amour en Toi et en Toi se perdre
pour se trouver un jour avec Toi dans ta Demeure.

***

Porque el amor no es cosa triste
sino la luz, la luz hasta cegarnos
en otra luz en que la sangre danza
levantada en las velas más veloces
o en flamígeras alas,
sobre la entera tierra enamorada.

Esto debiera ser y no lo otro.
Porque el amor no es esa cosa triste,
ese escuálido aullido
de famélicos lobos extraviados
o de perros
aprendices de lobos.
Esa carpa difunta, viscosa, irrespirable
pesadamente muerta entre las moscas,
manchada por la tierra de la orilla.
No es este dolor sucio de los días
en que resbala lenta la llovizna
igual que un lloro de pupilas ciegas,
ciegas pupilas, purulentas llagas,
muñón sanguinolento de miradas,
donde la luz se encharca o donde en vano
llaman golpeando el sol, las rosas, los colores…
(Ojos deshabitados de la gloria, ojos sin
luz como las almas húmedas,
que juegan al amor y lo profano.)
No, no es esa llovizna
que pone telarañas, polvo agrio en el aire
y un lodo apenas lodo en los zapatos;
agua manchada que no llega a cieno.
(Una avispa cruzada en la garganta.)

Porque el amor es esto, es esto, es esto:
la luz gloriosa sobre las santas bestias de la tierra,
un pájaro que pica una fruta madura
hiriéndola de gozo, penetrándola
del dulcísimo canto silencioso,
del leve pico azucarado.

Porque el amor es himeneo. Es canto;
voz perpendicular de cielo a cielo;
la horizontal del lecho, las cámaras nupciales
tibiamente alumbradas por los besos;
arpas de fuego, cítaras de agua.
Y en medio de su pueblo
el Señor convirtiendo el agua en vino.
Que es esto y no es aque!lo. Es una rosa
dormida entre los dientes…

Porque el amor. Muy pocos lo sabemos;
todos creen que lo saben. ¡Nadie sabe!
Es esto y no un silbido de serpiente podrida
con un perro de opio en la mirada.
No es el vaho asqueroso en la mirilla;
torvo celestinaje de entresuelo
donde oficia una larva destruida,
llanto de velón triste que en su propia
lascivia se consume,
llanto de grifo roto
y comadrejas que del sol se esconden.
No, no es eso, no es eso, pasadizos
oscuros por las ratas frecuentados.

Porque el amor no es esa cosa inmunda
de carne opaca y afilados dientes,
de mágica mentira y flor de trapo
pavoneándose en un tallo de alambre.
No es esa piedra falsa, esa vidriosa
solicitud de baba o de ceniza.

Porque el amor no es un resuello impuro
detrás de una cortina envenenada.
Torpe moneda, alacranado labio;
bruja y raposa a un tiempo.

Un árbol de miseria y escondrijo
cuaja esos frutos y los alimenta
de su sabor a lepra y cojín viejo.
¡Aves del cielo y hombres de la tierra!
Cruzad lejos del odio de sus ramas;
no abrevéis en la fuente de vitriolo
que corre bajo de su tronco negro.

(Emilio Ballagas)

 

 

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Je marche dans la parole plurielle (Louis Bertholom)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2015



Je marche dans la parole plurielle
d’un pays de haut vol.

Respirer un peu d’espace
est ma prière,
ma peine, fluidifiée
sur les herbes rases.

Rugissement de l’océan
autant de discours
du Grand Gardien du temps.

Un chemin céleste se dessine,
trace en moi le panthéos de l’aube.

Tout commence dans une goutte d’eau
où se lit le monde,
une bulle le respire,
un grain de sable le ferme,
dans les cercles des siècles …

Les rivages sont de fausses ruptures,
simplement des frontières
où s’échangent des densités.

La mer avale sa bave
dans une épilepsie de baleine,
reprend souffle,
râle les métamorphoses à venir …

J’entrevois tes pensées toi l’invisible,
l’habité du silence.

(Louis Bertholom)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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Le sablier (Alfred Jarry)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2015


 


 

Ettore Aldo Del Vigo -   (63)

Le sablier

Suspends ton cœur aux trois piliers,
Suspends ton cœur les bras liés,
Suspends ton cœur, ton cœur qui pleure
Et qui se vide au cours de l’heure
Dans son reflet sur un marais,
Pends ton cœur aux piliers de grès.

Verse ton sang, cœur qui t’accointes
À ton reflet par vos deux pointes.

Les piliers noirs, les piliers froids
Serrent ton cœur de leurs trois doigts.
Pends ton cœur aux piliers de bois
Secs, durs, inflexibles tous trois.

Dans ton anneau noir, clair Saturne,
Verse la cendre de ton urne.

Pends ton cœur, aérostat, aux
Triples poteaux monumentaux.
Que tout ton lest vidé ruisselle
Ton lourd fantôme est ta nacelle,

Ancrant ses doigts estropiés
Aux ongles nacrés de tes pieds.

VERSE TON ÂME QU’ON ÉTRANGLE
AUX TROIS VENTS FOUS DE TON TRIANGLE.

Montre ton cœur au pilori
D’où s’épand sans trêve ton cri,
Ton pleur et ton cri solitaire
En fleuve éternel sur la terre.
Hausse tes bras noirs calcinés
Pour trop compter l’heure aux damnés.
Sur ton front transparent de corne
Satan a posé son tricorne.
Hausse tes bras infatigués
Comme des troncs d’arbre élagués.
Verse la sueur de ta face
Dans ton ombre où le temps s’efface ;
Verse la sueur de ton front
Qui sait l’heure où les corps mourront.

Et sur leur sang ineffaçable
Verse ton sable intarissable.
Ton corselet de guêpe fin
Sur leur sépulcre erre sans fin,
Sur leur blanc sépulcre que lave

La bave de ta froide lave.
Plante un gibet en trois endroits,
Un gibet aux piliers étroits,
Où l’on va pendre un cœur à vendre.
De ton cœur on jette la cendre,
De ton cœur qui verse la mort.

Le triple pal noirci le mord ;
Il mord ton cœur, ton cœur qui pleure
Et qui se vide au cours de l’heure
Au van des vents longtemps errés
Dans son reflet sur un marais.

(Alfred Jarry)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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