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Poésie

Posts Tagged ‘béant’

De mon enfance (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration: Edward Hopper

    

De mon enfance, je revois le couchant
s’étendre sur le plancher usé
et se replier lentement dans l’ombre
comme un épi trop lourd de blé.

Aux quatre coins du corps,
le coeur tire sur ses liens.
j’ai peur de vivre derrière ces vitres
tant elles sont béantes et vides.

Je ne respire pas plus qu’un objet.
Où sont les chemins descendus du soleil
vers l’après-midi si large de l’été ?
Au soir, on retrouvait les sources perdues.

Derrière les murs, plus vivantes en leur nudité
et renversées parmi leurs seins, les femmes
sont les plus belles blessures du monde
avec leur sexe, leur bouche et leurs yeux.

Au-dessus de la terre, il y a une chambre
où la solitude et le papier peint sont éternels.
Quand je n’y suis pas, des femmes de clarté
vont au-devant du jour ou de l’armoire

et, dès que je rentre, rejoignent mes yeux.
Gardiennes de secrets, elles revivent en moi
comme un buisson éperdu de printemps.
Le coeur s’enfonce dans le corps

tiède de pleurs, de plantes et de sources.
La voix n’a plus d’ombre, ni de retard
et monte comme une lame ensanglantée
de la terre entr’ouverte par le ciel.

Une grande amertume envahit la fenêtre
qui dénude le front avec un reste de jour
en y laissant la cicatrice des veines
et partout le rire jaillit des bouteilles.

(Lucien Becker)

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Le plafond trop bas (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration
    

Le plafond trop bas écoute
s’il monte quelqu’un dans l’escalier.
La même ombre s’approche
avec le même tintement de coeur.

Dans la chambre sans lampe
que celle qui vient de la rue,
le feu fond dans ses cendres
et ne réchauffe pas la nuit

mes mains atteignent les choses
qui m’aiment en silence
comme des chiens trop doux.
Plus proche de moi que la douleur

la fenêtre m’éclaire de sa blessure.
J’ai vu, la nuit, des vitres béantes
qui suivent les gens comme des rails
et ne les quittent qu’à la mort.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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La fleur du nénufar (Emile Van Arenbergh)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017




    
La fleur du nénufar, comme une main de neige,
Des regards du Satyre, ô Nymphe, te protège :
Seul, de son baiser d’or t’atteint l’astre amoureux;

Et le soir, quand sur lui s’étend l’ombre géante,
Tu vois sa bouche rouge, à l’horizon béante.
Verser sur ta blancheur tout son sang lumineux.

(Emile Van Arenbergh)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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L’angoisse (Robert Ganzo)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2017



L’angoisse afin qu’elle ne dure,
Mordre à quel mystère béant?

(Robert Ganzo)


Illustration: Michel Ogier

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L’andalouse (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



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L’andalouse

Avez-vous vu, dans Barcelone,
Une Andalouse au sein bruni ?
Pâle comme un beau soir d’automne !
C’est ma maîtresse, ma lionne!
La marquesa d’Amaëgui !

J’ai fait bien des chansons pour elle,
Je me suis battu bien souvent.
Bien souvent j’ai fait sentinelle,
Pour voir le coin de sa prunelle,
Quand son rideau tremblait au vent.

Elle est à moi, moi seul au monde.
Ses grands sourcils noirs sont à moi,
Son corps souple et sa jambe ronde,
Sa chevelure qui l’inonde,
Plus longue qu’un manteau de roi !

C’est à moi son beau col qui penche
Quand elle dort dans son boudoir,
Et sa basquina sur sa hanche,
Son bras dans sa mitaine blanche,
Son pied dans son brodequin noir !

Vrai Dieu ! Lorsque son oeil pétille
Sous la frange de ses réseaux,
Rien que pour toucher sa mantille,
De par tous les saints de Castille,
On se ferait rompre les os.

Qu’elle est superbe en son désordre,
Quand elle tombe, les seins nus,
Qu’on la voit, béante, se tordre
Dans un baiser de rage, et mordre
En criant des mots inconnus !

Et qu’elle est folle dans sa joie,
Lorsqu’elle chante le matin,
Lorsqu’en tirant son bas de soie,
Elle fait, sur son flanc qui ploie,
Craquer son corset de satin !

Allons, mon page, en embuscades !
Allons ! la belle nuit d’été !
Je veux ce soir des sérénades
A faire damner les alcades
De Tolose au Guadalété

(Alfred de Musset)

 Illustration: Isabelle Jacq Gamboena

 

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Dernier train avant le jour (Évelyne Morin)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



Dernier train avant le jour

La nuit est béante comme une offrande noire
Les lampes sont allumées dans la salle sur les registres des noms disparus
J’égrène les lettres de l’alphabet pour retrouver celles qui ont donné leur nom à la béance du jour naissant
Je suis mot à mot les rues de passage dans la ville d’amour solitaire
Ils sont les hommes perdus sans nom dans les registres noirs
Ils errent dans ma mémoire Tu pars avec eux
Je ne t’appellerai plus de ton nom avalé par les noms que je ne connais pas
Ma vie commence où s’arrête ma quête
Je suis seule née de vous
Je vous porte en mémoire

(Évelyne Morin)

Découvert ici: https://ecriturbulente.com/

Illustration: Paul Delvaux

 

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La sève effleure aussi le lieu (Pierre-Alain Tâche)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015



Edgar Hunt poules ferme  [800x600]

La sève effleure aussi le lieu
ses cours aux paupières closes
s’épuise au sol battu des étables béantes
où la paille est tressée encore

Les gonds durcissent
le bois grisonne aux tempes des maisons
Le chancre ourle les seuils
hante la huche farineuse
bouillonne au bord du four
Le bec d’ambre des volailles
fauche les roses pâles des lambris

(Pierre-Alain Tâche)

Illustration: Edgar Hunt

 

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Il était en principe, unique et virtuel (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2015



Mâyâ e

Il était en principe, unique et virtuel,
Sans forme et contenant l’univers éternel.
Rien n’était hors de lui, l’Abstraction suprême.
Il regardait sans voir et s’ignorait soi-même.
Et, soudain, tu jaillis et tu l’enveloppas,
Toi, la Source infinie et de ce qui n’est pas
Et des choses qui sont! toi par qui tout s’oublie,
Meurt, renait, disparaît, souffre et se multiplie,
Mâyâ ! qui, dans ton sein invisible et béant,
Contiens l’homme et les Dieux, la vie et le néant

(Leconte de Lisle)

 

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