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Crâne crâne ville tortueuse (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

skull-city

Crâne crâne ville tortueuse
dans l’allée principale les becs de gaz crevèrent
La lucidité chante son chant de diamant sauvage
sur la mousse des tempêtes

(Guy Lévis Mano)

 

 

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UN IMMENSE DÉSESPOIR (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2019



 

Edvard Munch - Melancholía,   00

UN IMMENSE DÉSESPOIR

Un immense désespoir
Noir
M’atteint
Désormais, je ne pourrais
M’égayer au rose et frais
Matin.

Et je tombe dans un trou
Fou,
Pourquoi
Tout ce que j’ai fait d’efforts
Dans l’Idéal m’a mis hors
La Loi ?

Satan, lorsque tu tombas
Bas,
Au moins
Tu payais tes voeux cruels,
Ton crime avait d’immortels
Témoins.

Moi, je n’ai jamais troublé,
Blé,
L’espoir
Que tu donnes aux semeurs
Cependant, puni, je meurs
Ce soir.

J’ai fait à quelque animal
Mal
Avec
Une badine en chemin,
Il se vengera demain
Du bec.

Il me crèvera les yeux
Mieux
Que vous
Avec l’épingle à chapeau
Femmes, au contact de peau
Si doux.

(Charles Cros)

Illustration: Edvard Munch

 

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Le vermisseau (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2019




    
Le vermisseau qui admire le paon
finit dans son bec.

***

(Jean-Pierre Siméon)

 

Recueil: Le Livre des petits étonnements du sage Tao Li Fu
Traduction: Meng Ming
Editions: Cheyne

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LES OIES (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019


 


 

oies sauvages

LES OIES

Sur la batture de septembre
De l’autre côté des roseaux
Il a neigé de grands oiseaux
Et cela s’ébroue et se cambre

Et s’appelle à grands coups de bec
Et se nomme mâle et femelle
Un petit vent se lève et mêle
Sa musique aux jeux de l’air sec

Et je suis cet ancien chasseur
Qui, ne chassant plus, les regarde
Et rêve et flâne et tant s’attarde
Qu’il rentre seul, à la noirceur.

(Gilles Vigneault)

Illustration

 

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ANTIENNE CONTRE LA DOULEUR (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




ANTIENNE CONTRE LA DOULEUR

Qui emportera,
Eloignera la douleur,
Ecartera la peine ?

Rivière, emporte
Au loin la douleur,
Enlève et entraîne,
Efface la douleur,
Eloigne la peine.

Brumes, cachez,
Voilez la douleur,
Couvrez les montagnes,
Recouvrez la mémoire,
Cachez la peine.

Terre, emporte,
Détruis la douleur,
Ensevelis sous l’herbe
Les os de l’alouette.
Ensevelis ma peine.

Corbeau noir, arrache,
Déchire la douleur.
Serres et bec,
Extirpez le coeur
Et les nerfs qui ont mal,
Arrachez la peine.

Soleil, emporte,
Dissipe la douleur,
La rosée est grise,
La pluie goutte sur l’herbe,
Soleil, sèche les larmes.

Sommeil, emporte,
Détruis la douleur,
Emporte le temps,
Efface le lieu
Entraîne-moi loin
Du monde de ma douleur.

Chant, murmure au loin,
Expire la douleur,
Mots, portez au loin,
Emportez la douleur,
Endormez la peine.

***

SPELL AGAINST SORROW

Who will take away
Carry away sorrow,
Bear away grief?

Stream wash away
Float away sorrow,
Flow away, bear away
Wear away sorrow,
Carry away grief.

Mists hide away
Shroud my sorrow,
Cover the mountains,
Overcloud remembrance,
Hide away grief.

Earth take away
Make away sorrow,
Bury the lark’s bones
Under the turf.
Bury my grief.

Black crow tear away
Rend away sorrow,
Talon and beak
Pluck out the heart
And the nerves of pain,
Tear away grief.

Sun take away
Melt away sorrow,
Dew lies grey,
Rain hangs on the grass,
Sun dry tears.

Sleep take away
Make away sorrow,
Take away the time,
Fade away place,
Carry me away
From the world of my sorrow.

Song sigh away
Breathe away sorrow,
Words tell away,
Spell away sorrow,
Charm away grief.

(Kathleen Raine)

Illustration: Frida Kahlo

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Furieusement (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2018



Illustration
    
Furieusement
Vire
Sur un reflet
Tombe
En ligne droite
Blancheur
Affilée
Monte
Le bec sanglant déjà
Sel épars
A peine ligne
Quand tombe
Droit
Ton regard
Sur cette page
Dissoute

(Octavio Paz)

 

Recueil: Versant Est
Traduction: Yesé Amory,Claude Esteban,Carmen Figueroa,Roger Munier,Jacques Roubaud
Editions: Gallimard

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PETIT POUCET (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018



Illustration
    
PETIT POUCET

Puisqu’on ne trouve plus sa vie
Au bout des sillons de chez nous,
Un jour, j’ai dû quitter ma mie
Pour la ville où pleuvent les sous ;
Et, ce jour-là, dans ma mémoire :
Lit clos des contes du passé,
J’ai vu se réveiller l’histoire,
L’histoire du Petit Poucet.

Refrain
En partant chez l’ogresse,
L’ogresse qu’est la vie,
J’ai semé des caresses
Pour retrouver ma mie !

Poucet semait parmi les sentes
Son pain bis et ses cailloux blancs.
Sur le corps blanc de ma charmante
Quel semis de baisers brûlants !
Sur son front et ses yeux en fièvres,
Sur son ventre et ses seins en fleurs,
Le geste rose de mes lèvres
A semé l’Amour de mon cœur.

Plus tard, pour retrouver ma mie :
« Où sont mes baisers d’autrefois ? »
Les baisers sont de blanches mies
Sous le bec des oiseaux des bois.
Plus un seul ! sur sa chair impure,
Un seul ! de mes baisers brûlants !
Tous sont partis sous la morsure
Du baiser des autres galants !

Ma mie qui ne se souvient guère
Se rappelle pourtant qu’un jour,
Je l’ai frappée dans ma colère
D’une gifle de mon poing lourd.
Elle me reproche ce geste
Toujours avec la même ardeur.
Le mal est un caillou qui reste
Dans les pauvres sentiers du cœur !

(Gaston Couté)

 

 

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DEUX VARIATIONS SUR UN THÈME DE J.-L.G. (Hervé Le Tellier)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2018



 

Illustration: Kajan
    
DEUX VARIATIONS SUR UN THÈME DE J.-L.G.

—Et mon bec, tu l’aimes ?
—Oui.
—Et ma peau écailleuse, tu l’aimes ?
Oui.
—Et mes plaques dorsales, tu les aimes ?
—Oui.
—Et mon piquant caudal, mon piquant caudal,
tu l’aimes aussi ?
—Oui.
—Tu m’aimes complètement, alors ?

L’iguanodon

—Et mon basitarse, tu l’aimes ?
—Oui.—
Et ma filière, tu l’aimes ?
—Oui.
—Et mes pédipalpes, tu les aimes ?
—Oui.
—Et mon trochanter, mon trochanter,tu l’aimes
aussi ?
Oui.——
Tu m’aimes complètement, alors ?

La tarentule

(Hervé Le Tellier)

 

Recueil: Zindien
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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REPAS DU PIC-VERT (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018




    

REPAS DU PIC-VERT

Ayant disposition
à l’aigreur de la langue
elles ne disaient pourtant plus rien
des graines infimes
tombaient sur leur peau rafraîchie
et leurs lainages pauvres
elles écoutaient
le bec du pic-vert
frapper sur une écorce drue
de haut sapin
en faisant sortir les insectes
pour son repas du soir.
Mais arrivèrent d’autres oiseaux
elles en sourirent ensemble
puis se reprirent à parler fort.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE FROID (Poésie Irlandaise)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018



Diarmaid

LE FROID

Froid, froid,
que froide est cette nuit la grande plaine de Lurg,
la neige est plus haute que les monts,
le daim ne trouve plus de nourriture.

Froid jusqu’au jugement,
la tempête s’est répandue partout,
sur la pente chaque sillon est un ruisseau
et chaque gué est un étang.

Le lac déborde c’est une mer intense —
les étangs sont des lacs qui débordent,
les chevaux ne franchissent plus le gué de Ross
et les hommes non plus.

Les oiseaux de l’île de Fâl errent sur la mer,
il n’est pas de rivage où la vague ne déferle,
dans les terres il n’y a plus de terre,
on n’entend plus les cloches et l’oiseau des marais ne chante plus.

Les loups du bois de Cuan ne trouvent
ni repos, ni sommeil, dans leurs tanières,
le roitelet ne trouve plus
d’abri pour son nid en Lonslope.

Sur la troupe des oiseaux se sont déchaînés
le vent mordant et le givre du nord,
le merle n’a plus de toit qui lui plaise
pour s’abriter du côté des bois de Cuan.

L’aigle de la vallée de Ridi Rua
souffre du vent rude,
grandes sont sa misère et sa peine,
il a de la glace dans son bec.

Se lever de la couette et de la plume
serait grande folie pour toi,
voilà pourquoi je dis froid,
froid, froid, jusqu’au jugement.

La poursuite de Diarmaid et Grainné.
Livre jaune de LECAN.

(Poésie Irlandaise)

Illustration

 

 

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