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Posts Tagged ‘beffroi’

Dimanches (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2019



Louis Tytgadt 31 [800x600]

Dimanches

Morne l’après-midi des dimanches, l’hiver,
Dans l’assoupissement des villes de province,
Où quelque girouette inconsolable grince
Seule, au sommet des toits, comme un oiseau de fer !

Il flotte dans le vent on ne sait quelle angoisse !
De très rares passants s’en vont sur les trottoirs :
Prêtres, femmes du peuple en grands capuchons noirs,
Béguines revenant des saluts de paroisse.

Des visages de femme ennuyés sont collés
Aux carreaux, contemplant le vide et le silence,
Et quelques maigres fleurs, dans une somnolence,
Achèvent de mourir sur les châssis voilés.

Et par l’écartement des rideaux des fenêtres,
Dans les salons des grands hôtels patriciens
On peut voir, sur des fonds de gobelins anciens,
Dans de vieux cadres d’or, les portraits des ancêtres,

En fraise de dentelle, en pourpoint de velours,
Avec leur blason peint dans un coin de la toile,
Qui regardent au loin s’allumer une étoile
Et la ville dormir dans des silences lourds.

Et tous ces vieux hôtels sont vides et sont ternes ;
Le moyen âge mort se réfugie en eux ;
C’est ainsi que, le soir, le soleil lumineux
Se réfugie aussi dans les tristes lanternes.

Ô lanternes, gardant le souvenir du feu,
Le souvenir de la lumière disparue,
Si tristes dans le vide et le deuil de la rue
Qu’elles semblent brûler pour le convoi d’un Dieu !

Et voici que soudain les cloches agitées
Ébranlent le Beffroi debout dans son orgueil,
Et leurs sons, lourds d’airain, sur la ville au cercueil
Descendent lentement comme des pelletées !

(Georges Rodenbach)

 Illustration: Louis Tytgadt

 

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DRAPEAUX (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Jacques Darras
    
DRAPEAUX

L’heure patriotique du tirage au sort
A fait vibrer le beffroi légal des mairies,
Les gas aux grands yeux bons sont devenus conscrits
Et leur troupeau dévale par les rues
Sous le geste dur des houlettes tricolores.

En les voyant ainsi passer, les filles belles
Qui s’avancent par la paix fleurie des venelles,
Se demandent en leur naïveté, pourquoi
L’on gaspille ainsi bêtement si belle soie.

Holà ! nos galants aimés. Holà ! disent-elles,
Baillez-nous l’étoffe jolie de vos drapeaux,
Nous en ferons des robes bleues, rouges ou blanches
Et nous les froisserons aux danses des dimanches
Contre votre cœur qui s’en montrera plus tendre.

Mais les galants passent et s’en vont sans comprendre
Le bon désir des amantes qui restent seules…
Et demain les drapeaux leur seront des linceuls.

(Gaston Couté)

 

 

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VISAGE (Charles le Quintrec)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

Todd Williams (31)

VISAGE

Visage de velours, dans mes paumes je vois
Sur un fond de beffrois une femme aux chandelles

Je ne sais rien du fleuve où son âme se noie
J’ôte ses vêtements et vous dis que je l’aime

Ses longues jambes rient à l’avance des draps
Sous ma bouche son ventre est celui d’une reine

Ses seins offerts et fous, sa bouche qui m’appelle
Elle dit que je suis son seigneur qui sommeille

Ah son corps ! Ah son cri! Éteignez les chandelles
Je suis ivre de son bonheur — N’éteignez pas !

(Charles le Quintrec)

Illustration: Todd Williams

 

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DOULEUR (Jules Verne)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2018




    
DOULEUR

Oh ! laissez-moi !
Mon cœur me fait bien mal ! un peu de solitude !
Le voyage est bien long, et le chemin bien rude,
A l’humble sujet comme au roi !

Oh ! laissez-moi !
Laissez-moi tomber seul en heurtant les racines,
Et seul, me déchirer aux ardentes épines,

Oh ! laissez-moi !

Oh ! laissez-moi !
Car l’organe du mal, car
Satan m’accompagne,
Et dans son vol brûlant traverse la campagne.
Il a pris mon âme et ma foi !

Oh ! laissez-moi !
Qu’aurais-je à faire ici d’inutiles services !
Laissez-moi, seul, tomber aux rocs des précipices,

Oh ! laissez-moi !

Oh ! laissez-moi !
Car j’ai rage et colère, et dans le fond de l’âme,
J’ai là, plus de douleur que n’a la pauvre femme
Au glas glacial du beffroi .

Oh ! laissez-moi !
Un infernal penser me déchire la tête,
J’ai là plus de fureur que la mer de tempête,

Oh ! laissez-moi !

Oh ! laissez-moi !
La lionne rugit, quand sa cruelle engeance
Sous les coups des chasseurs a subi la vengeance,

Elle emplit l’air de son effroi !

Oh ! laissez-moi !
Plus tranquille, et plus triste en sa calme tristesse,
La colombe maudit le destin qui l’oppresse,

Oh ! laissez-moi !

Oh ! laissez-moi !
Au désert, la gazelle exhale pleurs et plainte ;
Le sang de la douleur l’a jusqu’au cœur atteinte ;
Le désert entend son émoi !

Oh ! laissez-moi !
La tigresse a perdu ses petits.
Sa colère
Ebranle terre et cieux !… moi… ! j’ai perdu ma mère !!!

Oh ! laissez-moi !

(Jules Verne)

 

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Je voudrais qu’on m’aime (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
Je voudrais qu’on m’aime

Je voudrais qu’on m’aime avec de belles paroles
Palpitantes comme au ciel bleu des banderoles,
Avec des mots qui soient d’un métal précieux:
Des carillons d’argent dans un beffroi pieux;

D’un mystique métal rendant le son d’une âme
Où beaucoup d’infini se trouve emprisonné,
D’un métal fulgurant, la pointe d’une lame
Qui lentement pénètre en mon coeur forcené.

Très-pâle théorie emmy des bouleaux frêles,
Je voudrais écouter des mots comme envolés,
Musique d’ailes d’ange où l’inconnu révèle
Les lointains paradis dont je suis exilé.

(Marie Dauguet)

 

 

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Larmes (Albert Samain)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Larmes

Larmes aux fleurs suspendues,
Larmes de sources perdues
Aux mousses des rochers creux ;

Larmes d’automne épandues,
Larmes de cors entendues
Dans les grands bois douloureux ;

Larmes des cloches latines,
Carmélites, Feuillantines…
Voix des beffrois en ferveur ;

Larmes, chansons argentines
Dans les vasques florentines
Au fond du jardin rêveur ;

Larmes des nuits étoilées,
Larmes de flûtes voilées
Au bleu du pare endormi ;

Larmes aux longs cils perlées,
Larmes d’amante coulées
Jusqu’à l’âme de l’ami ;

Gouttes d’extase, éplorement délicieux,
Tombez des nuits ! Tombez des fleurs ! Tombez des yeux !

Et toi, mon coeur, sois le doux fleuve harmonieux,
Qui, riche du trésor tari des urnes vides,
Roule un grand rêve triste aux mers des soirs languides.

(Albert Samain)


Illustration: Lina Davidov

 

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Froide et noire petite ville (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2016



froide et noire petite ville
tes murailles depuis mil ans
rêvent à des assauts sanglants
mais ce n’est qu’une automobile

qui longe tes flancs en ronflant
dans l’estaminet le sourire
de la serveuse aux seins de cire
se fait triste au fond du soir lent

au beffroi bleuté de brouillard
l’horloge aigre sonne le quart
d’une heure à jamais inconnue

le dernier buveur dit salut
à la fille qui se prépare
à dormir là-haut seule et nue

(Jean-Claude Pirotte)


Illustration: Vincent Van Gogh

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DIMANCHES (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2016



DIMANCHES

Morne l’après-midi des dimanches, l’hiver,
Dans l’assoupissement des villes de province,
Où quelque girouette inconsolable grince
Seule, au sommet des toits, comme un oiseau de fer !

Il flotte dans le vent on ne sait quelle angoisse !
De très rares passants s’en vont sur les trottoirs :
Prêtres, femmes du peuple en grands capuchons noirs,
Béguines revenant des saluts de paroisse.

Des visages de femme ennuyés sont collés
Aux carreaux, contemplant le vide et le silence,
Et quelques maigres fleurs, dans une somnolence,
Achèvent de mourir sur les châssis voilés.

Et par l’écartement des rideaux des fenêtres,fenêtres
Dans les salons des grands hôtels patriciens
On peut voir, sur des fonds de gobelins anciens,
Dans de vieux cadres d’or, les portraits des ancêtres,

En fraise de dentelle, en pourpoint de velours,
Avec leur blason peint dans un coin de la toile,
Qui regardent au loin s’allumer une étoile
Et la ville dormir dans des silences lourds.

Et tous ces vieux hôtels sont vides et sont ternes;
Le moyen âge mort se réfugie en eux;
C’est ainsi que, le soir, le soleil lumineux
Se réfugie aussi dans les tristes lanternes.

O lanternes, gardant le souvenir du feu
Le souvenir de la lumière disparue,
Si tristes dans le vide et le deuil de la rue
Qu’elles semblent brûler pour le convoi d’un Dieu!

Et voici que soudain les cloches agitées
Ébranlent le Beffroi debout dans son orgueil,
Et leurs sons, lourds d’airain, sur la ville au cercueil
Descendent lentement comme des pelletées !

(Georges Rodenbach)

Illustration

 

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FIN DU RÊVE (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2016


 

FIN DU RÊVE

Au beau de notre amour elle s’est en allée
Comme une noce en blanc au lointain d’une allée,

Au beau de notre amour on a fermé le parc
Où nous marchions à deux sous les rameaux en arc.

L’absence tout à coup a desséché la vasque
Où montait notre espoir tel qu’un jet d’eau fantasque.

Elle s’en est allée au plus tendre moment
Comme un cortège part mélancoliquement.

Elle n’a pas marché, chaste et surnaturelle,
Sous les arcs triomphaux que je dressais pour elle,

Sous les arcs triomphaux de lierre et de jasmins
Que je dressais pour elle avec mes jeunes mains,

Que je dressais pour elle au seuil de ma jeunesse
Pour l’y voir s’avancer ainsi qu’une princesse,

Et pour l’y voir superbe, avec toute sa cour,
Recevoir les clés d’or de mon premier amour,

Et m’évoquer ainsi ces anciennes infantes
Qui, venaient, au milieu des palmes triomphantes,

Dans leurs villes de Flandre en agréer les clés
Que des pages rêveurs aux cheveux long-bouclés

Leur présentaient sur des coussins de velours rouge,
Cependant qu’au lointain, sous le soleil qui bouge,

Les chants du carillon, tombant du Beffroi fier,
S’effeuillaient dans le vent comme des fleurs de fer !

(Georges Rodenbach)

Illustration; Pierre-Auguste Renoir

 

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Je ne me mets pas en peine (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2015



 

Daniel F. Gerhartz _Gentle1

Je ne me mets pas en peine
Du clocher ni du beffroi ;
Je ne sais rien de la reine,
Et je ne sais rien du roi ;

J’ignore, je le confesse,
Si le seigneur est hautain,
Si le curé dit la messe
En grec ou bien en latin ;

S’il faut qu’on pleure ou qu’on danse,
Si les nids jasent entr’eux ;
Mais sais-tu ce que je pense ?
C’est que je suis amoureux.

Sais-tu, Jeanne, à quoi je rêve ?
C’est au mouvement d’oiseau
De ton pied blanc qui se lève
Quand tu passes le ruisseau.

Et sais-tu ce qui me gêne ?
C’est qu’à travers l’horizon,
Jeanne, une invisible chaîne
Me tire vers ta maison.

Et sais-tu ce qui m’ennuie ?
C’est l’air charmant et vainqueur,
Jeanne, dont tu fais la pluie
Et le beau temps dans mon coeur.

Et sais-tu ce qui m’occupe,
Jeanne ? c’est que j’aime mieux
La moindre fleur de ta jupe
Que tous les astres des cieux.

(Victor Hugo)

Illustration: Daniel F. Gerhartz

 

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