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Poésie

Posts Tagged ‘bégayer’

Minuit (Julien Delmaire)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2018



Julien Delmaire
    
Minuit dérobe
Les bijouteries
Contre ta robe
Un diamant cri

Je suis l’alcool
Térébenthine
Je suis la folle
Sur la colline

Criblé d’épines
Je suis l’alcool
L’encre de chine
Sur ton épaule

Je suis le Christ
De Kigali
Et l’améthyste
Qu’on a sali

Je suis l’enfance
Défigurée
Je suis l’offense
De l’emmuré

Syntax error
Bug intégral
Signes d’aurore
Jour minéral

Je veux l’oiseau
Lacrymogène
Aux ras des eaux
Cancérigènes

Je veux ton ventre
Dans la fumée
Mes doigts qui entrent
Pour exhumer

Un oasis
Une métaphore
Ton clitoris
Ta mandragore

Je vois l’oubli
Brisant ses chaînes
La mort partie
Avec la haine

Voici le monde
La vie bégaye
Voici la ronde
Des merveilles

Je te retrouve
Ma Géorgie
Le soleil couve
Ton sein rougi

Le temps caresse
Son vieux piano
Ta voix disperse
Les moineaux

Les nègres écument
La nostalgie
La nuit s’allume
Ma Géorgie…

(Julien Delmaire)

 

Recueil: Turbulences
Traduction:
Editions: Le temps des cerises

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ÉLOGE DE LA BEAUTÉ FÉMININE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Christian Schloe
    
ÉLOGE DE LA BEAUTÉ FÉMININE

Il faudrait que survint quelqu’un d’autre que moi
Et qu’il te saluât avec plus d’éloquence,
Admirant ta beauté sans bégayer d’émoi,
Un peu fou, hardi, vif, encore dans l’enfance.

«Beauté, te dirait-il, où que mènent tes pas
C’est pour toi que surgit la flamme du génie
Et l’esprit créateur perçoit dans tes appas
L’oeuvre antique et divine, admirable harmonie.

En attendant sur ton trône le Jamais Vu,
L’artiste à l’oeil altier te tient en déférence.
Tu fais tomber d’un mot, à peine est-il conçu,
Les murs de Jéricho de notre indifférence ! »

Ainsi dirait-il. De sa lèvre fuserait
Un hosanna pour toi comme celui du prêtre
Adorateur du feu dans l’épaisse forêt
Et qui voit près de lui les flammes apparaître.

Belle Réalité qui fais baisser les veux,
Mon âme veut cueillir une dernière rose,
Et répandre son eau, jardinier malheureux,
Sans un mot, devant toi, sur sa robe déclose.

II
Tel Désir du faucon qui veut qu’elle succombe,
Qui d’un coup d’aile ardent pourchasse la colombe,

Je poursuis quant à moi la timide beauté,
Car dans le sombre ciel de mon coeur attristé
Le regard de la Belle a versé la lumière.
Tout en la bénissant, il attend la voix chère
Qui saura le louer. Si je puis la saisir
Je la déchirerai, pourtant, tel le Désir

Du faucon en plein ciel qui poursuit la colombe
De son coup d’oeil puissant, qui veut qu’elle succombe !

Petit oiseau chétif que la pluie a trempé,
Ne sachant dignement alerter ta beauté,
Me débattant au sol, je traîne mon plumage
Et j’attends tout tremblant que sourie ton visage;
Qu’elle me sourie donc, puisque je me débats !
C’est l’hommage, le seul, digne de ses appas.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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CANTIQUES SPIRITUELS DE L’ÂME (Saint Jean de la Croix)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



Illustration: Marc Chagall
    
CANTIQUES SPIRITUELS DE L’ÂME

I
Où vous étes-vous caché, mon bien-aimé ?
Vous m’avez abandonnée dans les gémissements ;

Vous avez pris la fuite comme un cerf,
Après m’avoir blessée;
Je suis sortie après vous en criant ;
mais déjà vous vous en étiez allé.

II
Pasteurs, autant que vous êtes qui irez
Par les cabanes à la colline,
Si par hasard vous voyez
Celui que je chéris plus que tout le monde,
Dites-lui que je languis,
que je suis tourmentée, que je me meurs.

III
En cherchant mes amours,
J’irai par ces montagnes et par ces rivages ;
Je ne cueillerai point de fleurs,
Je ne craindrai pas les bêtes sauvages,
Et je passerai par les forts et par les frontières.

IV
O forêts, ô épaisseurs,
Plantées par la main de mon bien-aimé !
O pré toujours vert,
Émaillé de fleurs!
Dites si mon amant a passé par vos campagnes.

V
En répandant mille grâces,
Il a passé à la hâte par ces forêts,
Et en les regardant
De sa seule figure,
Il les a laissées revêtues de sa beauté.

VI
Hélas qui me pourra guérir?
Ah! donnez-vous véritablement tout à moi;

Ne m’envoyez plus
D’ici en avant des messagers,
Qui ne peuvent dire ce que je souhaite.

VII
Et tous autant qu’ils sont qui s’appliquent à vous connaître,
Me parlent de mille grâces qui viennent de vous ;

Mais alors ils me blessent davantage,
Et me laissent toute mourante;
Ils disent je ne sais quoi en bégayant,
Mais ils ne s’expliquent pas clairement.

VIII
Mais comment subsistez-vous,
O vie, ne vivant pas où vous vivez,
Puisque les traits qui vous viennent des choses
que vous connaissez en votre bien-aimé,
vous donnent la mort?

IX
Pourquoi donc avez-vous blessé ce coeur,
Et pourquoi ne l’avez-vous pas guéri?
Et puisque vous l’avez dérobé,
Pourquoi l’avez-vous laissé?
Pourquoi ne prenez-vous pas la proie que
vous avez faite ?

X
Éteignez mes ennuis,
Que personne que vous ne peut adoucir ;
Que mes yeux vous voient,
Puisque vous êtes leur lumière ;
Je ne désire les avoir que pour vous.

XI
Faites voir votre présence,
Et que votre beauté me fasse mourir :
Considérez que la maladie d’amour ne se guérit bien
que par la présence et par la figure.

XII
O fontaine cristalline,
Si dans vos surfaces argentées
Vous formiez promptement les yeux que je désire,
Et que j’ai ébauchés dans mes entrailles !

XIII
Détournez vos yeux,mon bien-aimé,
Parce que je m’envole.
Revenez, ma colombe;
Car le cerf qui est blessé paraît sur le haut de la colline,
Et le vent de votre vol le rafraîchit…

XIV
Mon bien-aimé est comme les montagnes,
Comme les vallées solitaires et pleines de bois,

Comme les îles étrangères,
Comme les fleuves qui coulent avec bruit,
Comme le souffle des doux zéphyrs.

XV
Il est comme une nuit tranquille
Qui approche de l’aurore naissante ;
Comme une musique sans bruit,
Comme une solitude harmonieuse,
Comme un souper qui recrée et qui attire l’amour.

XVI
Notre lit est couvert de fleurs,
Entrelacé de cavernes de lions,
Teint de pourpre,
Fait sur la paix,
Couronné de mille boucliers d’or.

XVII
Après vos vestiges,
Les jeunes filles courent au chemin,
Au toucher d’une étincelle,
Au vin mixtionné,
Aux odeurs d’un baume divin.

XVIII

J’ai bu dans la cave intérieure de mon bien-aimé;
Et quand je suis sortie
Par toute cette plaine,
Je ne connaissais plus rien,
Et j’ai perdu le troupeau que je suivais auparavant.

XIX
Là il m’a donné ses mamelles,
Là il m’a enseigné une science très-savoureuse ;

Et je me suis donnée effectivement toute à lui,
sans réserver aucune chose ;
Là je lui ai promis d’être son épouse.

XX
Mon âme et toute ma substance s’emploient à son service;
Je ne garde plus mon troupeau, et je ne fais plus d’autre office,
Car tout mon exercice est d’aimer.

XXI
Si donc d’ici en avant
on ne me voit plus dans les prés,
et si on ne m’y trouve plus,

Dites que je me suis perdue;
car, étant tout enflammée d’amour,
je me suis volontairement perdue;
mais ensuite on m’a recouvrée.

XXII
De fleurs et d’émeraudes
Choisies dès le grand matin,
Nous ferons des bouquets.
Fleuris en votre amour,
Et liés de l’un de mes cheveux.

XXIII
Dans ce seul cheveu
Que vous avez considéré volant sur mon cou,

Et que vous avez regardé sur mon cou,
Vous avez été lié,
Et vous avez été blessé par l’un de mes yeux.

XXIV
Lorsque vous me regardiez,
Vos yeux m’imprimaient votre grâce ;
C’est pourquoi vous m’aimez.
En cela mes veux méritaient d’adorer ce qu’ils voyaient en vous.

XXV
Ne me méprisez pas ;
Car si vous avez trouvé en moi une couleur noire,

Vous pouvez maintenant me regarder.
Après que vous m’avez déjà regardée,
Car vous m’avez laissé de la grâce et de la beauté.

XXVI
Prenez-nous les renards,
Car notre vigne est déjà fleurie,
Pendant que nous faisons un bouquet de roses,

En forme de pomme de pin,
Et qu’aucun ne paraisse dans nos collines.

XXVII
Arrête-toi, vent du septentrion, qui donnes la mort;

Viens, vent du midi, qui réveilles les amours ;

Souffle par mon jardin,
Et que ses odeurs se répandent,
Et que mon bien-aimé se repaisse entre les fleurs.

XXVII
L’épouse est maintenant entrée
Dans l’agréable jardin qu’elle désirait,
Et elle repose à son gré,
Le cou penché,
Sur les doux bras de son bien-aimé.

XXIX
Sous un pommier
Je vous ai épousée ;
Là je vous ai donné la main,
Et vous avez été réparée
Où votre mère avait été violée.

XXX
Oiseaux, qui avez les ailes légères,
Lions, cerfs, daims sautants,
Montagnes, vallées, rivages,
Eaux, vents, ardeurs,
Craintes, gardes de nuit,

XXXI
Par les lyres agréables,
Et par le chant des syrènes, je vous conjure
D’apaiser votre colère,
Et de ne point toucher la muraille,
Afin que l’épouse dorme plus sûrement.

XXXII
O nymphes de Judée,
Pendant qu’entre les fleurs et les rosiers
L’ambre gris répand son parfum,
Demeurez dans les faubourgs,
Et ne touchez pas le seuil de nos portes.

XXXIII
Cachez-vous, mon bien-aimé,
Et tournez le visage pour regarder les montagnes,

Et ne le dites à personne ;
Mais, au contraire, voyez les campagnes
De celle qui va par les îles étrangères.

XXXIV
La colombe blanche
Revint dans l’arche avec une branche d’olivier;

Et la chaste tourterelle
Trouve sa compagne qu’elle désire
Dans les rivages verts.

XXXV
Elle vivait dans la solitude;
Et elle a mis son nid dans la solitude :
Et son bien-aimé seul
La conduit dans la solitude;
Il est ainsi blessé d’amour dans la solitude.

XXXVI
Réjouissons-nous, mon bien-aimé;
Allons nous regarder dans votre beauté.
Sur la montagne ou sur la colline,
D’où coule une eau pure;
Entrons plus avant dans l’épaisseur.

XXXVII
Et incontinent nous irons ensemble
Aux sublimes cavernes de la pierre,
Qui sont fort cachées,
Et nous entrerons là,
Et nous y goûterons le jus des grenades.

XXXVIII
Là vous me montreriez
Ce que mon âme prétendait ;
Et là même vous me donneriez encore aussitôt,

O ma vie, ce que vous m’aviez donné l’autre jour.

XXXIX
L’agréable souffle du vent,
Le doux chant du rossignol,
Le bois et son agrément,
Pendant la nuit sereine,
Avec la flamme qui consume et qui n’est pas fâcheuse.

XXXX
Aminadab n’était vu de personne,
Et il ne paraissait pas ;
Le siège s’adoucissait,
Et la cavalerie descendait
A la vue des eaux.

***

I
Adonte te eseondiste,
Amado, y me dexaste con gemido ?

Como ciervo huiste,
Aviéndome herido;
Sali iras ti clamando, y eras ido.

II
Pastores, los que fuerdes
Allá por las majadas al otero,
Si por ventura vierdes
Aquel que yo mas quiero,
Dezidle que adolezco, peno, y muero.

III
Buscando mis amores
Iré por essos montes y riberas;
Ni cogeré las flores,
Ni temeré las fieras,
Y passaré las fuertes, y fronteras.

IV
O bosques y espessuras,
Plantadas por la mano de mi amado !
O prado de verduras !
De flores esmaltado,
Dezid si por vosotras ha passade

V
Mil gracias derramando
Passó por estos sotos con presura,
Y yéndolos mirando
Con sola su figura
Vestidos los dexó de su hermosura.

VI
Ay quien podrá sanarme !
Acaba de entregarte va de vero,

No quieras embiarme
De oy mas ya mensagero,
Que no saben dezirme lo que quiero

VII
Y todos quantos vagan

De li me van mil gracias referiendo,

Y todas mas me liagan,
Y déxame muriendo
Un no se que, que
Queda balbuciendo.

VIII
Mas como perseveras,
O vida, no viviendo donde vives,
Y haziendo porque mueras,
Las flechas que recibes,
De lo que del amado en ti concibes?

IX
Porqué pues has Ilagado
Aqueste corazon , no le sanaste ?
Y pues me le lias robado,
Porqué asi le dexaste,
Y no tomas et robo que robaste ?

X
Apaga mis enojos,
Pues que ninguno basta à dehazellos,
Y véante mis ojos,
Pues qu’ ere lumbre dellos,
Y solo para ti quiero tenellos.

XI
Descubre tu presencia,
Y máterne tu vista y hermosura ;
Mira que la dolencia
De amor no bien se cura,
Sino con la presencia y la figura.

XII
O cristalina fuente,
Si en essos tus semblantes plateados,
Formasses de repente los ojos deseados,

Que tengo en mis entrañas dibuxados.

XIII
Apartaos, amado,
Que voy de buelo.
Buelete, paloma,
Que el ciervo vulnerado
Por el otero assoma,
Y el ayre de tu buelo fresco toma.

XIV
Mi amado, las montañas,
Los valles solitarios nemorosos,

Las insulas estranas,
Los rios sonorosos
El silvo de ios ayres amorosos.

XV
La noche sossegada,
En par de los levantes del aurora,
La musica callada,
La soledad sonora,
La cena que recrea, y enamora.

XVI
Nuestro lecho florido,
De cuevas de leones enlaçado ;
En purpura teñido,
De paz edificado,
Con mil escudos de oro coronado.

XVII
A zaga de tu huella,
Las jovenes discurren al camino,
Al toque de centella,
Al adobado vino,
Emissiones de bàlsamo divino.

XVIII
En la interior bodega de mi amado bebi,
Y quando salla,
Por toda aquesla vega,
Ya cosa no sabia,
Y el ganado perdi, que antes seguia.

XIX
Alli me dió su pecho,
Alli me enseñó ciencia muy sabrosa :

Vo le di de hecho ;
A mi, sin dexar cosa,
Alli le prometi de ser su esposa.

XX
Mi alma se ha empleado, y todo mi caudal en su servicio;
Ya no guardo ganado, ni ya tengo otro oficio,
Que ya solo en amares mi exercicio.

XXI
Pues ya si en et exido de oy
mas no fuere vista ni hallada;

Direis, que me he perdido;
que andando enamorada,
mehize perdedizà, y fui ganada.

XXII
De flores y esmeraldas
En las frescas mañanas escogidas
Haremos las guirnaldas,
En tu amor florezidas,
Y en un cabello mio entretexidas.

XXIII
En solo aquel cabello,
Que en mi cuello volar consideraste,

Mirastele en mi cuello,
Y en él preso quedaste,
Y en uno de mis ojos te Ilagaste.

XXIV
Quando tu me mirabas,
Tu gracia en mi tus ojos imprimian ;
Por esso me amabas,
Y en esso merecian,
Los mios adorar lo que en ti vian.

XXV
No quieras despreciarme ;
Que si color moreno en mi hallaste,

Ya bien puedes mirarme,
Despues que me miraste,
Que gracia, y hermosura en mi dexaste.

XXVI
Cogédnos las eaposas,
Que está ya florecida nuestra viña,
En tanto que de rosas,

Hazemos una piña,
Y no paresca nadie en la montiña.

XXVII
Detente cierço muerto,

Ven austro que recuerdas los amores ;

Aspira por mi huerto,
Y corran sus odores,
Y pacerá et amado entre las flores.

XXVII
Entrado se ha la esposa,
En el ameno huerto deseado,
Ya su sabor reposa,
El cuello reclinado,
Sobre los dulzes braços del amado.

XXIX
Debaxo del mançano
Alli con migo fuiste desposada ;
Alli te di la mano,
Y fuiste reparada
Donde tu madre fuera violada

XXX
A las aves ligeras,
Leones, ciervos, gamos saltadores,
Montes, valles, riberas,
Aguas, ayres, aidores,
Y miedos de la noche veladores,

XXXI
Por las amenas liras,
Y cantos de syrenas os conjuro,
Que cessen vuestras iras,
Y no toqueis al muro,
Porque la esposa duerma mas seguro.

XXXII
O ninfas de Judea,
En tanto que en las flores y rosales
El ambar parfumea,
Morad en los arrabales,
Y no querais locar nuestros umbrales.

XXXIII
Escóndete, carillo,
Y mira con tu haz á las montañas,

Y no quieras dexillo;
Mas mira las campañas,
De la que va por insulas extrañas.

XXXIV
La blanca palomica
A la arca con el ramo se ha tornado;

Y ya la tortolilla,
Al socio deseado,
En las rilteras verdes ha hallado.

XXXV
En soledad vivia ;
Y en soledad ha puesto ya su nido :
Y en soledad la guia,
A solas su querido,
Tambien en soledad de amor herido.

XXXVI
Gozémonos, amado,
Ya vámonos á ver en tu hermosura,
Al monte ó al collado,
Do mana et agua pura ;
Entremos mas adentro en la espesura.

XXXVII
Y luego alas subidas
Cabernas de la piedra nos iremos,
Que estan bien escondidas,
Y alii nos entraremos,
Y el mosto de granadas gustaremos.

XXXVIII
Alli me mostrarias,
Aquello que mi alma prelendia,
Y luego me darias

Alli tu, vida mia, aquello que me diste el otro dia.

XXXIX
El aspirar del ayre
El canto de la dulce filomela,
El soto y su donayre,
En la noche serena,
Con llama que consume, y no da pena.

XXXX
Que nadie lo miraba Aminadab,
Tam poco parecia,
Y el cerco sossegava,
Y la caballeria,
A vista de las aguas descendia.

(Saint Jean de la Croix)

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/carmel/jeandelacroix/jeandelacroix08.htm#_Toc134006116

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Tu m’avais dit de venir (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2018



 

Illustration: Irina Karkabi
    
tu m’avais dit de venir:il pleuvait un peu
et c’était le printemps;une lumière maladroite
trébuchait à merveille au-dessus du square,
se tortillaient de petits têtards amoureux

battus de gouttes bégayantes,
tremblotaient les feuilles
au-devant du parfum gigotant du nouveau
—et puis. Mes doigts fous ont aimé ta robe
…ton baiser,ton baiser fut une fragile fleur

distincte, et la chair croustillante a mis
à cran ma dent d’amour.

***

you asked me to come:it was raining a little,
and the spring;a clumsy brightness of air
wonderfully stumbled above the square,
little amorous-tadpole people wiggled

battered by stuttering pearl,
leaves jiggled
to the jigging fragrance of newness
—and then. My crazy fingers liked your dress
….your kiss,your kiss was a distinct brittle

flower, and the flesh crisp set
my love-tooth on edge.

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Ensoleiller l’imagination (René Char)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2017



Ensoleiller l’imagination de ceux qui bégaient au lieu de parler,
qui rougissent à l’instant d’affirmer.
Ce sont de fermes partisans.

(René Char)

 Illustration: René Magritte

 

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S’il venait, venait un homme (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2016



camp 2

S’il venait,
venait un homme,
venait un homme, au monde,
aujourd’hui, avec
la barbe de clarté
des patriarches : il devrait,
s’il parlait de ce
temps, il
devrait
bégayer seulement, bégayer,
toutoutoujours
bégayer.

(Paul Celan)

 

 

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Le poète (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



 

Le poète

Et dans la stupéfaction
ma langue racontera
ce que l’esprit n’a jamais signifié
ce que la mémoire n’a jamais conservé.
La parabole de l’Amour
fut envoyée au monde
pour que nous puissions bégayer son nom.

Ce que jamais je ne saurai
c’est ce que je dois enseigner.
Là où jamais ne fut nul voyageur
là est mon voyage.
Chère désincarnation
à travers toi sont montrées
les formes passagères
qui vont et viennent.

Doute: envoyé-du-Paradis
si la pensée pouvait dérober
un seul mot du mystère
tout serait faussé.
Imagination, tu es bien plus fidèle
toi qui peut croire en l’Immortalité
et composer un chant!

(Edwin Muir)

 

 

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SOLITUDE (Robert Goffin)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2015



Albert Moore 6

SOLITUDE

C’est l’heure où dans le soir les pâles jeunes filles
Songeront à l’amour pour la première fois
Et verront le reflet vague sur leur aiguille
De la lune qui tremble et meurt dans les cieux froids.

La lune est dans le soir comme une grande hostie
Qui saigne par les cieux étoilés de clous d’or.
Aujourd’hui des enfants vont connaître la vie ;
Aujourd’hui des vieillards vont connaître la mort.

Et moi qui suis venu par une nuit pareille,
Et moi qui partirai par une même nuit,
Je promène muet mon angoisse qui veille
Au delà des vallons et des champs assoupis

Il passe dans l’air pur comme une souvenance
De jours élyséens où je n’ai pas vécu,
Et qui me font rêver et pleurer en silence
Et plier le genou dans le sentier herbu.

J’écoute longuement sous la nuit étoilée
Les rumeurs que le soir murmure dans les loins ;
Mais je n’entends monter du fond de la vallée
Que les sanglots d’un coeur plaintif comme le mien.

On dirait que la voix du canon s’est calmée
Et que dans l’azur bleu s’élève un chant de paix ;
Hélas ! par cette nuit limpide et parfumée
Il est des malheureux qui dorment à jamais.

Et je m’en vais songeant à des lèvres muettes
Qui ne sentiront plus le baume des baisers
Et je pleure ce soir pour de jeunes poètes
Qui sont morts bégayant des vers inachevés.

(Robert Goffin)

Illustration: Albert Moore

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