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Posts Tagged ‘bêler’

Le coeur au bord des lèvres (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2018



    

Le coeur au bord des lèvres
les lèvres au bord tendre du néant
le néant près du cercueil
par un beau jour d’enterrement

ah fanaison tragique
des plus lointaines choses
au bas du jour s’écoule un fleuve
dont aucun pont ne bêle plus

temps amours
la vie s’élève et la mort plane
le sein pavane et puis se fane

les joyeux parlent comme des ânes
les tristes se trompent tout le temps.
Tout le temps

(Jean Pérol)

 

Recueil: À part et passager
Traduction:
Editions: De la Différence

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LA CHÈVRE (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



 

chevre-attachee

LA CHÈVRE

J’ai parlé à une chèvre.
Elle était seule dans le pré, elle était attachée.
Repue d’herbe, mouillée
par la pluie, elle bêlait.

Ce bêlement égal fraternisait
avec ma douleur. Et je répondis, d’abord
pour plaisanter, ensuite parce que la douleur est éternelle,
qu’elle n’a qu’une voix et ne change jamais.
Cette voix je l’entendais
gémir en une chèvre solitaire.

En une chèvre au visage sémite
se plaignait tout autre mal,
toute autre vie.

(Umberto Saba)

Illustration: Serge Berrier

 

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Placet futile (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



Placet futile

Princesse! à jalouser le destin d’une Hébé
Qui poind sur cette tasse au baiser de vos lèvres,
J’use mes feux mais n’ai rang discret que d’abbé
Et ne figurerai même nu sur le Sèvres.

Comme je ne suis pas ton bichon embarbé,
Ni la pastille ni du rouge, ni jeux mièvres
Et que sur moi je sais ton regard clos tombé,
Blonde dont les coiffeurs divins sont des orfèvres!

Nommez-nous… toi de qui tant de ris framboisés
Se joignent en troupeau d’agneaux apprivoisés
Chez tous broutant les voeux et bêlant aux délires,

Nommez-nous… pour qu’Amour ailé d’un éventail
M’y peigne flûte aux doigts endormant ce bercail,
Princesse, nommez-nous berger de vos sourires.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Auguste Toulmouche

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LE CORBEAU VOULANT IMITER L’AIGLE (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE CORBEAU VOULANT IMITER L’AIGLE

L’Oiseau de Jupiter enlevant un mouton,
Un Corbeau témoin de l’affaire,
Et plus faible de reins, mais non pas moins glouton,
En voulut sur l’heure autant faire.
Il tourne à l’entour du troupeau,
Marque entre cent Moutons le plus gras, le plus beau,
Un vrai Mouton de sacrifice :
On l’avait réservé pour la bouche des Dieux.
Gaillard Corbeau disait, en le couvant des yeux :
« Je ne sais qui fut ta nourrice ;
Mais ton corps me paraît en merveilleux état :
Tu me serviras de pâture. »
Sur l’animal bêlant à ces mots il s’abat.
La Moutonnière créature
Pesait plus qu’un fromage, outre que sa toison
Etait d’une épaisseur extrême,
Et mêlée à peu près de la même façon
Que la barbe de Polyphème.
Elle empêtra si bien les serres du Corbeau
Que le pauvre animal ne put faire retraite.
Le Berger vient, le prend, l’encage bien et beau,
Le donne à ses enfants pour servir d’amusette.

Il faut se mesurer, la conséquence est nette :
Mal prend aux Volereaux de faire les Voleurs.
L’exemple est un dangereux leurre :
Tous les mangeurs de gens ne sont pas grands Seigneurs ;
Où la Guêpe a passé, le Moucheron demeure.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Chanson du petit mouton qui bêle sur la falaise (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2017



C’est un petit mouton bêleur qui ne sait s’il a du malheur.
Il bêle parce que bêler, c’est comme étoiles s’étoiler.
Même la nuit tout seul il bêle. Pas même un feu rose à la ronde…
Il bêle vers la mer profonde toute la détresse du monde.

(Paul Fort)

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On me dit que les anges sont visibles des arbres (Charles le Quintrec)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2017



 

On me dit que les anges
Sont visibles des arbres
Qu’il suffit de monter
Au haut des sycomores
De mettre sur son front
La main grave de l’aube
Et de regarder droit
Le jour qui veut éclore
Pour les voir apparaître
Et bouger tous ensemble
Comme un vol de pigeons
Qui monte à l’horizon
Comme un vol de moutons
Sauvés des transhumances
Et qui bêlent d’audace
Au-devant du berger
Qui les mène brouter
Où le ciel les efface.

On me dit que les anges
Sont visibles des arbres
Qu’il suffit pour les voir
Dans leur terrible gloire
D’exercer sa mémoire
Et d’attendre qu’ils passent.

(Charles le Quintrec)

Illustration: Antonio Chacon

 

 

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Je mettrai… (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2017



Je mettrai des jacinthes blanches
à ma fenêtre, dans l’eau claire
qui paraîtra bleue dans le verre.

Je mettrai sur ta gorge blanche
et luisante comme un caillou
du ruisseau, des boules de houx.

Je mettrai sur la pauvre tête
du malheureux chien tout rogneux
qui a des taches dans les yeux

la plus douce de mes caresses,
pour qu’il s’en aille grelottant
un tout petit peu plus content.

Je mettrai ma main dans la tienne,
et tu me conduiras dans l’ombre
où tournent les feuilles d’automne,

jusqu’au sable de la fontaine
que la pluie si douce a troué,
où se détrempe le vieux pré.

. . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . la pluie fine
ma pensée douce comme la bruine.

Je mettrai sur l’agneau qui bêle
une branche de lierre amer
qui est noir parce qu’il est vert.

(Francis Jammes)

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Bergère ô tour Eiffel (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2016



Bergère ô tour Eiffel
le troupeau des ponts
bêle ce matin

(Guillaume Apollinaire)

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NUIT DE NOËL (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2016



NUIT DE NOËL

Comme l’orchestre se tait, des ombres féminines voilées
passent sous la ramure,
les feuilles mortes laissent filtrer les chimères glacées
de la lune, de pâles nuages crépusculaires.

Il y a des lèvres qui pleurent des arias oubliées,
de grands iris qui feignent d’éburnéennes vêtures.
Des bavardages et des sourires en bandes folles
qui parfument de soie le rude bocage.

J’attends la lumière rieuse de ton retour ;
et, dans l’épiphanie de ta sveltesse,
éclatera en or majeur la fête.

Alors mes vers bêleront sur tes terres,
entonnant de leurs airains mystiques
la venue de l’enfant-jésus né de ton amour.

***

NOCHEBUENA

Al callar la orquesta, pasean veladas
sombras femeninas bajo los ramajes,
por cuya hojarasca se filtran heladas
quimeras de luna, pálidos celajes.

Hay labios que lloran arias olvidadas,
grandes lirios fingen los ebúrneos trajes.
Charlas y sonrisas en locas bandadas
perfuman de seda los rudos boscajes.

Espero que ría la luz de tu vuelta;
y en la epifanía de tu forma esbelta,
cantará la fiesta en oro mayor.

Balarán mis versos en tu predio entonces,
canturreando en todos sus místicos bronces
que ha nacido el Niño-Jesús de tu amor.

(César Vallejo)


Illustration: Maurice Denis

 

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Le parfum des roses (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016



Le parfum des roses

Un chauve têtu construit
jour après jour sa maison
de la plus lourde pierre

pour dérober au soleil
aux dialogues de la pluie
sa pauvre éternité

sans se douter qu’un coup de sang
le guette dans le jardin
au détour charmant de l’allée.

Pourtant déjà l’oreille pointe
et le mufle dans le buisson
où bêle le parfum des roses.

(Jean Joubert)

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