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Spectacle rassurant (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017



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Spectacle rassurant

Tout est lumière, tout est joie,
L’araignée au pied diligent
Attache aux tulipes de soie
Ses rondes dentelles d’argent.

La frissonnante libellule
Mire les globes de ses yeux
Dans l’étang splendide où pullule
Tout un monde mystérieux !

La rose semble, rajeunie,
S’accoupler au bouton vermeil ;
L’oiseau chante plein d’harmonie
Dans les rameaux pleins de soleil.

Sa voix bénit le Dieu de l’âme
Qui, toujours visible au coeur pur,
Fait l’aube, paupière de flamme,
Pour le ciel, prunelle d’azur !

Sous les bois, où tout bruit s’émousse,
Le faon craintif joue en rêvant ;
Dans les verts écrins de la mousse
Luit le scarabée, or vivant.

La lune au jour est tiède et pâle
Comme un joyeux convalescent ;
Tendre, elle ouvre ses yeux d’opale
D’où la douceur du ciel descend !

La giroflée avec l’abeille
Folâtre en baisant le vieux mur ;
Le chaud sillon gaîment s’éveille,
Remué par le germe obscur.

Tout vit, et se pose avec grâce,
Le rayon sur le seuil ouvert,
L’ombre qui fuit sur l’eau qui passe,
Le ciel bleu sur le coteau vert !

La plaine brille, heureuse et pure ;
Le bois jase ; l’herbe fleurit.
– Homme ! ne crains rien ! la nature
Sait le grand secret, et sourit.

(Victor Hugo)

Illustration: ArbreaPhotos

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Cantique (Ummî Sinan)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2017




    
Cantique

Chemin faisant, je vins à une ville
J’ai vu le palais, il n’est que roses
Du sultan le trône et la couronne
Les murs et le verger, roses ne sont que roses

On achetait des roses, on vendait des roses
A la main des balances de roses
On pesait la rose avec la rose,
Le marché, le bazar, roses ne sont que roses

La terre n’est que roses, roses les pierres
Roses le sec, roses l’humide
Dans son jardin privé
Le cyprès, le platane, roses ne sont que roses

Le moulin de roses tourne
C’est là qu’on moud la rose
Coule son eau, tourne sa roue
Sa digue, sa source, roses ne sont que roses

La rose pourpre avec la rose rouge
Ont fleuri de pair dans un jardin
Epine contre épine elles se regardent
Leurs épines, leurs fleurs, roses ne sont que roses

Une tente de roses est dressée
A l’intérieur le pain béni est prêt.
Le prophète Elie est le portier
Son pain, son vin, roses ne sont que roses

Ummî Sinan ! viens expliquer
La plainte de la rose et du rossignol :
Du rossignol toujours seul
Soupirs et lamentations, roses ne sont que roses…

(Ummî Sinan)

 

Recueil: La montagne d’en face (Poèmes de derviches anatoliens)
Traduction: Guizine Dino, Michèle Aquien, Pierre Chuvin
Editions: Fata Morgana

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A mon Avril (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Jeanie Tomanek  
    
A mon Avril

Répands sur mon front d’insomnie
Tes cheveux d’aurore et de joie,
O toi, ma tendresse infinie,
Avril, mon printemps, mon amour !

Quoi de plus tendre et de plus beau
Que de voir, miracle suprême !
Des roses naître du tombeau !
Cela s’est fait, puisque je t’aime.

Dans mon âme, où l’angoisse est morte,
Le souvenir est effacé…
Donne-moi tes lèvres ! qu’importe
La douleur que fut le passé !

L’oubli me sourit dans tes yeux
Et je dis à la vie en larmes
Un grand hommage silencieux
Car elle a de suprêmes charmes.

Car j’ai, dans ma pauvre existence,
Parmi les jours où j’ai pleuré,
Quelque chose de doux, d’immense,
De lumineux et de sacré !

C’est pour cela que je bénis
Non seulement toi, ma très blonde,
Mais aussi les temps infinis,
L’espace et les cieux et le monde !

J’ai compris quelle aube suprême
Se lève sur le grand néant,
Et qu’on espère, et que l’on aime
Et que l’on meurt en souriant !

(Renée Vivien)

 

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LE BAISER (Tristan l’Hermite)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2017



Illustration: Lawrence Alma-Tadema
    
LE BAISER

Mes écrits à jamais, Amour, te béniront,
Puisque par ta faveur j’amollis cette souche;
Pour le prix d’un laurier que je mis sur son front,
Iris me fit baiser les roses de sa bouche.

Qu’elle plongea mon âme en de félicités !
Que ce ressouvenir est doux à ma pensée !
Et si je dépeignis de belles vérités,
Que mon invention fut bien récompensée!

Ô Divine merveille, il faut bien que mes vers
Portent votre louange au bout de l’univers,
Vous fassent adorer des plus rares personnes;

Vous le reconnaissez trop libéralement.
Vous donnez des trésors, vous donnez des couronnes,
Et si vous ne donnez qu’un baiser seulement.

(Tristan l’Hermite)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Souhaits (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
Souhaits

Je voudrais pour prier la très vieille chapelle
Au milieu des bois frais et des eaux murmurantes;
Je voudrais pour pasteur un vieil aumônier frêle
Qui bénit les enfants avec ses mains tremblantes.

Je voudrais pour aimer la hutte sous les aulnes
Et non la tour d’ivoire aux somptueux paliers;
Je voudrais à mon seuil de pâles anémones
Et le sanglotement d’un couple de ramiers.

Je voudrais dans mon coeur cette simplicité
Grâce à laquelle on croit et l’on accepte tout,
Qui fait de ce qu’on aime une divinité
Et noue jette en pleurant devant elle à genoux.

Je voudrais pour dormir la touffe de verveine
Que les sorciers chez nous posent sur les blessures;
Je voudrais pour dormir la douceur de la laine
D’un agneau nouveau-né dans une étable obscure.

Je voudrais pour mourir la résignation
De l’herbe qui pourrit, de la feuille qui tombe;
Je voudrais pour cercueil le repli d’un sillon
Et des blés fleurissant au printemps sur ma tombe.

*

Mais je voudrais pourtant qu’il restât quelque chose
De mon âme sonore et pleine de chansons:
Un refrain d’alouette envolé des blés roses
Ou la plainte du vent qui berce les moissons.

(Marie Dauguet)

 

 

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Nous nous émerveillons de la vie (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Nous nous émerveillons de la vie

Sitôt qu’elle sourit, elle devient étoiles;
Et sitôt que j’ai soif, un cours d’eau frémissant.
Mon ange peut fleurir sous de célestes voiles,
Mais de l’étreindre, moi seul ai droit, ô passant!

Ses yeux sont des forêts que baigne la rosée,
Ses cheveux sont de l’or mêlé d’un noir goudron.
Je voudrais m’allonger comme carpette usée
Sur son seuil. A cela, hélas, elle a dit non.

Baisers dissimulés au coin de nos paroles
Venant furtivement saluer leurs bessons…
Pour faire un si beau rêve, il faut être herbes folles;
Mon amie est le cœur des plus subtils gazons.

Et volent nos baisers que nous sentons éclore.
Ils s’enfuient avec nous, ils s’enfuient dans le soir.
Et nous nous étendons sur le ciel de l’aurore;
Nous bénissons la vie et son divin pouvoir.

(Attila Jozsef)


Illustration: François-Joseph Durand

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Vision et prière (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017



 

Qui es-tu , toi
Qui nais dans
La chambre à côté
Si fort près de la mienne
Que je peux entendre la matrice
S’ouvrir et l’obscur soudain courir
Au-dessus du fantôme et de l’enfant délivré
Derrière le mur aussi fin qu’un os de roitelet?
Dans la chambre natale inconnue au feu
Et au voeu du Temps l’empreinte
Du coeur de l’homme ne
Répand nul baptême
L’obscur seul
Bénit le très
Sauvage
Fils.

Je dois reposer
Comme pierre
Contre le mur en os
De roitelet, écoutant le
Gémissement de la mère cachée
Et la tête d’ombre de la douleur
Projetant le futur comme une épine
Et les sages-femmes du miracle chantent
Jusqu’à ce que le turbulent nouveau-né
Me brûle de son nom et de sa flamme
Et que le mur ailé se déchire
Sous sa couronne torride et
Rejette l’obscur d’un
Coup de reins à
La lumière
Vive.

Quand
L’os d’oiseau
Se tordra et se
Brisera et quand la
Première aube en un flot
De colère essaimera les parages
De l’éternité de l’enfant qui éblouit
Le paradis et de la mère virginale
Eclaboussée qui le porta, avec un feu
De joie dans la bouche et sut le bercer
Comme une tempête, je fuirai à perte
De souffle en terreur soudaine et
En lumière de la chambre
Décapuchonnée hurlant
En vain dans le
Chaudron
De son
Baiser.

En
La vrille
Du soleil dans
Le cyclone écumant
De son aile, oui, j’étais
Perdu, oui, moi qui crie
Contre le trône détrempé de
L’homme dans sa fureur native
De ses flots et des éclairs de l’adoration
Dos tournée contre le noir silence mêlé
Des larmes, oui, j’étais perdu, moi
Qui parviens abasourdi
Au paradis et à son
Découvreur et le haut
Midi de sa blessure
Aveugle mon
Cri.


Couché sur l’autel
De sa poitrine
Flamboyante je m’éveillerai
Au Jugement divin des fonds sans
Cage de la mer au nuage montant de
La tombe qui s’exhale à la poussière
Qui s’élève et salue chaque grain
De sa flamme. Ô spirale de
L’ascension de l’urne-
Vautour du matin de
L’homme quand
La terre
Et

La
Mer
Génésique ont
Loué le soleil lui, le
Découvreur le juste
Adam nouveau-né chanta
L’origine elle-même! Oui, les
Enfants ont des ailes! Ô l’envol vers
La blessure des anciens enfants égarés
Dans les canyons de l’oubli! La foulée
Stellaire de ceux qui furent tués
Dans les batailles! Les saints
Nés de leurs propres
Visions! La maison où
Habite le monde!
La peine souffre
Ouverte et je
Meurs.

[…]

Le voeu et le feu de la prière me brûlent
Dans une soudaine bénédiction du soleil.
Au nom des damnés, je reviendrai
Et pourrai courir vers
La terre cachée mais le
Soleil, si fort,
Baptise le
Ciel. Je
Me
Trouve.
Ô laissez-le
M’ébouillanter,
Me noyer dans sa
Blessure-au-monde. Son
Eclair est une réponse à mon cri.
Ma voix brûle dans sa main.
Désormais je suis un égaré car il m’éblouit
Aussi. Le soleil rugit à la fin de ma prière.
(Dylan Thomas)

 

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Le soir (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2017



Le soir

Dans le jardin résonnait la musique
D’une tristesse inexprimable.
Un frais et fort parfum de mer
Montait du plat, des huîtres dans la glace.

Il m’a dit : « Je suis un ami sûr ! » —
Et il a touché ma robe.
Qu’il ressemble peu à une étreinte
L’effleurement de ces mains.

C’est ainsi que l’on caresse les chats et les oiseaux,
Que l’on regarde les sveltes cavalières…
Juste ce rire dans ses yeux calmes,
À l’abri des légers cils dorés.

Mais les voix tristes des violons
Chantent derrière la fumée qui s’étire :
« Bénis le ciel — pour la première fois
Te voici seule avec ton bien-aimé ».

(Anna Akhmatova)

 

 

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Comment leur dire ? (Bakary Bamba Junior)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2017



Comment leur dire ?

Comme leur dire ces vérités
Qui dans leurs vies vont tout changer?
Comment leur annoncer
Sans pour autant les effrayer?

Comment leur dire qu’ils sont des Dieux?
Il y a si longtemps qu’ils l’ont oublié,
Qu’ils n’ont jamais été chassés des cieux
Et que nous n’avons jamais été séparés?

Mais comment leur dire qu’ils sont faits d’Amour
Qu’il leur suffit de se le rappeler?
Qu’il faut bénir la peur qui nous entoure
Si nous voulons nous élever?

Et comment leur dire que leur avenir
Est fait de gloire et de félicité?
Qu’il faut sécher les larmes et garder le sourire
Pour faire disparaître la souffrance de notre réalité?

Comment leur dire qu’il faut bénir
Même ceux qui nous font souffrir?
Et de tout coeur leur accorder le pardon,
Car ils ne méritent que notre compassion?

Oh comment leur dire que l’heure est venue
Pour tous les enfants du royaume qui se croyaient perdus
De s’en retourner au sein du père
En revêtant leur habit de lumière.

(Bakary Bamba Junior)

 Illustration: Barry Euren  

 

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FLORÉAL (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



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FLORÉAL

Je vous voyais passer parmi les Dieux,
Dans un grand char aux flamboyants essieux;
Et sous la roue en or, n’osant vous suivre,
J’ai mis mon front, et j’ai cessé de vivre
En bénissant, écrasé mais joyeux,
Votre beauté.

(Jean Richepin)

 

 

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