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Je voudrais être le jardinier de ton jardin de fleurs (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019



 

SERVITEUR :
Miséricorde pour ton serviteur, ô Reine!

LA REINE :
La réunion est terminée et tous mes serviteurs sont partis.
Pourquoi viens-tu à une heure aussi tardive?

SERVITEUR :
Lorsque que tu en as terminé avec les autres,
c’est à moi de venir.
Que peut faire ton dernier serviteur ?

LA REINE :
Qu’espères-tu ? Il est trop tard.

SERVITEUR :
Je voudrais être le jardinier de ton jardin de fleurs.

LA REINE :
Quelle est cette folie ?
SERVITEUR :

Je ne ferai plus d’autre travail.
Je jetterai dans la poussière mes épées et mes lances.
Ne m’envoie pas dans des royaumes lointains,
ne me demande plus d’entreprendre de nouvelles conquêtes.
Nomme-moi jardinier de ton jardin de fleurs.

LA REINE :
Que feras-tu ?

SERVITEUR :
Mon service sera celui de tes loisirs.
Je garderai fraîche l’herbe du sentier où tu vas le matin,
où les fleurs impatientes de mourir sous tes pieds béniront ton passage.
Je t’installerai une balançoire entre les branches du saptaparna,
et la lune tôt levée essaiera de baiser ta robe à travers la feuillée.
J’emplirai d’huile odorante la lampe qui brûle à côté de ton lit,
et j’ornerai ton tabouret de merveilleuses décorations de santal et de pâte de safran.

LA REINE :
Que voudras-tu en récompense ?

SERVITEUR :
La permission de tenir tes petits poings pareils à de tendres boutons de lotus,
de glisser des guirlandes de fleurs autour de tes poignets,
de teindre la plante de tes pieds du jus rouge des pétales d’ashoka,
et d’en ôter, d’un baiser, le grain de poussière qui pourrait y être resté.

LA REINE :
J’exauce ta prière, mon serviteur.
Tu seras le jardinier de mon jardin de fleurs.

(Rabindranath Tagore)

Illustration: Casimir Krakowiak

 

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BENEDICITE ROS DOMINO (Martial de Brives)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2019



BENEDICITE ROS DOMINO

Grains de Cristal, pures Rosées
Dont la Marjolaine et le Thym
Pendant leur fête du matin
Ont leurs Couronnes composées :
Liquides Perles d’Orient,
Pleurs du Ciel qui rendez riant
L’émail mourant de nos Prairies ;
Bénissez Dieu qui par les Pleurs
Redonne à nos Ames flétries
De leur éclat perdu les premières couleurs.

(Martial de Brives)

 

 

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Réponse (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2019


reve

 

Ce que je te suis te donne du doute?
Ma vie est à toi, si tu la veux, toute.
Et loin que je sois maître de tes voeux,
C’est toi qui conduis mon rêve où tu veux.

Avec la beauté du ciel, en toi vibre
Un rythme fatal; car mon âme libre
Passe de la joie aux âpres soucis
Selon que le veut l’arc de tes sourcils.

Que j’aye ton coeur ou que tu me l’ôtes,
Je te bénirai dans des rimes hautes,
Je me souviendrai qu’un jour je te plus
Et que je n’ai rien à vouloir de plus.

(Charles Cros)

 

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Le Luxembourg (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



 

Le Luxembourg

À Béranger.

Jardin si beau devenu sombre,
Tes fleurs attristent ma raison,
Qui, semblable au ramier dans l’ombre,
S’abat au toit de ta prison.
Mais à rêver j’ai passé l’heure ;
Vous qui nous épiez d’en bas,
Ce n’est qu’un pauvre oiseau qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

Au pied des barreaux formidables
Qui voilent des parents perdus,
Comme en des songes lamentables,
De longs sanglots sont entendus.
Grâce aux sanglots qui bravent l’heure !
Vous qu’ils ont irrité là-bas,
Ce n’est qu’un faible enfant qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

Partout les lampes sont éteintes,
Les bruits des verroux et des fers
Sont étouffés comme les plaintes
De ces silencieux enfers.
Plus morne et plus lente que l’heure,
A genoux, qui donc est là-bas ?
Ce n’est qu’une femme qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

Sous l’oeil rouge du réverbère,
Quel est cet objet palpitant,
Près du guichet mordant la terre,
D’âme et de pitié haletant,
Sourd au cri de l’homme et de l’heure ? …
Vous qui le menacez d’en bas,
Ce n’est qu’un pauvre chien qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

Paix ! Voici qu’on ouvre une porte :
C’est la mort traînant ses couleurs,
Et l’humble bière qu’on emporte,
Brise en passant de pâles fleurs.
Quand du rebelle a frappé l’heure,
Qui donc ose bénir tout bas ?
Ce n’est qu’un vieux prêtre qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration

 

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Anecdote (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2019


Dans l’étang,
C’était toi.

C’était en toi,
L’étang.

C’était nous deux, ce rire
Dans le chemin bordé de ronces.
Et nos mains réunies, c’était beaucoup de sève,
Et nos regards d’envahisseurs,
C’était le noir vers l’ouverture,
C’était le minéral ennuyé de sa masse
Qui se veut liane dans l’espace.

Nous deux dans l’herbe
Avec la terre, avec le ciel,
C’était l’espoir
De tous les autres dans le vent.

Ce que nous fîmes,
C’était gagné pour tous.

Et c’est bénis par l’air au nom de ce qu’il touche
Que le chemin nous a repris.

(Guillevic)

Illustration: Vladimir Kush

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Les cris jaune pâle des fous de Bassan (Judith Pointejour)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2019



 

Jocelyn Rochefort Simard  fou-de-bassan

Les cris jaune pâle des fous de Bassan
me vieillissent de mille ans
et à chaque résistance
l’ondulation
de chacun de leurs vols
bénit la terre
et bâtit le temple
de la Fascination

(Judith Pointejour)

Illustration: Jocelyn Rochefort Simard

 

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Loin de moi cet amour (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Illustration
    
Loin de moi cet amour qui ne connaît point de mesure;
car, pareil au vin écumant qui a rompu ses vaisseaux,
il court à sa perte en un instant.

Envoie-moi l’amour, frais et pur comme la pluie,
qui bénit la terre altérée et remplit les jarres d’argile de la maison.

Envoie-moi l’amour qui voudrait s’abîmer jusqu’au fond de l’être,
et de là jaillir en une sève invisible, à travers les branches de l’arbre de vie,
donnant le jour aux fruits et aux fleurs.

Envoie-moi l’amour
qui retient le coeur
dans une plénitude de paix.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: La corbeille de fruits
Traduction: Hélène du Pasquier
Editions: Gallimard

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BENEDICITE NIVES (Martial de Brives)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



BENEDICITE NIVES

Belle soie au Ciel raffinée,
Neige dont l’air se déchargeant
Comme d’une toison d’argent
Rend la campagne couronnée :
Blanc du Ciel par qui sont couverts
Les lieux qui soulaient être verts,
Tremblant albâtre de nos plaines ;
Bénissez l’auguste Grandeur
Du Juge des grandeurs Humaines,
Qui veut qu’on le bénisse en esprit de Candeur.

(Martial de Brives)

Illustration

 

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Quoique tu fasses (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Quoique tu fasses
N’est-ce pas dénudé que tu entreras dans sa nuit
N’est-ce pas grain de sable que tu fouleras
L’infini de son désert
N’est-ce pas germe enfoui
Qu’un jour tu porteras sa promesse de fruits

Alors sois léger
Demeure dans ce rien
Bénis la caresse de l’absence
Accueille en toi l’étincelle
Deviens cet infini
Laisse faire le souffle

Fais pour de bon dès aujourd’hui
Le jeu de la lumière

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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La caverne (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2018


 

La caverne me protège de la douleur;
Dans ses flancs, j’ignore la peur;
Hors de ses murs obscurs, je meurs,
Hors de son toit ailé
Aucun lieu ne me recouvre.
Ses bruits résonnent comme des cloches,
Mais quand ils cessent, d’autres sons
Reviennent, plus tristes et plus secrets.
Ange, descends.
Aucune caverne dans l’air
Ne t’abrite,
Aucune rivière ne te purifie,
Aucune vague ne bénit ton pied.
Caverne, mon Jourdain,
Son silence est un charme argenté,
Ange, je porte ma rivière autour de mon cou,
Ma caverne est ceci et cela,
Mais elle m’éloigne du vent
Et me rassure.

(Dylan Thomas)

 

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