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Poésie

Posts Tagged ‘bénir’

Je n’appelle, ni ne pleure (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



Illustration: Jacques Muller
    
Je n’appelle, ni ne pleure, ni ne regrette rien,
tout passe comme brume de pommiers en fleurs.
Miné désormais par l’or de défloraison
je ne connaîtrai plus la jeunesse.

Tu ne battras plus comme avant
désormais, coeur transi,
plus ne t’incitera à flâner pieds nus
la terre du bouleau et du calicot.

Esprit follet qui attisa mes lèvres
comme tu te fais rare, rare aujourd’hui.
Flots d’émotion, pétulance du regard,
ô ma fraîcheur d’âme perdue.

De désirs même je deviens avare.
Ma vie ! Ou ne fut-ce qu’un songe ?
Comme si par un bruissant matin de printemps
j’eusse passé au galop sur un destrier rose.

Tous en ce monde, tous sont périssables,
lentement s’écoule le cuivre de l’érable…
Béni sois-tu néanmoins dans les siècles
toi qui es venu éclore et mourir.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence
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LES POETES (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018


 


 

Henri Fantin-Latour  [1280x768]

LES POETES

Ce sont de drôl’s de typ’s qui vivent de leur plume
Ou qui ne vivent pas c’est selon la saison
Ce sont de drôl’s de typ’s qui traversent la brume
Avec des pas d’oiseaux sous l’aile des chansons

Leur âme est en carafe sous les ponts de la Seine
Les sous dans les bouquins qu’ils n’ont jamais vendus
Leur femme est quelque part au bout d’une rengaine
Qui nous parle d’amour et de fruit défendu

Ils mettent des couleurs sur le gris des pavés
Quand ils marchent dessus ils se croient sur la mer
Ils mettent des rubans autour de l’alphabet
Et sortent dans la rue leurs mots pour prendre l’air

Ils ont des chiens parfois compagnons de misère
Et qui lèchent leurs mains de plume et d’amitié
Avec dans le museau la fidèle lumière
Qui les conduit vers les pays d’absurdité

Ce sont des drôl’s de typ’s qui regardent les fleurs
Et qui voient dans leurs plis des sourires de femme
Ce sont de drôl’s de typ’s qui chantent le malheur
Sur les pianos du cœur et les violons de l’âme

Leurs bras tout déplumés se souviennent des ailes
Que la littérature accrochera plus tard
A leur spectre gelé au-dessus des poubelles
Où remourront leurs vers comme un effet de l’Art

Ils marchent dans l’azur la tête dans les villes
Et savent s’arrêter pour bénir les chevaux
Ils marchent dans l’horreur la tête dans des îles
Où n’abordent jamais les âmes des bourreaux

Ils ont des paradis que l’on dit d’artifice
Et l’on met en prison leurs quatrains de dix sous
Comme si l’on mettait aux fers un édifice
Sous prétexte que les bourgeois sont dans l’égout …

(Léo Ferré)

Illustration: Henri Fantin-Latour

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L’ATTENTE (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Jeanie Tomanek surrender [1280x768]

L’ATTENTE

C’est l’heure où, par mon âme en silence implorée,
Ton âme est attirée.
Quand tes pas font trembler ma vie et les roseaux,
Quand tout est calme aux cieux, sur la terre et les eaux
On dirait que tout prend une âme sur la terre,
Pour bénir avec moi cette nuit de mystère,
Pour aimer comme toi, pour chercher ses amours,
Pour respirer l’air pur qui rafraîchit nos jours
Et goûter, avec nous, cette nuit qu’il faut taire.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Au soir (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



Au soir

Il y avait au jardin une musique
D’une tristesse inexprimable.
Fraîche et vive l’odeur de la mer
Sur le plat d’huîtres dans la glace.

Il m’a dit: «Je suis un ami sûr!»
Et il a touché ma robe…
Comme le contact de cette main
Ressemble peu à une étreinte.

C’est une caresse pour un chat, pour un oiseau…
Un regard pour une élégante cavalière…
Il n’y a qu’un rire dans ces yeux calmes,
Sous l’or léger des cils.

Et les voix des violons douloureux
Chantent dans la fumée qui s’épand:
«Bénis le Ciel : pour la première fois,
Tu es seule avec ton amour.»

(Anna Akhmatova)

Illustration: Rosana de Paula-Cessac

 

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Si grand fut mon bonheur (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2018



 

Ma cinquantième année avait passé,
J’étais assis, solitaire comme je suis,
Dans un salon de thé encombré à Londres.
Un livre ouvert, une tasse vide
Sur la tablette de marbre.

Et comme je regardais la salle, la rue,
D’un coup mon corps s’embrasa,
Et pendant vingt minutes, à peu près,
Il me parut, si grand fut mon bonheur,
Que j’étais béni et pouvais bénir.

***

My fiftieth year had come and gone,
I sat, a solitary man,
In a crowded London shop,
An open book and empty cup
On the marble table-top.

While on the shop and street I gazed
My body of a sudden blazed;
And twenty minutes more or less
It seemed, so great my happiness,
That I was blessed and could bless.

(William Butler Yeats)

Illustration: Leonid Afremov

 

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LA MORT D’UN CHÊNE (Victor de Laprade)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



 

Caspar David Friedrich  chene_neige

LA MORT D’UN CHÊNE
[…]

Ne penche plus ton front sur les choses qui meurent ;
Tourne au levant tes yeux, ton coeur à l’avenir.
Les arbres sont tombés, mais les germes demeurent ;
Tends sur ceux qui naîtront tes bras pour les bénir.

Poète aux longs regards, vois les races futures,
Vois ces bois merveilleux à l’horizon éclos ;
Dans ton sein prophétique écoute les murmures ,
Écoute ! au lieu d’un bruit de fer et de sanglots,

Sur des coteaux baignés par des clartés sereines,
Où des peuples joyeux semblent se reposer,
Sous les chênes émus, les hêtres et les frênes,
On dirait qu’on entend un immense baiser.

(Victor de Laprade)

Illustration: Caspar David Friedrich

 

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Notre parole a-t-elle assez de soir (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
notre parole a-t-elle assez de soir
pour apprendre les cris retenus
des lieux accablés de durée
le silence toujours en partance
sur les couleurs pose un dernier glacis
une seule gorgée nous enivre
au bord des larmes se risque le sourire
les mains prononcent leurs voeux
définitif l’air bénit

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Joies escarpées
Traduction:
Editions: Obsidiane

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L’ÂGE D’OR (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2018



Illustration: Chaude Diy
    
L’ÂGE D’OR

Saison des feux des perles
Et mon amour en moi
Comme un arbre

O chair tracée à coups de fouet
Un jour
Les liens du sang défaits
Sauvée
Dans ta beauté de marbre

Mais tu vivras toujours dans ces lèvres qui chantent
Dans ces mains
Dans ces yeux tranquilles que je plante
Bien haut
Dans ceux de mon ami

Tu vivras
Soulevée de rayons et de lames
O chair
Et je dirai en caressant mes mains
Que soient bénis mes lendemains
Puisque j’ai pu sauver mes larmes.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Voici que le silence a les seules paroles (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



    

Voici que le silence a les seules paroles
Qu’on puisse, près de vous, dire sans vous blesser ;
Laissons pleuvoir sur vous les larmes des corolles ;
Il ne faut que sourire à ce qui doit passer.

À l’heure où fatigués nous déposons nos rôles,
Au même lit secret les dormeurs vont glisser ;
Par chaque doigt tremblant des herbes qui nous frôlent,
Vous pouvez me bénir et moi vous caresser.

C’est à votre douceur que mon sentier m’amène.
De ce sol lentement imprégné d’âme humaine,
L’oubli, lent jardinier, extirpe les remords.

L’impérissable amour erre de veine en veine ;
Je ne veux pas troubler par une plainte vaine
L’éternel rendez-vous de la terre et des morts.

(Marguerite Yourcenar)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

Recueil: Les Charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: La Flûte enchantée

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CANTILÈNE (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
CANTILÈNE

les doigts fuyants de la lumière
chaque jour tentent de nous apprendre
les rudiments du vrai deuil

vous mes muettes condisciples
tant usées que vous devenez pieuses
choses fêlées passées dépareillées
vous me devancez d’un souffle
pour savoir et pour oublier

qui fera boire les verres qui se brisent
crier la voix qui se manque

un soir tout juste un peu plus sombre
le silence aux yeux en amande
viendra vers notre amour sans geste
bénir en nous l’enfance errante
avec un léger tremblement

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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