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VISITE NOCTURNE (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2018



 

VISITE NOCTURNE
Rio, décembre 1947

On a frappé à ma porte,
Je fus ouvrir, nul ne vis.
Est-ce l’âme de la morte ?

Aucun ne vis, mais quelqu’un
Entra dans la chambre vide
La chambre aussitôt changea.
Je me couchai dans le lit,
Près du lit quelqu’un s’assit.

Est-ce l’âme de la morte ?
Morte ? Innocence ? Ou l’enfance ?
Ou les projets avortés,
Ou ce qui fut et n’est plus ?

Bénite soit qui revint!
Trois fois bénite la morte,
Qui qu’elle soit, cette morte
Qui a frappé à ma porte.

(Manuel Bandeira)

Illustration: Jean Charles Nicaise Perrin

 

 

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LE BON SOUVENIR (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017



LE BON SOUVENIR

Je n’oublierai jamais ton premier mot d’amour,
Quoi qu’il m’en ait coûté d’en avoir fait ma bible.
Aux regrets, aux remords, je saurai rester sourd.
Je ne penserai pas à ce qui fut terrible,
Mais à ce qui fut doux, n’aurait-ce été qu’un jour.

Je n’oublierai jamais ta caresse première.
Ni le mal enduré, ni le temps, ni l’oubli
N’en terniront la pure et lointaine lumière.
Au livre de mon sort j’ai fait un large pli
Pour y mettre le cœur de ma rose trémière.

Je n’oublierai jamais notre premier printemps,
Lorsque le ciel, le bois, le soleil qui se couche,
Tout me parut plus beau dans tes yeux éclatants,
Lorsque je buvais l’air au sortir de ta bouche.
Je n’oublierai jamais, quand je vivrais cent ans.

Les oiseaux se grisaient au suc d’or des corolles ;
Mille chansons dansaient avec mille couleurs.
Car, rien que pour avoir écouté nos paroles,
Les oiseaux étaient fous, folles étaient les fleurs.
Nos paroles, hélas ! étaient encor plus folles.

Nous étions à cette heure absurde qu’on bénit,
Où l’on croit que tout passe et que l’amour demeure.
Où l’on arrange son avenir comme un nid.
Pauvres, pauvres enfants, nous étions à cette heure
Où l’on commence avec ce mot : Rien ne finit.

Mais non ! je ne veux pas réveiller ma rancune,
O ma maîtresse, ô ma bien-aimée, ô ma sœur !
Des souffrances d’antan je n’en irrite aucune.
Je veux me rappeler seulement la douceur
De tes baisers pareils à des baisers de lune.

Je veux me rappeler aussi ton corps divin,
Ton corps que mes désirs avaient pris pour leur crèche.
Le parfum de ta peau plus capiteux qu’un vin.
Les effluves troublants de ta gorge si fraîche,
Et notre lit fougueux creusé comme un ravin.

Je veux me rappeler. Je veux souvent descendre
Au plus profond de mon souvenir adoré.
Et quand je serai vieux, laid, froid, tel qu’un Gassandre,
Au feu de mon avril je me réchaufferai,
Car je saurai toujours le trouver sous la cendre.

Quand l’hiver et la mort viendront dans ma maison,
Je me rappellerai notre saison première.
Je n’aurai qu’à souffler sur le dernier tison
Pour emplir ma pensée et mon cœur de lumière,
Et pour mourir en paix dans un clair horizon.

(Jean Richepin)

Illustration: Alain DENEFLE

 

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