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Posts Tagged ‘bénitier’

Le bénitier (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019




Le bénitier

Tu es semblable au bénitier
qui bâille à l’ombre dans l’abside
chacun sa main vient y tremper
salue la croix et sort placide.

(Armand Lanoux)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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Sérénade (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



Sérénade

Les musiciens.

Le soir a tendu ses voiles.
Éveillons, à petit bruit,
La plus blanche des étoiles
Qui manque au front de la nuit.

Un chanteur.

J’ai dans mon cœur une belle
Que j’adore nuit et jour ;

Une lampe est devant elle,
La lampe de mon amour !

Dans cette chapelle austère
Que desservent mes douleurs,
Tous mes rêves sont à terre,
Effeuillés comme des fleurs.

La détresse, en cape noire,
Tient, goutte à goutte amassés
Dans un bénitier d’ivoire,
Tous les pleurs que j’ai versés !

Le seul encensoir qui fume
À l’autel silencieux,
C’est mon âme qui s’allume
Sous le rayon de tes yeux.

Apaise enfin ta colère,
Toi que Dieu fit pour charmer ;
Va, c’est un crime de plaire
Quand on ne veut pas aimer !

Les musiciens.

Le soir a tendu ses voiles,
Éveillons, à petit bruit,
La plus blanche des étoiles
Qui manque au front de la nuit.

(Louis Bouilhet)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Mots de plume (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018




    
Mots de plume

J’aime d’amour léger
la tourterelle,
la grâce et la tristesse de son chant.

Toute la nuit, il s’égosille
dans le verger,
le merle fou.

Sur le toit luisant de pluie
trois pigeons noirs
immobiles.

Sur la prairie,
danse aérienne:
deux papillons énamourés.

La sorcière prophétise
que si le coq chante à minuit
c’est que la terre va trembler.

Plus que le bénitier
elle aime mon rosier,
la bête à bon Dieu.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Plouf plouf et replouf (Muriel Carminati)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018




    
Plouf plouf et replouf
elles évoluent gaiement
tout à leur caprice
grenouilles de bénitier
surtout pas coassent-elles

(Muriel Carminati)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Cahiers de Poésie Verte
Traduction:
Editions: Friches

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L’église (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2015



L’église

Simone, je veux bien. Les bruits du soir
Sont doux comme un cantique chanté par des enfants.
L’église obscure ressemble à un vieux manoir ;
Les roses ont une odeur grave d’amour et d’encens.

Je veux bien, nous irons lentement et bien sages,
Salués par les gens qui reviennent des foins ;
J’ouvrirai la barrière d’avance à ton passage,
Et le chien nous suivra longtemps d’un œil chagrin.

Pendant que tu prieras, je songerai aux hommes
Qui ont bâti ces murailles, le clocher, la tour,
La lourde nef pareille à une bête de somme
Chargée du poids de nos péchés de tous les jours ;

Aux hommes qui ont taillé les pierres du portail
Et qui ont mis sous le porche un grand bénitier ;
Aux hommes qui ont peint des rois sur le vitrail
Et un petit enfant qui dort chez un fermier.

Je songerai aux hommes qui ont forgé la croix,
Le coq, les gonds et les ferrures de la porte ;
À ceux qui ont sculpté la belle sainte en bois
Qui est représentée les mains jointes et morte.

Je songerai à ceux qui ont fondu le bronze
Des cloches où l’on jetait un petit agneau d’or,
A ceux qui ont creusé, en l’an mil deux cent onze,
Le caveau où repose saint Roch, comme un trésor ;

À ceux qui ont tissé la tunique de lin
Pendue sous un rideau à gauche de l’autel ;
À ceux qui ont chanté au livre du lutrin ;
À ceux qui ont doré les fermoirs du missel.

Je songerai aux mains qui ont touché l’hostie,
Aux mains qui ont béni et qui ont baptisé ;
Je songerai aux bagues, aux cierges, aux agonies ;
Je songerai aux yeux des femmes qui ont pleuré.

Je songerai aussi aux morts du cimetière,
A ceux qui ne sont plus que de l’herbe et des fleurs,
À ceux dont les noms se lisent encore sur les pierres,
À la croix qui les garde jusqu’à la dernière heure.

Quand nous reviendrons, Simone, il sera nuit close ;
Nous aurons l’air de fantômes sous les sapins,
Nous penserons à Dieu, à nous, à bien des choses,
Au chien qui nous attend, aux roses du jardin.

(Remy de Gourmont)

 

 

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Que j’aime à voir, dans la vallée désolée (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2015



Stances

Que j’aime à voir, dans la vallée
Désolée,
Se lever comme un mausolée
Les quatre ailes d’un noir moutier!
Que j’aime à voir, près de l’austère
Monastère,
Au seuil du baron feudataire,
La croix blanche et le bénitier!

Vous, des antiques Pyrénées
Les aînées,
Vieilles églises décharnées,
Maigres et tristes monuments,
Vous que le temps n’a pu dissoudre,
Ni la foudre,
De quelques grands monts mis en poudre
N’êtes-vous pas les ossements?

J’aime vos tours à tête grise,
Où se brise
L’éclair qui passe avec la brise,
J’aime vos profonds escaliers
Qui, tournoyant dans les entrailles
Des murailles,
A l’hymne éclatant des ouailles
Font répondre tous les piliers!

Oh! lorsque l’ouragan qui gagne
La campagne,
Prend par les cheveux la montagne,
Que le temps d’automne jaunit,
Que j’aime, dans le bois qui crie
Et se plie,
Les vieux clochers de l’abbaye,
Comme deux arbres de granit!

Que j’aime à voir, dans les vesprées
Empourprées,
Jaillir en veines diaprées
Les rosaces d’or des couvents!
Oh! que j’aime, aux voûtes gothiques
Des portiques,
Les vieux saints de pierre athlétiques
Priant tout bas pour les vivants!

(Alfred de Musset)

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Cris d’aveugle (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2015



 

Jules Bastien Lepage -

Cris d’aveugle

L’oeil tué n’est pas mort
Un coin le fend encor
Encloué je suis sans cercueil
On m’a planté le clou dans l’oeil
L’oeil cloué n’est pas mort
Et le coin entre encor

Deus misericors
Deus misericors
Le marteau bat ma tête en bois
Le marteau qui ferra la croix
Deus misericors
Deus misericors

Les oiseaux croque-morts
Ont donc peur à mon corps
Mon Golgotha n’est pas fini
Lamma lamna sabacthani
Colombes de la Mort
Soiffez après mon corps

Rouge comme un sabord
La plaie est sur le bord
Comme la gencive bavant
D’une vieille qui rit sans dent
La plaie est sur le bord
Rouge comme un sabord

Je vois des cercles d’or
Le soleil blanc me mord
J’ai deux trous percés par un fer
Rougi dans la forge d’enfer
Je vois un cercle d’or
Le feu d’en haut me mord

Dans la moelle se tord
Une larme qui sort
Je vois dedans le paradis
Miserere, De profundis
Dans mon crâne se tord
Du soufre en pleur qui sort

Bienheureux le bon mort
Le mort sauvé qui dort
Heureux les martyrs, les élus
Avec la Vierge et son Jésus
O bienheureux le mort
Le mort jugé qui dort

Un Chevalier dehors
Repose sans remords
Dans le cimetière bénit
Dans sa sieste de granit
L’homme en pierre dehors
A deux yeux sans remords

Ho je vous sens encor
Landes jaunes d’Armor
Je sens mon rosaire à mes doigts
Et le Christ en os sur le bois
A toi je baye encor
O ciel défunt d’Armor

Pardon de prier fort
Seigneur si c’est le sort
Mes yeux, deux bénitiers ardents
Le diable a mis ses doigts dedans
Pardon de crier fort
Seigneur contre le sort

J’entends le vent du nord
Qui bugle comme un cor
C’est l’hallali des trépassés
J’aboie après mon tour assez
J’entends le vent du nord
J’entends le glas du cor

(Tristan Corbière)

Illustration: Jules Bastien Lepage

 

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