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Tous les fous font leurs affaires (Ernesto Calzavara)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2019



 

Charley Harper limb

« Tous les fous font leurs affaires. »
Et les chats ? Où? On ne sait.
Mais sur le toit de la maison,
nuit et jour ils reniflent
les antennes, les appuis de fenêtres, les béquilles
qui soutiennent l’opinion des non-chats,
la « télé » avec ses paroles et les faits
des non-chats
qui fait pêcher des poissons sur terre
et des merles dans l’eau.
Mais il n’importe de comprendre,
Il suffit de dire, de regarder et de copier.
Par les rues et par les cinémas eux-mêmes
errent belletés et beautés
avec «la livrée de l’empereur ».
Il semble que de cette manière cette manière
avec l’esprit pur
d’une maison de cure,
fissures, murs
ils murissent.

(Ernesto Calzavara)

Illustration: Charley Harper

 

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NUITS (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2018



Illustration
    
NUITS

Des nuits parfois sont mornes.

Les jardins n’ont plus d’odeur
Il n’est plus de frisson aux feuilles
Le ciel bas est plus rouge entre tant de portiques
Les places sont hantées de spectrales statues
Qui passe en vain s’y hâte.

Des nuits s’appesantissent à l’égal de nos jours.

Nuits d’une vieille ville
Trop vieille
Sans oiseaux sans licornes
Sans cavaliers ni dames folles
Ni faons blessés ni biches ni loups-cerviers
Ni sang frais sur les murs des palais ancestraux.

Les jeux de mains les jeux de mots sont feux
Jeux de mots jeux de mains où l’amour s’égarait
Parmi les cascades les lucioles les pierreries
La mousse des dentelles rompues
Les écharpes de soie jetées sur des yeux fiers
Les rires sous les pluies de pétales.

Nuits comme un théâtre de velours défunt
Où s’exaltent nos souvenirs diminués.

Matins étayés de béquilles.

Il reste un goût de cendre et de pourri
Un goût de fleurs croupies d’eaux fanées
Ce goût d’être déçu qui nous plaît plus que tout.

(André Pieyre de Mandiargues)

 

Recueil: L’âge de craie suivi de Dans les années sordides Astyanax et Le Point où j’en suis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Mes souliers sont troués (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

faucon femme

(…)

Mes souliers
sont troués
Mes béquilles
souillées de boue
Je regarde passer le corbillard
qui emporte
tout ce que je n’ai pas vécu

Je serai seule
à mourir
avec sous le lit
mes souliers déroutés

Je t’aime
parce que ton amour
inventé pour voler
est un faucon
qui s’est posé
sur mon poing

(…)

(Anise Koltz)

 

 

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DES MOTS AMOUR (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017




    
DES MOTS AMOUR

Erreur

Charger les mots de dire l’amour
Tant ils sont boiteux étroits
Pris dans la moisissure de l’habitude
Usés dans la pâleur masquée

L’amour est ou n’est pas

Pas besoin de béquilles
Ni d’échelle pour monter au ciel
Une lumière aveuglante
Dans le sillage du silence élu
Une page blanche où le poème s’imprime
Amour sans annonce
Pudique comme un crime
Évident comme une nuit encombrée d’étoiles
Une belle nuit sans sommeil
Où nous sommes ce que nous sommes
Fragiles et abîmés
Espérant espérés
Vivants

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

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César Vallejo (Miguel Espejo)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2016



poeta_vallejo

César Vallejo

Si je pouvais disposer d’un jour
– ou du moins de quelques heures –
pour courir derrière les morts
j’aurais la force et l’illusion
d’écrire enfin un vrai poème :
du pain dans la bouche de l’affamé
une béquille pour le boiteux désemparé
et le tambourinement incessant des pas
sur les ruelles désertes et graves,
où pas un ivrogne ne profère des imprécations en vain
ne lance ses insultes comme des crachats vers le ciel
vers son visage léché d’étoiles
semblable aux bâtiments désolés
et aux villes abandonnées
aux chemins insondables qui piègent les rêves,
les larmes, les espoirs et l’ombre des corps,
et les entraînent vers un éblouissant trou noir.

(Miguel Espejo)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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