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Placet futile (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



Placet futile

Princesse! à jalouser le destin d’une Hébé
Qui poind sur cette tasse au baiser de vos lèvres,
J’use mes feux mais n’ai rang discret que d’abbé
Et ne figurerai même nu sur le Sèvres.

Comme je ne suis pas ton bichon embarbé,
Ni la pastille ni du rouge, ni jeux mièvres
Et que sur moi je sais ton regard clos tombé,
Blonde dont les coiffeurs divins sont des orfèvres!

Nommez-nous… toi de qui tant de ris framboisés
Se joignent en troupeau d’agneaux apprivoisés
Chez tous broutant les voeux et bêlant aux délires,

Nommez-nous… pour qu’Amour ailé d’un éventail
M’y peigne flûte aux doigts endormant ce bercail,
Princesse, nommez-nous berger de vos sourires.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Auguste Toulmouche

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Je porte en moi (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Dédicace
Pour Henri

Je porte en moi, parmi des clartés de vitrail,
Des fleuves étalés, des cités fulgurantes,
Des bouleaux d’argent pur, des prés de frais émail,
Des jardins constellés de lys et d’amaranthes.

Je nourris des dragons en de lointains bercails;
Mais rien ne transparaît du rêve qui me hante;
Je suis ce manuscrit fleuri d’absurdes plantes
Qui recèle à l’abri de mon double fermail,

– Magique parchemin et dont la garde est vierge,
Que nul doigt n’effleura sous sa gaine de serge, –
Des psaumes exaltés et d’amoureux cantiques.

A toi, j’offre aujourd’hui les cités, les chimères,
Le vitrail d’or liquide et le livre mystique
Où repose mon coeur comme en un reliquaire.

(Marie Dauguet)

Illustration: Guy Baron

 

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PLACET FUTILE (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



 

Anne-Marie Zilberman (10)

PLACET FUTILE

Princesse ! à jalouser le destin d’une Hébé
Qui poind sur cette tasse au baiser de vos lèvres,
J’use mes feux mais n’ai rang discret que d’abbé
Et ne figurerai même nu sur le sèvres.

Comme je ne suis pas ton bichon embarbé,
Ni la pastille ni du
rouge, ni Jeux mièvres
Et que sur moi je sais ton regard clos tombé,
Blonde dont les coiffeurs divins sont des orfèvres !

Nommez nous… toi de qui tant de ris framboisés
Se joignent en troupeau
d’agneaux apprivoisés
Chez tous broutant les voeux et bêlant aux délires,

Nommez nous… pour qu’Amour ailé d’un éventail
M’y peigne flûte aux doigts
endormant ce bercail,
Princesse, nommez nous berger de vos sourires.

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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L’OARISTYS (André Chénier)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



Marcel Roux  Oaristys r7

 

L’OARISTYS

DAPHNIS.
Hélène daigna suivre un berger ravisseur
Berger comme Pâris, j’embrasse mon Hélène.

NAÏS.
C’est trop t’enorgueillir d’une faveur si vaine.

DAPHNIS.
Ah ! ces baisers si vains ne sont pas sans douceur.

NAÏS.
Tiens ; ma bouche essuyée en a perdu la trace.

DAPHNIS.
Eh bien ! d’autres baisers en vont prendre la place,

NAÏS.
Adresse ailleurs ces voeux dont l’ardeur me poursuit :
Va, respecte une vierge.

DAPHNIS.
Imprudente bergère,
Ta jeunesse te flatte ; ah ! n’en sois point si fière :
Comme un songe insensible elle s’évanouit.

NAÏS.
Chaque âge a ses honneurs, et la saison dernière
Aux fleurs de l’oranger fait succéder son fruit.

DAPHNIS.
Viens sous ces oliviers ; j’ai beaucoup à te dire.

NAÏS.
Non ; déjà tes discours ont voulu me tenter.

DAPHNIS.
Suis-moi. sous ces ormeaux ; viens de grâce écouter
Les sons harmonieux que ma flûte respire :
J’ai fait pour toi des airs, je te les veux chanter ;
Déjà tout le vallon aime à les répéter.

NAÏS.
Va, tes airs langoureux ne sauraient me séduire.

DAPHNIS.
Eh quoi ! seule à Vénus penses-tu résister ?

NAÏS.
Je suis chère à Diane ; elle me favorise.

DAPHNIS.
Vénus a des liens qu’aucun pouvoir ne brise.

NAÏS.
Diane saura bien me les faire éviter.
Berger, retiens ta main… ; berger, crains ma colère.

DAPHNIS.
Quoi ! tu veux fuir. l’amour ! l’amour à qui jamais
Le coeur d’une beauté ne pourra se soustraire ?

NAÏS.
Oui, je veux le braver… Ah !… si je te suis chère…
Berger…, retiens ta main…, laisse mon voile en paix.

DAPHNIS.
Toi-même, hélas ! bientôt livreras ces attraits
A quelque autre berger bien moins digne de plaire.

NAÏS.
Beaucoup m’ont demandée, et leurs désirs confus
N’obtinrent, avant toi, qu’un refus pour salaire.

DAPHNIS.
Et je ne dois comme eux attendre qu’un refus.

NAÏS.
Hélas ! l’hymen aussi n’est qu’une loi de peine ;
Il n’apporte, dit-on, qu’ennuis et que douleurs.

DAPHNIS.
On ne te l’a dépeint que de fausses couleurs :
Les danses et les jeux, voilà ce qu’il amène.

NAÏS.
Une femme est esclave.

DAPHNIS.
Ah ! plutôt elle est reine.

NAÏS.
Tremble près d’un époux et n’ose lui parler.

DAPHNIS.
Eh ! devant qui ton sexe est-il fait pour trembler ?

NAÏS.
A des travaux affreux Lucine nous condamne.

DAPHNIS.
Il est bien doux alors d’être chère à Diane.

NAÏS.
Quelle beauté survit à ces rudes combats ?

DAPHNIS.
Une mère y recueille une beauté nouvelle :
Des enfants adorés feront tous tes appas ;
Tu brilleras en eux d’une splendeur plus belle.

NAÏS.
Mais, tes voeux écoutés, quel en serait le prix ?

DAPHNIS.
Tout : mes troupeaux, mes bois et ma belle prairie ;
Un jardin grand et riche, une maison jolie,
Un bercail spacieux pour tes chères brebis ;
Enfin, tu me diras ce qui pourra te plaire ;
Je jure de quitter tout pour te satisfaire :
Tout pour toi sera fait aussitôt qu’entrepris.

NAÏS.
Mon père…

DAPHNIS.
Oh ! s’il n’est plus que lui qui te retienne,
Il approuvera tout dès qu’il saura mon nom.

NAÏS.
Quelquefois il suffit que le nom seul prévienne :
Quel est ton nom ?

DAPHNIS.
Daphnis ; mon père est Palémon.

NAÏS.
Il est vrai : ta famille est égale à la mienne.

DAPHNIS.
Rien n’éloigne donc plus cette douce union.

NAÏS.
Montre-les moi ces bois qui seront mon partage.

DAPHNIS.
Viens ;. c’est à ces cyprès de leurs fleurs couronnés.

NAÏS.
Restez chères brebis ; restez sous cet ombrage.

DAPHNIS.
Taureaux, paissez en paix ; à celle qui m’engage
Je vais montrer les biens qui lui sont destinés.

NAÏS.
Satyre, que fais-tu ? Quoi ! ta main ose encore…

DAPHNIS.
Eh ! laisse-moi toucher ces fruits délicieux…
Et ce jeune duvet…

NAÏS.
Berger…, au nom des dieux…
Ah !… je tremble…

DAPHNIS.
Et pourquoi ? que crains-tu ? Je t’adore.
Viens.

NAÏS.
Non ; arrête… Vois, cet humide gazon
Va souiller ma tunique, et je serais perdue ;
Mon père le verrait.

DAPHNIS.
Sur la terre étendue
Saura te garantir cette épaisse toison.

NAÏS.
Dieux ! quel est ton dessein ? Tu m’ôtes ma ceinture.

DAPHNIS.
C’est un don pour Vénus ! vois, son astre nous luit.

NAÏS.
Attends… ; si quelqu’un vient… Ah dieux ! j’entends du bruit.

DAPHNIS.
C’est ce bois qui de joie et s’agite et murmure.

NAÏS.
Tu déchires mon voile !… Où me cacher ! Hélas !
Me voilà nue ! où fuir !

DAPHNIS.
A ton amant unie,
De plus riches habits couvriront tes appas.

NAÏS.
Tu promets maintenant… Tu préviens mon envie ;
Bientôt à mes regrets tu m’abandonneras.

DAPHNIS
Oh non ! jamais… Pourquoi, grands dieux ! ne puis-je pas
Te donner et mon sang, et mon ame, et ma vie.

NAÏS.
Ah… Daphnis ! je me meurs… Apaise ton courroux,
Diane.

DAPHNIS.
Que crains-tu ? L’amour sera pour nous.

NAÏS.
Ah ! méchant, qu’as-tu fait ?

DAPHNIS.
J’ai signé ma promesse.

NAÏS.
J’entrai fille en ce bois, et chère à ma déesse.

DAPHNIS.
Tu vas en sortir femme, et chère à ton époux.

(André Chénier)

Illustration! Marcel Roux

 

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Dompteuse (Adeline Baldacchino)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2016



Dompteuse

J’ai appris aujourd’hui
que quelque part dans le monde
des papillons buvaient
des larmes de tortue

Le ciel était couleur d’effroi
ce soir
l’écriture ne sert qu’à
dompter la peur

Il n’y a pas de lieu
ni pour jeter l’ancre aux étoiles
ni pour attendre le jour filant
pas de lieu pour ne pas errer

Ce qui demeure au final
du désir et de la sagesse
n’est que peu de chose
invisible dans le noir

Et je continuerai de boire
au bercail de la nuit
réfugiée dans le goutte à goutte
des songes.

(Adeline Baldacchino)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 Illustration

 

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Frimas (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2016




Frimas

De tous les esprits de la terre,
Il en est un dont il faut se méfier,
De tous les génies de la terre,
« Väterchen Frost », « Petit Père Gel »
Est le plus redouté:
Sous son aspect débonnaire,
Ce vieux rebelle
Peut vous tuer…

Petit Père, tu viens de loin,
Petit Père, pourquoi ne pas être resté dans ton coin?
Tu as quitté ta Russie natale,
Tu as quitté ta Russie glaciale,
Väterchen Frost, que vas-tu nous faire?
Väterchen Frost, parmi nous tu erres,
Et du haut des cimes,
Tu cherches tes victimes:
Minuscule oiseau gelé,
Clochard qui rêvait…

Petit Père, rentre au bercail!
Petit Père, rejoins le monde féérique,
Le monde mirifique
Des espaces enchantés…

(Mireille Gaglio)

 

 

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