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Poésie

Posts Tagged ‘berceur’

Le temps (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018



Illustration
    
Le temps

Les grappes jaunes des cytises
Le rouge-gorge aux gros oeufs bleus
La femme blonde aux robes roses
Et le soleil qui nous attise

La fine épine du clocher
La paume tendre du ciel berceur
Rauque le cri d’un remorqueur
Les amoureux rêvant couchés

Sur la pelouse des lueurs
Sur leurs épaules la fraîcheur
Questions Silence La peur.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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A TRAVERS LES BRANCHES (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2018



Illustration: Françoise Arbelot    
    
A TRAVERS LES BRANCHES

Quand je suis là
Quand je ne pense plus à refermer les bras
Quand l’âme trop longtemps polit sa feuille blanche
Quand je sens des oiseaux s’éveiller de mes hanches
Tu peux tout effacer
Si tu laisses les branches

Mais je vous porte en moi libres cités du feu
Trèfles couleur de sang
Vertus des gerbes chaudes
Chanvres liés à la nuque épaisse du dormeur

O végétal
O main fragile sur le coeur
Cri du coquelicot qui tourne dans l’étable
Espace traversé de strideurs
O ma table
Boiteuse dont le pied est un môle berceur
Le vent rumine au bord des marbres et des fleurs.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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En sourdine (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017



 Joseph Noel Paton -« Hesperus »

En sourdine

Calmes dans le demi-jour
Que les branches hautes font,
Pénétrons bien notre amour
De ce silence profond.

Fondons nos âmes, nos coeurs
Et nos sens extasiés,
Parmi les vagues langueurs
Des pins et des arbousiers.

Ferme les yeux à demi,
Croise tes bras sur ton sein,
Et de ton coeur endormi
Chasse à jamais tout dessein.

Laissons-nous persuader
Au souffle berceur et doux
Qui vient à tes pieds rider
Les ondes de gazon roux.

Et quand, solennel, le soir
Des chênes noirs tombera,
Voix de notre désespoir,
Le rossignol chantera.

(Paul Verlaine)

Illustration: Joseph Noel Paton

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Solitude (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: George Hunter
    
Solitude, viens me nourrir avec ton pain d’absence
et ton ivresse froide
toujours le vide devant moi et dans mes bras berceurs
c’est toi dont parlera le vent
d’où coulera le sang du rêve
d’où montera la trouble odeur de l’encrier.

J’ai vécu ma jeunesse longue
dans les cheveux de la folie
fouillant les lèvres de la nue
pour découvrir un feu qui brûle.

Les baisers seuls sont venus
que je guettais des chairs sans nombre
le lent cortège s’évanouit
des bien-aimées au cour de cendre.

J’ai vécu mon temps d’amour
avec un moi-même ennemi ;
où vont les mondes ? vers l’oubli
la foudre signe le ciel noir.

Les femmes belles d’être nues
dorment nouées à leur amant
dont le désir n’a plus de chant
et dont le but s’est perdu.

(Alain Borne)

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Clochers d’automne (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2017



Illustration: Stéphane Gauze
    
Clochers d’automne

Ce sont mes plus chers souvenirs
Que vos chansons d’amour évoquent.
Souvenirs d’une belle époque
Qui ne doit jamais revenir.

Sous le ciel noir,
Clochers d’automne,
Sonnez ce soir
Vos chansons monotones,
Clochers du soir,
Clochers d’automne et d’amour,
Sonnez toujours, sonnez toujours
Vos chants berceurs
Qui me rappellent
Les yeux pleins de douceur
Des filles belles,
Pleins de douceur,
Pleins de tristesse et d’amour.
Sonnez toujours, sonnez toujours.

Sonnez, sonnez, sonnez longtemps.
Clochers du soir, vos voix humaines
Sur les jours du passé promènent
Mon coeur, mon pauvre coeur d’antan.

Sous le ciel noir,
Clochers d’automne,
Sonnez ce soir
Vos chansons monotones,
Clochers du soir,
Clochers d’automne et d’amour,
Sonnez toujours, sonnez toujours
Vos chants berceurs
Qui me rappellent
Les yeux pleins de douceur
Des filles belles,
Pleins de douceur,
Pleins de tristesse et d’amour.
Sonnez toujours, sonnez toujours.

Sonnez pour mon amour éteint,
Clochers pleins de mélancolie.
Sonnez, sonnez pour ma folie.
Mon coeur a fini son destin.

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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ASSIÉGÉ (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration: Philippe Cognée
    

ASSIÉGÉ

Je construis un pilier titubant de mon sang
pour qu’il se tienne droit quand je descends la rue.
La chose est liquide, elle s’écoulera d’autant
plus rapidement si la colline est pentue.

Combien font des bonds périlleux ces fontaines
près desquelles je suis un voyageur téméraire !
Dans de maternelles ténèbres, Seigneur, je Te prie
garde ces sources qu’un doigt de soleil tarirait.

Est-ce l’écume subite qui fait du monde un globe,
une image jaillissant d’un ruisseau pourpré.
Mais que le cristal se brise, elle aurait alors
une qualité intemporelle, mais pas le rêve.

Il arrive que je sente l’île de moi-même
un mercure argenté qui glisse et court,
tournant en lui des miroirs qui se démènent
sous la pression d’un million de pouces.

Puis il faut cette nuit que je parte en quête d’un
inconnu hier que le voyant je reconnais,
dont le contact, expédient ou miracle,
me met la panique et coupe mon envolée.

Avant que le jour se lève je remonte la rue,
accompagné, jusqu’à un lieu berceur au-dessus.
Voilà que mes veines dans des cabanes pourpres
gardent les sauvages et sots passagers de l’amour.

Tout n’est pas perdu, disent-ils, tout n’est pas perdu,
mais avec le surprenant savoir des aveugles
leurs doigts flanchent de sentir un si fragile mur
supporter le siège de tout ce qui n’est pas moi !

***

THE SIEGE

I build a tottering pillar of my blood
to walk it upright on the tilting street.
The stuff is liquid, it would flow downhill
so very quickly if the hill were steep.

How perilously do these fountains leap
whose reckless voyager along am I!
In mothering darkness, Lord, I pray Thee keep
these springs a single touch of sun could dry.

It is the instant froth that globes the world,
an image gushing in a crimson stream.
But let the crystal break and there would be
the timeless quality but not the dream.

Sometimes I feel the island of my self
a silver mercury that slips and runs,
revolving frantic mirrors in itself
beneath the pressure of a million thumbs.

Then I must that night go in search of one
unknown before but recognized on sight
whose touch, expedient or miracle,
stays panic in me and arrests my flight.

Before day breaks I follow back the street,
companioned, to a rocking space above.
Now do my veins in crimson cabins keep
the wild and witless passengers of love.

All is not lost, they say, all is not lost,
but with the startling knowledge of the blind
their fingers flinch to feel such flimsy walls
against the siege of all that is not I!

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Lassitude (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



 

Koh Sang Woo 1978 - Korean photographer -   (6)

Lassitude

De la douceur, de la douceur, de la douceur!
Calme un peu ces transports fébriles, ma charmante.
Même au fort du déduit, parfois, vois-tu, l’amante
Doit avoir l’abandon paisible de la soeur.

Sois langoureuse, fais ta caresse endormante,
Bien égaux les soupirs et ton regard berceur.
Va, l’étreinte jalouse et le spasme obsesseur
Ne valent pas un long baiser, même qui mente!

Mais dans ton cher coeur d’or, me dis-tu, mon enfant,
La fauve passion va sonnant l’oliphant.
Laisse-la trompetter à son aise, la gueuse!

Mets ton front sur mon front et ta main dans ma main,
Et fais-moi des serments que tu rompras demain,
Et pleurons jusqu’au jour, ô petite fougueuse!

(Paul Verlaine)

Illustration: Koh Sang Woo

 

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DANS UN PAYS D’ENFANCE… (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



DANS UN PAYS D’ENFANCE…

Dans un pays d’enfance retrouvée en larmes,
Dans une ville de battements de coeur morts,
(De battements d’essor tout un berceur vacarme,
De battements d’ailes des oiseaux de la mort,
De clapotis d’ailes noires sur l’eau de mort).
Dans un passé hors du temps, malade de charme,
Les chers yeux de deuil de l’amour brûlent encore
D’un doux feu de minéral roux, d’un triste charme ;
Dans un pays d’enfance retrouvée en larmes…
— Mais le jour pleut sur le vide de tout.

Pourquoi m’as-tu souri dans la vieille lumière
Et pourquoi, et comment m’avez-vous reconnu
Etrange fille aux archangéliques paupières,
Aux riantes, bleuies, soupirantes paupières,
Lierre de nuit d’été sur la lune des pierres ;
Et pourquoi et comment, n’ayant jamais connu
Ni mon visage, ni mon deuil, ni la misère
Des jours, m’as-tu si soudainement reconnu
Tiède, musicale, brumeuse, pâle, chère,
Pour qui mourir dans la nuit grande de tes paupières ?
— Mais le jour pleut sur le vide de tout.

Quels mots, quelles musiques terriblement vieilles
Frissonnent en moi de ta présence irréelle,
Sombre colombe des jours loin, tiède, belle,
Quelles musiques en écho dans le sommeil ?
Sous quels feuillages de solitude très vieille,
Dans quel silence, quelle mélodie ou quelle
Voix d’enfant malade vous retrouver, ô belle,
O chaste, ô musique entendue dans le sommeil?
— Mais le jour pleut sur le vide de tout.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)


Illustration: Santi di Tito

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