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Ah ! l’idylle encore une fois (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2020


 


(c) Walker Art Gallery; Supplied by The Public Catalogue Foundation

 

Ah ! l’idylle encore une fois
qui remonte du fond des prés
avec ses bergers naïfs

pour rien qu’une coupe embuée
où la bouche ne peut pas boire
pour rien qu’une grappe fraîche
brillant plus haut que Vénus!

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Maurice Greiffenhagen

 

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Villanelle (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020




    
Villanelle

Rosette, pour un peu d’absence,
Votre cœur vous avez changé,
Et moi, sachant cette inconstance,
Le mien autre part j’ai rangé :
Jamais plus, beauté si légère
Sur moi tant de pouvoir n’aura :
Nous verrons, volage bergère,
Qui premier s’en repentira.

Tandis qu’en pleurs je me consume,
Maudissant cet éloignement,
Vous qui n’aimez que par coutume,
Caressiez un nouvel amant.
Jamais légère girouette
Au vent si tôt ne se vira :
Nous verrons, bergère
Rosette,
Qui premier s’en repentira.

Où sont tant de promesses saintes,
Tant de pleurs versés en partant?
Est-il vrai que ces tristes plaintes
Sortissent d’un cœur inconstant?
Dieux! que vous êtes mensongère!
Maudit soit qui plus vous croira !
Nous verrons, volage bergère,
Qui premier s’en repentira.

Celui qui a gagné ma place
Ne vous peut aimer tant que moi;
Et celle que j’aime vous passe
De beauté, d’amour et de foi.
Gardez bien votre amitié neuve,
La mienne plus ne variera,
Et puis, nous verrons à l’épreuve
Qui premier s’en repentira.

(Philippe Desportes)

 

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Ta maison est sonore à midi (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020



Alexander Nedzvetskaya 5565

Ta maison est sonore à midi comme un train
la casserole chante et la guêpe bourdonne,
la cascade nous dit ce qu’a fait la rosée,
et ton rire déploie ses trilles de palmier.
La lumière du mur, bleue, parle avec la pierre,
sifflant comme un berger arrive un télégramme,
voici, entre les deux figuiers à la voix verte,
que monte Homère avec ses souliers de mystère.
C’est ici que la ville a perdu voix et pleurs,
l’infini, la sonate, et ses lèvres, et sa trompe,
mais gardé son discours de cascade et de lions,
et toi qui montes, chantes, et qui cours, vas, descends,
et plantes, couds, cuisines, écris, cloues, et reviens,
si tu t’en vas, c’est que l’hiver a commencé.

***

Tu casa suena como un tren a mediodía,
zumban las avispas, cantan las cacerolas,
la cascada enumera los hechos del rocío,
tu risa desarrolla su trino de palmera.
La luz azul del muro conversa con la piedra,
llega como un pastor silbando un telegrama
y, entre las dos higueras de voz verde,
Homero sube con zapatos sigilosos.
Sólo aquí la ciudad no tiene voz ni llanto,
ni sinfín, ni sonatas, ni labios, ni bocina,
sino un discurso de cascada y de leones,
y tú que subes, cantas, corres, caminas, bajas,
plantas, coses, cocinas, clavas, escribes, vuelves,
o te has ido y se sabe que comenzó el invierno.

(Pablo Neruda)

Illustration: Alexander Nedzvetskaya 

 

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Au crépuscule (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2020




    
Au crépuscule

Bonsoir doux amour
comme disait Shakespeare
Bonsoir mon petit pote
comme disait Jules
Bonsoir bonsoir mon père
comme disait l’enfant de choeur
Bonsoir bonsoir mon fils
comme disait le curé
Bonsoir vieille noix
comme disait l’enfant de choeur
Bonsoir mon chou
comme dit le jardinier
Bonsoir les enfants
comme disent les enfants
Ariane bonsoir ma soeur
comme aurait dit Racine
Bonsoir mon trésor
Comme disent les banquiers
Bonsoir ma cocotte
comme dit la fermière
Bonsoir mon loup
comme dit la bergère
Bonsoir les amoureux
comme disent les eunuques
Bonsoir bonsoir bonsoir
comme disent les inconnus
Mille bonsoirs de bonsoirs
comme disent les militaires
les nourrices et les chaisières
Bonsoir tout le monde
comme tout le monde le dit
Vos gueules là-dedans
disent enfin les poètes
Et comme ils ont raison

(Philippe Soupault)

Recueil: Les poèmes ont des oreilles
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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Maman, plus tard, moi je serai (Carl Norac)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2020




Illustration: Lia R.
    
Maman, plus tard, moi je serai
blanchisseur de nuages ou berger d’oiseaux,
peut-être compteur de gouttes d’eau,
arbitre pour combats d’escargots,
garde du corps pour papillons,
acupuncteur pour hérissons,
clown pour passants fatigués,
imprimeur pour sans-papiers,
décorateur de coccinelles,
empêcheur de tomber du ciel.
Puis, j’inventerai la machine à ne rien faire
qui se tendra en hamac depuis la Terre
vers un point très lointain du vaste univers.
Alors, on m’élira comme la plus lente
et la plus mignonne étoile filante.
Respirant le grand air des galaxies,
à cheval sur l’Ourse, sur la queue de Castor,
employé des affaires privées de l’infini,
je connaîtrai enfin l’âge d’or.

(Carl Norac)

Recueil: Les poèmes ont des oreilles
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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RIEN QU’UN ENCLOS (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2020



RIEN QU’UN ENCLOS

Rien qu’un enclos et les bergers
descendus, un à un, des cimes,
dans l’odeur chaude des toisons,
et voici que le jeu commence.
Nous sommes là, ceux de la terre,
à souffler dans les coquilles
nos songes nés entre les seins,
bêtes et gens, dans nos haleines,
à guetter le sens de la chair.
Nous sommes là, ceux de l’absence,
l’appel des autres dans nos voix ;
rien qu’une palme sur le ciel
où Dieu caché ne répond pas.

(Géo Libbrecht)

Illustration: Ernest Biéler

 

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Midi au village (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019




Midi au village

Nul troupeau n’erre ni ne broute ;
Le berger s’allonge à l’écart ;
La poussière dort sur la route,
Le charretier sur le brancard.

Le forgeron dort dans la forge ;
Le maçon s’étend sur un banc ;
Le boucher ronfle à pleine gorge,
Les bras rouges encor de sang.

La guêpe rôde au bord des jattes ;
Les ramiers couvrent les pignons ;
Et, la gueule entre les deux pattes,
Le dogue a des rêves grognons.

Les lavandières babillardes
Se taisent. Non loin du lavoir,
En plein azur, sèchent les hardes
D’une blancheur blessante à voir.

La férule à peine surveille
Les écoliers inattentifs ;
Le murmure épars d’une abeille
Se mêle aux alphabets plaintifs…

Un vent chaud traîne ses écharpes
Sur les grands blés lourds de sommeil,
Et les mouches se font des harpes
Avec des rayons de soleil.

Immobiles devant les portes
Sur la pierre des seuils étroits,
Les aïeules semblent des mortes
Avec leurs quenouilles aux doigts.

C’est alors que de la fenêtre
S’entendent, tout en parlant bas,
Plus libres qu’à minuit peut-être,
Les amants, qui ne dorment pas.

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration: Julien Girard

 

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FRÈRES (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019




    
FRÈRES

De quel régiment
Frères?

Le Bois Capuchon
a une pente
de velours vert
comme une douce
bergère
Frères
mot qui tremble
dans la nuit

Feuille à peine née

Dans les spasmes de l’air
révolte involontaire
de l’homme présent à sa
fragilité

Frères

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES SABLES (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2019



LES SABLES

Tout ce que le travail inlassable du temps
Accumule en nos coeurs de poussière ténue,
De vanités et de soucis inconsistants,

Comme s’ajoute au bord des vagues en sanglots
Un infini de sable à l’infini des flots,
Forme aussi dans mon coeur la dune aride et nue.

Mais il pleure derrière une mer inconnue,
Une mer dont les eaux lourdes et désolées
Par des barques jamais n’ont été violées.

Et moi-même roulé dans la médiocre vie,
Amenuisé par le frottement quotidien,
Je m’amuse d’un mot et je ne sais plus bien
La route en moi qui va vers la mer infinie.

Et comme en la tiédeur des juins épandus,
Quand le calme de l’heure est sur les métairies,
Un vieux berger dans le silence des prairies
Entend pleurer la mer que jamais il n’a vue,

De même en le miracle aussi de certains soirs,
Le choeur en moi se tait des voix quotidiennes
Et j’entends sangloter les plaintes surhumaines
De ces flots oubliés que je ne vais plus voir!

(François Mauriac)

Illustration: Ludovic Florent

 

 

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PETIT HAMEAU (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2019


PETIT HAMEAU

Or voici que verdoie un hameau sur les côtes
Plein de houx, orgueilleux de ses misères hautes.

Des bergers s’étonnant contemplent dans la plaine,
Et mon cheval qui sue à la hauteur se traîne.

Pour y vivre l’Octobre et ses paix pastorales
Je vous apporte, ô Pan, mes lyres vespérales.

Les boeufs sont vite entrés. Ils meuglent dans
l’étable,
Et la soupe qui fume a réjoui ma table.

Que vous êtes heureux, hommes bons des
campagnes,
Loin du faubourg qui pue et des clameurs de bagnes.

Jé vous bénis. Que la joie habite à vos portes,
En campagne, ô ces soirs de primes feuilles mortes!

(Emile Nelligan)


Illustration: Lucien de Maleville

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