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Posts Tagged ‘(Bernard de Louvencourt)’

Plainte d’Automne (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017




    
Plainte d’Automne

Entends soudain, dans la rousseur des champs,
Cet hymne lent que la nature entonne…
Entends ! les bois ont des accents touchants
D’automne.

Tout s’est fané. L’été meurt aux buissons.
L’autre saison sourit, frêle et morose,
Vient se bercer au loin de longs frissons
De rose…

Adieu les fleurs ! Adieu les papillons !
L’arbre jaunit, se balance et s’allège,
Et l’on croirait, à voir ses tourbillons,
Qu’il neige.

Les gazouillis ont déserté les bois :
Il n’est plus rien des notes que tu cueilles.
C’est vrai. Mais tout est plus vibrant de voix
De feuilles.

C’est une plainte au loin se soulevant,
Et qui palpite et qui retombe, lasse ;
Et, tant de pleurs ne sont qu’un peu de vent
Qui passe…

Quand elle souffle et vient tout affoler
Devines-tu que les heures sont brèves?
Rêves-tu donc — ou crains-tu d’envoler
Tes rêves?

Peut-être au vent crispé du clair matin,
Regrettes-tu la chaleur qui sommeille ;
L’aimes-tu mieux, sur des cieux de satin,
Vermeille?

Réfléchis-tu que nous sommes ainsi
Que cette fouille à terre, tournoyante,
— Jamais constants parce que le Souci
Nous hante?

Réfléchis-tu que la feuille en remous
Est notre image et celle de la vie :
Près du bonheur que chacun d’entre nous
Dévie?

Réfléchis-tu que ce tourbillon d’or
Est le destin qui chaque jour emporte ;
Que nous mourrons… et que l’âme qui dort
Est morte ?

Écoute, long, le charme frissonnant
De ce qui tombe au grand bois qui fredonne ;
Suis cette course — au vent — traînant —
D’automne…

(Bernard de Louvencourt)

 

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La douce Amie (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017



Illustration: Josephine Wall
    
La douce Amie

Voilà ma douce amie : une grande Nature !
Souvent elle s’oppose à toute créature.
On peut donner son cœur : elle ne trahit pas.
Sur ces sentiers fleuris acheminez vos pas

Et sans vous retourner tendez les bras vers elle ;
Elle est toute splendeur — elle est toujours nouvelle.
Elle vit plus que vous. Les changeantes saisons
Étendent à vos yeux d’éternels horizons.

Si vous savez l’aimer même dans sa folie,
L’hiver, en la poudrant, vous la rendra jolie,
Mettra dans ses cheveux un blanc bouquet de fleurs.
Vous l’aimerez toujours… et même dans ses pleurs !

Soit que ses yeux profonds de bleus deviennent glauques,
Soit que des vents, soudain, passent en souffles rauques
Ou, qu’en murmure, un aquilon, un doux zéphyr
Viennent rider les eaux dormantes, de saphir…

(Bernard de Louvencourt)

 

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La dormeuse (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017




    
La dormeuse

Je croyais la douleur éternelle ou cachée.
Mais non ! l’éternité se limite à demain :
Quand on est au printemps n’est-ce pas bien humain
Qu’appréhender l’automne et sa splendeur gâchée?

Le temps passe… Et l’on croit le bonheur sous sa main
Quand de l’oubli, soudain, la feuille est arrachée…
—C’est que l’automne est là, dormant dans la jonchée—
Il a suffi du vent, d’un pas sur le chemin !

Pourquoi nous poursuis-tu, morne et pâle douleur,
Errante parmi nous, sans bruit, comme un voleur,
Suivante de la mort en ce monde lâchée ?

Et pourquoi cet espoir? Pourquoi nous quittes-tu
Pour revenir, claquant des dents, spectre têtu…
Ô Douleur à la fois éternelle et cachée ?

(Bernard de Louvencourt)

 

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La recherche (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017




    
La recherche

Quand l’homme a tout conquis : honneur, gloire et richesse,
Alors qu’il se repose au seuil de ses vieux ans,
Qu’il soit prince, soldat, artiste, paysan,
Il lui vient un désir au cœur, une détresse.

A tous les biens du monde, au luxe, à ses présents,
Il préfère l’amour — cet instant de jeunesse.
Il s’avance à tâtons vers l’éternelle ivresse…
L’amour est dans la vie et dans l’agonisant.

Hélas ! il n’a trouvé le repos de son âme !
Un jour devant ses yeux, l’amour s’est créé femme
Pour son trouble, jeune homme, ou pour son regret, vieux.

Et maintenant qu’il est devant la mort… il pleure
Et cherche encor l’amour dans cet éternel leurre :
La terre au fond du ciel, et l’homme au fond des yeux !

(Bernard de Louvencourt)

 

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Soledad (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017



    
Illustration: Arkady Ostritsky  

Soledad

Dans l’âcre senteur de poivre et d’arbouse,
Auprès d’un mur chaud que la palme ombra,
Tout au fond du vaste et vieil Alhambra,
Le coude appuyé, rêve une Andalouse.

Où donc est Pedro qui la célébra,
Elle que Pedro voulut pour épouse?
Cette femme semble ou triste ou jalouse
De son pauvre amour qu’un an délabra.

Elle se sent seule auprès du silence ;
Et le vieux jardin, tranquille, balance
Son puissant jet d’eau sur sa vasque d’or.

Puis le vieux jardin frissonne. C’est l’heure.
Le couchant triomphe — et la femme pleure…
Comme le jour blond son amour est mort !

(Bernard de Louvencourt)

 

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Départ (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017



Illustration
    
Départ

Et de sa main, au fil de l’eau,
S’échappe et tombe, feuille à feuille,
Moussure verte, chèvrefeuille.
L’automne tremble — pourtant chaud.

L’été desserre son étau,
L’automne rêve et se recueille ;
Une prière au fil de l’eau
S’échappe et tombe, feuille à feuille.

Ainsi s’emporte au fil de l’eau
Mon cœur qui tristement s’endeuille !
Partir, c’est laisser un lambeau :
L’âme s’échappe, feuille à feuille…

(Bernard de Louvencourt)

 

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Automnale (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



Automnale

Tout fait silence au loin sous ta calme automnale…
Nature, rêves-tu quelque futur essor?
Pourquoi ne dis-tu rien — triste comme la mort
As-tu perdu de tout l’espérance finale?

Non ! dans les grands taillis tu fais des rêves d’or,
Plutôt que d’exprimer une plainte banale.
Puis tu resplendiras d’aube matutinale
Quand, après les beaux jours, viendront des jours encor…

Et c’est pourquoi souvent j’ai passé dans ta crèche,
Et, sentant sous mes pieds crier ta feuille sèche,
J’ai même quelquefois uni mon rêve au tien.

Et pourtant… c’est étrange… Oh ! dis-moi, je t’en prie,
Qu’il est beau ton regret, belle ta rêverie?
Dis-moi. Car j’ai si peur qu’elle ne rêve… à rien !

(Bernard de Louvencourt)

 

 

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La Voilure (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



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La Voilure

Pleine mer : bague d’émeraude
Ayant le soleil en chaton,
Tu n’es rien sans un vieux ponton,
Avec une voile qui rôde !

Tu n’es que l’angoissant désert,
Si tu n’as une voile au large…
Un livre de maroquin vert
Ne montrant que son blanc de marge !

Ainsi tu ramènes tes flots,
Ainsi la voile au loin se cargue.
Je crains autant ton œil qui nargue
Que l’oubli lourd de tes yeux clos.

La nuit, souvent mon œil s’effare
A contempler tes noirs amas
Grouillant dans l’ombre… Mais des mâts
Servent à mon esprit de phare.

Quand le vent grince à plein tillac,
Que la mer, hideuse, vous lèche,
J’aime un mât pliant comme un arc
Et lançant sa vergue pour flèche !

Et j’aime vos tremblants ciseaux
Aux mats d’artimon, de misaine :
Vous suffisez d’une dizaine
Et la mer est pleine d’oiseaux !

Au port vous êtes l’hirondelle.
Exprimant de lointains regrets
Vous gémissez dans vos agrès…
La liberté n’est qu’un coup d’aile!

(Bernard de Louvencourt)

Illustration: Chris Halbeisen

 

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Le soir à marée basse (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



 

Le soir à marée basse

Rentrons ! Déjà le soir déroule ses fuseaux :
Un horizon rougi de soleil – ou de lune…
On ne sait. Mais tout est rouge sur la lagune ;
Un pan du ciel se traîne au dernier feu des eaux.

Tout repose. En mourant, le jour en ses biseaux,
A fait désert la mer et montagne la dune.
C’est l’heure de la nuit comme il n’en est aucune ;
Tout est roide et tranchant comme un coup de ciseaux.

Et la plage s’étale en immensité plate.
En traversant un banc de son sable écarlate,
Pieds nus, il peut sembler que l’on marche à jamais.

Et, se sentant très seul dans son âme très lasse,
Il semble qu’à l’esprit c’est aussi la mer basse,
Et que l’on est bien loin des souvenirs aimés !

(Bernard de Louvencourt)

Illustration: Guy Baron

 

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La Steppe du Nord (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



arbre

La Steppe du Nord

On dirait du varech, ces lichens — maigres plantes !
La Solitude écoute au loin des voix sifflantes.
Le ciel est bas sur nous ; et, du Nord, le ciel fuit.
Le grand jour sur la steppe a des replis de nuit.

Tout est de sang pourtant : la plaine même est rousse.
Tout est dur. Le sol tape, et craquante est la mousse.
Que c’est étrange, au loin, cet arbre biscornu,
Monstre écorché tout vif sur un horizon nu !

L’espace nous entoure… Un chemin? Non, du sable,
Où le pas que l’on fait semble être ineffaçable.
Et toujours le grand air — et la bise souvent.
Plus loin, quelques sapins qui se jettent au vent.

(Bernard de Louvencourt)

 

 

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