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Posts Tagged ‘(Bernard Dimay)’

J’ai le cœur aussi grand qu’une place publique (Bernard Dimay)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017


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J’ai le cœur aussi grand
Qu’une place publique
Ouvert à tous les vents
Voire à n’importe qui
Venez boire chez moi
Trois fois rien de musique
Et vous y resterez
Comme en pays conquis

J’ai le cœur en déroute
Il ne bat que d’une aile
Il bat comme un volet
Les nuits qu’il fait du vent
Ne le prenez jamais
Surtout comme modèle
Car je vais en mourir
Avant qu’il soit longtemps

À vingt ans, cœur joyeux
Moi qui ne savais rien
J’allais aux quatre coins
Des horizons du monde
Je croyais comme vous
Que la Terre était ronde
Et les hommes parfaits
Je m’en portais si bien

Mais le cœur que l’on porte
Au fond de sa poitrine
On ne le choisit pas
On en fait ce qu’on peut
Aux quatre coins de moi
Le chagrin se dessine
Mon bonheur à présent
Se meurt à petit feu

J’ai le cœur aussi grand
Qu’une place de foire
On y vient sans façons
On y fait Dieu sait quoi
Mais je ne voudrais pas
Qu’on en fasse une histoire
Cette histoire de cœur
Ne regarde que moi

J’ai le cœur aussi grand
Qu’une place publique
Cette histoire de cœur
Ne regarde que moi

(Bernard Dimay)

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Je crois que j’ai cent ans (Bernard Dimay)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2015



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Ne me regardez pas, je crois que j’ai cent ans…
Ne me regardez plus, mon visage est un autre.
Le temps m’a fait du mal, on a joué perdant,
Mon coeur ne saurait plus battre au rythme du vôtre.

Je ne veux rien savoir ni de vous ni des autres,
Vous êt’s un inconnu que je connais par coeur,
L’amour est toujours là mais ce n’est plus le vôtre.
Si j’avais su qu’un jour vous me feriez si peur…

Les oiseaux d’autrefois sont morts depuis longtemps,
Ne me regardez pas, j’ai les yeux pleins de larmes,
L’amour m’a fait du mal… en êtes-vous content?

Je ne vous aimais pas, j’étais bête à merveille,
Et l’amour s’est perdu au rythme de vos pas…
Soudain j’ai comme un air de valse dans l’oreille…
Adieu, ne dires rien, ne me regardez pas!

(Bernard Dimay)

Illustration: Jean-Baptiste Greuze

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La mer s’assèchera (Bernard Dimay)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2015


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La mer s’assèchera, je l’ai déjà prédit,
Et le sel fleurira aux lèvres des lézardes,
Des bateaux morts debout se dresseront transis,
Cà et là des forêts caravelles vieillardes
Toutes emperruquées d’algues et de coraux,
Maquillage vivant des figures de proue,
Squelette travesti les deux mains sur la roue
Qui savait découvrir des chemins sur les eaux.

Quand la terre aura bu toute l’eau de la mer
Nous irons explorer notre monde à l’envers,
Ceux qui collectionnaient des fanons de baleine
Rechercheront alors des dents de capitaine,
Rotule passagère ou tibia de marin.

(Bernard Dimay)

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Les bateaux sont partis (Bernard Dimay)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2015



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Les bateaux sont partis, ce soir la mer est belle,
La vague vient vers moi comme un serpent brillant,
De grands oiseaux planant autour de moi s’appellent;
Dans le vent qui se lèv’ c’est ta voix que j’entends.
La vague vient rouler à mes pieds sur le sable,
La trace de mes pas s’efface peu à peu.
Ma tristesse aujourd’hui est inimaginable,
Avec cet océan qui bouge entre nous deux.

Les bateaux sont partis, ce soir la mer est calme,
Le vent qui vient des îles exhale doucement
Une plainte de harpe en jouant dans les palmes.
Je regarde la mer et c’est toi que j’entends.
J’attends que le soleil tout à l’heure apparaisse.
Que son premier rayon vienne effleurer ma peau,
L’heur’ des enchantements, l’heure de la détresse,
Et c’est toi que j’attends qui vas sortir des eaux.

(Bernard Dimay)

Illustration: Max Klinger

 

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Le poulpe (Bernard Dimay)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2015


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Le poulpe laissera s’échapper de ses flancs crevassés
les forces aveugles de la nuit totale.
Qui se répandront tout autour de lui,
irrémédiablement
comme un nuage d’encre…

(Bernard Dimay)

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Arlequin (Bernard Dimay)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2015


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Arlequin, ton sourire était-il d’artifice
Et ta joyeuse humeur un mensonge absolu?
Il faut que l’homme chante et qu’il se divertisse.
Oui, je fus Arlequin, mais sans l’avoir voulu.
Au fond de mon jardin croît la mélancolie.
C’est une fleur superbe et très longue à mourir;
Qui cherche à l’arracher doit craindre la folie.
Moi j’allais au jardin la regarder grandir.

Le jour où je n’aurai plus rien à dire au monde,
Le jour où je n’aurai plus rien à faire ici,
Je m’en irai chercher les vérités profondes
Qu’il me faudra payer d’une mort sans merci.
Aurai-je assez vécu pour m’en aller tranquille?
Mas amis feront-ils quelques pas avec moi?
Laisserai-je un soupçon de regret dans ma ville?
J’emporterai l’amour que je gardais pour toi.

(Bernard Dimay)

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