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Posts Tagged ‘(Bernard Dimey)’

Le gorille (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018


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Je suis enfant de Dieu mais d’une autre nature.
Ma force est souveraine et je ne parle pas,
Ma narine est sensible et mon oreille est sûre.
Si grand que vous soyez, vous ne me voyez d’en bas.

Je suis enfant de Dieu, mais je suis d’un autre âge.
Je vous ai vus jadis vous manger entre vous,
Et puis jour après jour perdre votre pelage
Et grelotter de froid tout au fond de vos trous.

Pauvres humains parleurs, du haut de mes futaies
Je vous ai vus trembler de peur et dépérir,
Allumer de grands feux pour mieux sécher vos plaies
Et j’ai battu des mains en vous voyant partir.

Moi j’ai su préserver ma vie calme et sereine,
Mes enfants sont des princes au coeur de la forêt,
Nous ne connaissons pas la folie ni la haine.
Vous, vous n’êtes plus rien, vous avez trop duré.

Au fond de mon oeil noir une étincelle brille.
Vous n’allez pas tarder à tomber à genoux,
Car je vois arriver le règne des gorilles…
Je suis enfant de Dieu, je suis plus beau que vous.

(Bernard Dimey)

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Une maison perdue entre ciel et fumée (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2018


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Une maison perdue entre ciel et fumée
Dressée comme un menhir, face à l’hiver qui vient
Une porte de bois qu’on n’a jamais poussée
Depuis le Moyen Âge et la niche du chien
Un chien qui s’est enfui dans la forêt voisine
Depuis cent cinquante ans et qui hurle à la mort
Pour effrayer de loin la bête pharamine
A l’heure où les sorciers mettent leur nez dehors

Une maison qui sent le lard jaune et les pommes
Avec un grand hibou immobile au grenier
Aussi seul qu’un vieux roi qui ne reçoit personne
Trônant sur des bouquins qui perdent leur papier
Photographies de belles au bois décolorées
Par cent ans de silence et qui sourient toujours
Poitrines de soldats fraîchement décorées
Vieilles dames à chignon au regard de vautour

Une maison de pierre au flanc de la montagne
D’où l’on peut voir la mer en montant sur le toit
Où l’on pourrait se croire quelque part en Espagne
Juste entre la Touraine et la Vallée des Rois
Un jardin tout autour où des milliers d’abeilles
Butineraient des fleurs dont j’ignore le nom
Et qui viendraient le soir chanter à mes oreilles
Leurs secrets, sans souci que je comprenne ou non

Une maison sans rien qu’une lampe à pétrole
Qu’on pourrait voir de loin, à trois heures du matin
Quand l’homme que je suis, retournant à l’école
Aux lignes d’un missel apprendrait le latin
Voyageurs inconnus qui ne sauriez qu’en faire
Achetez-la pour moi, je m’installe demain
Si jamais vous trouvez n’importe où sur la Terre
La maison dont je viens de vous faire un dessin

(Bernard Dimey)

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Manque à vivre (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018


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Mon Dieu,
me voilà sans doute arrivé
à la fin de moi-même,
à deux pas de la fin, je le sens,
je le souhaite et j’en ai peur
et je m’en réjouis d’avance
comme d’un jouet
tout noir
inusable et superbe

(Bernard Dimey)

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Tu ne m’as pas encore eu cette fois, la vieille (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018


La mort

Tu ne m’as pas encore eu cette fois, la vieille.
Je t’avais vue venir avec tes gros souliers.
A force de me voir faire la sourde oreille
Tu t’es aventurée jusque sur mon palier,
J’ai su que c’était toi, alors j’ai pris la fuite.
J’avais quelques amis comme gardes du corps,
Tu m’as suivi de loin pour attendre la suite,
Tu as perdu ma trace et moi je cours encore.

Des gens que tu fréquentes assidûment, la vieille,
Mais qui ne t’aiment pas, qui te craignent surtout,
Qui se méfient de toi, la nuit, qui te surveillent.
Je les ai vus venir et j’en ai vu beaucoup,
Ils ont des blouses blanches et parlent à voix basse,
Employant à dessein des termes inconnus.
J’ai cru mon temps venu de partir à la casse,
Toi aussi, j’en suis sûr, mais j’en suis revenu.

Tout au long des couloirs, je voyais ta figure
Toujours en transparence, sur des masques éteints
De vieillards jaunâtres sous les couvertures,
Et je reconnaissais ton rictus de catin.
Tu as raté ton coup cette fois-ci, la vieille,
Je sais que ta patience est au-dessus de tout,
Que tu voles partout comme une grosse abeille,
Et tu me piqueras, peut-être au prochain coup.

(Bernard Dimey)

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J’aimerais tant savoir (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018


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J’aimerais tant savoir comment tu te réveilles,
J’aurais eu le plaisir de t’avoir vue dormir
La boucle de cheveux autour de ton oreille,
L’instant, l’instant précieux où tes yeux vont s’ouvrir.
On peut dormir ensemble à cent lieues l’un de l’autre,
On peut faire l’amour sans jamais se toucher,
L’enfer peut ressembler au Paradis des autres
Jusqu’au jardin désert qu’on n’avait pas cherché.

Quand je m’endors tout seul, comme un mort dans sa barque,
Comme un vieux pharaon je remonte le Nil.
Les années sur ma gueule ont dessiné leur marque,
Mes grands soleils éteints se réveilleront-ils?
On dit depuis toujours, « le soleil est un astre,
Il se lève à cinq heures ou sept heures du matin »,
Mais chaque heure pour moi n’est qu’un nouveau désastre,
Il n’est pas sûr du tout qu’il fera jour demain.

Je ne suis jamais là lorsque tu te réveilles,
Alors je parle seul pour faire un peu de bruit,
Mes heures s’éternisent et sont toutes pareilles,
Je ne distingue plus ni le jour ni la nuit,
Je ne crois pas en Dieu mais j’aime les églises,
Et ce soir je repense au gisant vénitien
Qui me ressemblait tant… Mais la place était prise
Toi seule sait vraiment pourquoi je m’en souviens.

(Bernard Dimey)

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Je voudrais devenir un bonhomme de neige (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018


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L’enfer est un pays sans fenêtre ni porte
Où la femme que j’aime est peinte en trompe-l’oeil.
Je sais bien, malgré tout, qu’il faudrait que j’en sorte.
Même si j’y parviens, qui m’attend sur le seuil?
Je ne remonterai jamais sur ces manèges,
Mes beaux chevaux de bois ne seraient plus pareils.
Je voudrais devenir un bonhomme de neige
Et fondre doucement, en silence, au soleil…

(Bernard Dimey)

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Sortilèges (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2018



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Dans les jardins de ma mémoire,
Sur les eaux calmes d’un étang
Où les licornes viennent boire
J’ai vu tes yeux se reflétant.
J’en redoute les sortilèges
Et ne m’approche qu’en tremblant
Pour mieux me laisser prendre au piège
Que j’ai redouté si longtemps.

Au jardin de la Mandragore
Je m’aventure chaque nuit,
Me promenant jusqu’à l’aurore
Malgré ton ombre qui me suit.
L’oiseau phénix au vol superbe
Peut disparaître et revenir,
Ses cendres répandues dans l’herbe
De toi me font ressouvenir.

Au jardin bleu des espérances
J’ai vu danser les paons de nuit
Sur les arpèges du silence
Où vient se perdre mon ennui.
Mais au premier souffle de brise
Le son de ta voix me revient
Et le songe soudain se brise,
De notre amour ne reste rien.

(Bernard Dimey)

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L’âge d’or est pour demain (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2017


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L’âge d’or est pour demain,
je n’attends plus que lui pour venir…

Et quand je serai parmi vous,
je m’installerai le cul par terre
et je commencerai à me gratter,
à me gratter,
et le poil poussera sur tout mon corps…

Je regarderai mes pieds sans impatience
et quand je serai capable de cueillir une fleur
avec mon pied droit, je le ferai
et je chercherai dans la foule une guenon
que je palperai de toutes mes mains
voluptueusement…
Nous chercherons nos poux ensemble,
au soleil…

Ensuite,
à quatre pattes,
nous partirons tous les deux
vers le Paradis terrestre

Tellement…
tellement contents
tellement rassurés
d’être enfin
redevenus des singes…

(Bernard Dimey)

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On a toujours le temps (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015


toi

 

On a toujours le temps, mon amour, le temps passe,
On a toujours le temps de mourir pour un mot,
Un mot d’amour qui flotte à l’heure où tout se casse,
Un mot qui sort tout droit de l’almanach Vermot.
On a toujours le temps de passer la frontière
Aux risques et périls de celui qu’on était,
Il sera toujours temps d’éteindre les lumières
Et de te dire encore ici bas je t’aimais…

On a toujours le temps, mon amour, quoiqu’on fasse,
On a toujours le temps de mourir pour un rien
Après avoir surpris brusquement dans la glace
Un regard qui déjà ne regardait plus rien,
On a toujours le temps de revoir dans la glace
Le sourire attendri des amants surgelés.
Viens dormir dans mes bras, mon amour le temps passe,
On a toujours le temps, crois moi, de s’en aller.

On meurt autour de nous comme on danse à la foire
Au milieu du néon des minuits parisiens,
On plonge d’un seul coup dans une eau froide et noire,
ni le temps ni l’argent n’y pourront jamais rien,
On a toujours le temps de rejoindre ces ombres,
Ce soir il fait très beau et quand tu me souris
Le soleil se rallume au fond des recoins sombres
Et mon Eldorado est au creux de ton lit.

(Bernard Dimey)

Illustration

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La luxure (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2015


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Vivre
Avec le parfum de ta peau
Tes cheveux sous mes doigts
La douceur de ton ventre
Et descendre
Et descendre
Et chercher le corail à l’intérieur de toi.

S’apprivoiser cruellement
D’un sexe à l’autre et d’une bouche à l’autre
Jusqu’à l’épanouissement magique
Au centre de ta croix
D’anémones de mer.

Vivre
avec au coeur des nuits
Cette rose effeuillée qui gémit
Qui se plaint
Qui rêve qui délire
Qui mélange en un cri
Le Paradis, l’Enfer,
L’éternité, l’instant,
Les couleurs jamais vues?

L’explosion, soudain, des artères et des veines,
Et le silence après
Qui pleure une chanson de source.

Vivre
Et que le poignard de ma joie
T’ouvre et te fende comme un fruit,
Comme une grenade éclatée.

Je t’aime je t’aime je t’aime
Et le péché n’existe pas.

(Bernard Dimey)

Illustration

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