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Posts Tagged ‘(Bernard Dimey)’

Syracuse (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2019


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J’aimerais tant voir Syracuse
L’île de Pâques et Kairouan
Et les grands oiseaux qui s’amusent
A glisser l’aile sous le vent

Voir les jardins de Babylone
Et le palais du Grand Lama
Rêver des amants de Vérone
Au sommet du Fuji Yama

Voir le pays du matin calme
Aller pêcher le cormoran
Et m’enivrer de vin de palme
En écoutant chanter le vent

Avant que ma jeunesse s’use
Et que mes printemps soient partis
J’aimerais tant voir Syracuse
Pour m’en souvenir à Paris

(Bernard Dimey)


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Les étoiles de mer (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019


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Si les eaux de la mer, un matin, se retirent,
Nous dévisagerons tous les siècles éteints.
Le temps sera fini des larmes et du rire.
Si les eaux de la mer se retirent, un matin,

Nous irons ramasser des rames de galère
Pour y sculpter la forme exacte d’un violon
Qui chantera pour nous les hymnes de naguère
Comme les galériens vers les quatre horizons…

Les étoiles de mer fleuriront à miracle
En d’étranges jardins que nul n’a jamais vus.
L’océan garde en lui la magie du spectacle
Que les plus vieux poissons des grands fonds ont connu.

Jardins du fond des mers, où les noyés reposent
Avec leurs yeux ouverts qui ne pourront plus voir,
Regards éteints tournés vers le secret des choses,
Inconnus sommeillant sur un lit d’algues noires.

Les étoiles de mer sont vivantes et cruelles,
Qu’elles se ferment donc en silence sur eux,
Que la tête et le coeur nourrissent les plus belles:
Aucun matin du monde a-t-il désiré mieux?

(Bernard Dimey)

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La nuit (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



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La nuit, les cerfs-volants,
le grand-duc et la lune
et les engoulevents…
et les chiens dans les fermes
et dans les bergeries,
les agneaux qui se plaignent…

J’ai vu sur la rivière
une brume étonnante
où dansaient des fantômes
ou des vierges ou des saintes.
Je me tenais très loin
de ces ronds de sorcières…
Je n’avais peur de rien
mais je claquais des dents.

Que les nuits étaient belles
et qu’il est merveilleux
d’avoir encore dix ans!

(Bernard Dimey)

Illustration: Henri Matisse

 

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Le singe (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019


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Le singe a vu les hommes naître
Insensiblement les yeux morts
Et puis lentement se repaître
Des animaux aux larmes d’or.

L’oeil du singe ouvert sur l’abîme
Verra l’homme carbonisé
Sur des montagnes de victimes
Juste à l’instant d’agoniser.

(Bernard Dimey)

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Le gorille (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018


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Je suis enfant de Dieu mais d’une autre nature.
Ma force est souveraine et je ne parle pas,
Ma narine est sensible et mon oreille est sûre.
Si grand que vous soyez, vous ne me voyez d’en bas.

Je suis enfant de Dieu, mais je suis d’un autre âge.
Je vous ai vus jadis vous manger entre vous,
Et puis jour après jour perdre votre pelage
Et grelotter de froid tout au fond de vos trous.

Pauvres humains parleurs, du haut de mes futaies
Je vous ai vus trembler de peur et dépérir,
Allumer de grands feux pour mieux sécher vos plaies
Et j’ai battu des mains en vous voyant partir.

Moi j’ai su préserver ma vie calme et sereine,
Mes enfants sont des princes au coeur de la forêt,
Nous ne connaissons pas la folie ni la haine.
Vous, vous n’êtes plus rien, vous avez trop duré.

Au fond de mon oeil noir une étincelle brille.
Vous n’allez pas tarder à tomber à genoux,
Car je vois arriver le règne des gorilles…
Je suis enfant de Dieu, je suis plus beau que vous.

(Bernard Dimey)

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Une maison perdue entre ciel et fumée (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2018


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Une maison perdue entre ciel et fumée
Dressée comme un menhir, face à l’hiver qui vient
Une porte de bois qu’on n’a jamais poussée
Depuis le Moyen Âge et la niche du chien
Un chien qui s’est enfui dans la forêt voisine
Depuis cent cinquante ans et qui hurle à la mort
Pour effrayer de loin la bête pharamine
A l’heure où les sorciers mettent leur nez dehors

Une maison qui sent le lard jaune et les pommes
Avec un grand hibou immobile au grenier
Aussi seul qu’un vieux roi qui ne reçoit personne
Trônant sur des bouquins qui perdent leur papier
Photographies de belles au bois décolorées
Par cent ans de silence et qui sourient toujours
Poitrines de soldats fraîchement décorées
Vieilles dames à chignon au regard de vautour

Une maison de pierre au flanc de la montagne
D’où l’on peut voir la mer en montant sur le toit
Où l’on pourrait se croire quelque part en Espagne
Juste entre la Touraine et la Vallée des Rois
Un jardin tout autour où des milliers d’abeilles
Butineraient des fleurs dont j’ignore le nom
Et qui viendraient le soir chanter à mes oreilles
Leurs secrets, sans souci que je comprenne ou non

Une maison sans rien qu’une lampe à pétrole
Qu’on pourrait voir de loin, à trois heures du matin
Quand l’homme que je suis, retournant à l’école
Aux lignes d’un missel apprendrait le latin
Voyageurs inconnus qui ne sauriez qu’en faire
Achetez-la pour moi, je m’installe demain
Si jamais vous trouvez n’importe où sur la Terre
La maison dont je viens de vous faire un dessin

(Bernard Dimey)

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Manque à vivre (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018


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Mon Dieu,
me voilà sans doute arrivé
à la fin de moi-même,
à deux pas de la fin, je le sens,
je le souhaite et j’en ai peur
et je m’en réjouis d’avance
comme d’un jouet
tout noir
inusable et superbe

(Bernard Dimey)

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Tu ne m’as pas encore eu cette fois, la vieille (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018


La mort

Tu ne m’as pas encore eu cette fois, la vieille.
Je t’avais vue venir avec tes gros souliers.
A force de me voir faire la sourde oreille
Tu t’es aventurée jusque sur mon palier,
J’ai su que c’était toi, alors j’ai pris la fuite.
J’avais quelques amis comme gardes du corps,
Tu m’as suivi de loin pour attendre la suite,
Tu as perdu ma trace et moi je cours encore.

Des gens que tu fréquentes assidûment, la vieille,
Mais qui ne t’aiment pas, qui te craignent surtout,
Qui se méfient de toi, la nuit, qui te surveillent.
Je les ai vus venir et j’en ai vu beaucoup,
Ils ont des blouses blanches et parlent à voix basse,
Employant à dessein des termes inconnus.
J’ai cru mon temps venu de partir à la casse,
Toi aussi, j’en suis sûr, mais j’en suis revenu.

Tout au long des couloirs, je voyais ta figure
Toujours en transparence, sur des masques éteints
De vieillards jaunâtres sous les couvertures,
Et je reconnaissais ton rictus de catin.
Tu as raté ton coup cette fois-ci, la vieille,
Je sais que ta patience est au-dessus de tout,
Que tu voles partout comme une grosse abeille,
Et tu me piqueras, peut-être au prochain coup.

(Bernard Dimey)

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J’aimerais tant savoir (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018


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J’aimerais tant savoir comment tu te réveilles,
J’aurais eu le plaisir de t’avoir vue dormir
La boucle de cheveux autour de ton oreille,
L’instant, l’instant précieux où tes yeux vont s’ouvrir.
On peut dormir ensemble à cent lieues l’un de l’autre,
On peut faire l’amour sans jamais se toucher,
L’enfer peut ressembler au Paradis des autres
Jusqu’au jardin désert qu’on n’avait pas cherché.

Quand je m’endors tout seul, comme un mort dans sa barque,
Comme un vieux pharaon je remonte le Nil.
Les années sur ma gueule ont dessiné leur marque,
Mes grands soleils éteints se réveilleront-ils?
On dit depuis toujours, « le soleil est un astre,
Il se lève à cinq heures ou sept heures du matin »,
Mais chaque heure pour moi n’est qu’un nouveau désastre,
Il n’est pas sûr du tout qu’il fera jour demain.

Je ne suis jamais là lorsque tu te réveilles,
Alors je parle seul pour faire un peu de bruit,
Mes heures s’éternisent et sont toutes pareilles,
Je ne distingue plus ni le jour ni la nuit,
Je ne crois pas en Dieu mais j’aime les églises,
Et ce soir je repense au gisant vénitien
Qui me ressemblait tant… Mais la place était prise
Toi seule sait vraiment pourquoi je m’en souviens.

(Bernard Dimey)

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Je voudrais devenir un bonhomme de neige (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018


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L’enfer est un pays sans fenêtre ni porte
Où la femme que j’aime est peinte en trompe-l’oeil.
Je sais bien, malgré tout, qu’il faudrait que j’en sorte.
Même si j’y parviens, qui m’attend sur le seuil?
Je ne remonterai jamais sur ces manèges,
Mes beaux chevaux de bois ne seraient plus pareils.
Je voudrais devenir un bonhomme de neige
Et fondre doucement, en silence, au soleil…

(Bernard Dimey)

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