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Poésie

Posts Tagged ‘besoin’

Tu écris des poèmes (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2018



Illustration: Xing Jianjian 
    
Tu écris des poèmes
parce que tu as besoin
d’un lieu
où sera ce qui n’est pas

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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Du temps jadis revenu (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




Du temps jadis revenu
Tu semblais mon moi perdu :
Quel besoin de jeux d’amants
Pour des enfants penchés sur le courant,
Tête claire contre tête dorée ?

***

From long ago returned,
As my lost self you seemed:
Of lover’s play what need
For children gazing in a stream
Bright head by golden head?

(Kathleen Raine)

Illustration: Jeffrey T. Larson

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Bouddha (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018




    
Bouddha

Comme s’il écoutait. Silence : un lointain…
Nous retenons notre souffle et ne l’entendons pas.
Il est étoile. Entouré d’étoiles plus grandes
que nous ne voyons pas.

Il est tout. Nous attendons-nous vraiment
à ce qu’il nous voie ? En aurait-il besoin ?
Et quand on se prosterne il reste loin
profond et pesant comme un animal.

Car ce qui nous jette à ses pieds
circule en lui depuis le fond des millénaires.
Négligeant notre savoir
il pénètre ce qui nous rejette.

*

Bouddha

De loin déjà le pèlerin, craintif étranger,
ressent cette pluie d’or qui ruisselle de lui;
comme si des riches, soucieux de se racheter,
avaient amassé là tous leurs trésors.

Mais en s’approchant il est troublé
par la majesté de ces sourcils;
ce qu’il voit là ne ressemble guère
ni à leur vaisselle ni aux pendants d’oreilles
que portent leurs femmes.

Ah, si quelqu’un pouvait donc dire
quelles furent les choses qu’il fallut fondre
pour ériger dans le calice d’une fleur
cette image plus muette d’un jaune plus calme
que celui de l’or et qui effleure
tout l’espace autant que soi-même.

*

Bouddha en majesté

Coeur de tous les coeurs, centre de tous centres,
amande qui se clôt et perd son amertume, —
tout cela jusqu’aux étoiles
est ta pulpe : Je te salue.

Vois, tu le sens : rien à toi ne tient plus;
ta coque est dans l’infini,
la vigueur de ta sève s’y presse.
Et du dehors l’aide un rayonnement,

car tout là-haut tes soleils
pleins et ardents sont renversés.
Mais en toi déjà et né
ce qui surmonte tout soleil.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Quelle horreur (Patrizia Cavalli)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2018



 

Quelle horreur d’imaginer deux corps
qui font l’amour en proie au besoin
que quelque chose se passe
s’accomplisse et puis effilochés
par une satisfaction se recomposent
dans leur apparence.
Je préfère ce mètre de distance
où je voyais l’éternelle mer nuiteuse
calme silencieuse.

(Patrizia Cavalli)

 

 

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Mes jours neigent vainement (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2018



Illustration
    
Mes jours neigent vainement
Ils ne couvrent pas la plaine

Qui s’étend infiniment
D’aller seule toujours pleine,

J’aurais voulu la couvrir
D’innocence radieuse,

Y lancer la furieuse
Tempête du grand désir

Le vent qui met en mouvement
Les arbres morts et les vivants,

Et roule la meule de foin
Des images dont j’ai besoin.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Trézeaux
Traduction:
Editions: Gallimard

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Contradictions (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



 

contradictions

Contradictions

Ils cohabitent en moi.
Se battent sans qu’on le voie :

Le passé le présent
Le futur et maintenant
L’illusion et le vrai
Le maussade et le gai
La bêtise la raison
Et les oui et les non
L’amour de ma personne
Les dégoûts qu’elle me donne
Les façades qu’on se fait
Et ce qui derrière est
Et les peurs qu’on avale
Les courages qu’on étale
Les envies de dire zut
Et les besoins de lutte
Et l’humain et la bête
Et le ventre et la tête
Les sens et la vertu
Le caché et le nu
L’aimable et le sévère
Le prude et le vulgaire
Le parleur le taiseux
Le brave et le peureux
Et le fier et le veule…

Pour tout ça je suis seul.

(Esther Granek)

 

 

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Conclusion (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



 

Oskar Kokoschka adolf-loos-1909

Conclusion

J’ai rêvé les amours divins,
L’ivresse des bras et des vins,
L’or, l’argent, les royaumes vains,

Moi, dix-huit ans, Elle, seize ans.
Parmi les sentiers amusants
Nous irons sur nos alezans.

Il est loin le temps des aveux
Naïfs, des téméraires voeux!
Je n’ai d’argent qu’en mes cheveux.

Les âmes dont j’aurais besoin
Et les étoiles sont trop loin.
Je vais mourir saoul, dans un coin.

(Charles Cros)

Illustration: Oskar Kokoschka

 

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Voyez-vous cet œuf ? (Denis Diderot)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2018




    
À votre avis, qu’est-ce autre chose
qu’un pinson, un rossignol, un musicien, un homme ?
Et quelle autre différence trouvez-vous
entre le serin et la serinette ?

Voyez-vous cet œuf ?

C’est avec cela qu’on renverse
toutes les écoles de théologie et tous les temples de la terre.

Qu’est-ce que cet œuf ?

Une masse insensible avant que le germe y soit introduit ;
et après que le germe y est introduit, qu’est-ce encore ?

Une masse insensible, car ce germe n’est lui-même
qu’un fluide inerte et grossier.

Comment cette masse passera-t-elle à une autre organisation,
à la sensibilité, à la vie ?
Qu’y produira la chaleur le mouvement ?
Quels seront les effets successifs du mouvement ?

Au lieu de me répondre, asseyez-vous,
et suivons-les de l’œil de moment en moment.

D’abord c’est un point qui oscille,
un filet qui s’étend et qui se colore ;
de la chair qui se forme ;
un bec, des bouts d’ailes, des yeux, des pattes qui paraissent ;
une matière jaunâtre qui se dévide et produit des intestins ;
c’est un animal.

Cet animal se meut, s’agite, crie ;
j’entends ses cris à travers la coque ;
il se couvre de duvet ; il voit.
La pesanteur de sa tête, qui oscille,
porte sans cesse son bec
contre la paroi intérieure de sa prison ;

la voilà brisée ; il en sort,
il marche, il vole, il s’irrite, il fuit,
il approche, il se plaint, il souffre,
il aime, il désire, il jouit ;
il a toutes vos affections ;
toutes vos actions,
il les fait.

Prétendrez-vous, avec Descartes,
que c’est une pure machine imitative ?
Mais les petits enfants se moqueront de vous,
et les philosophes vous répliqueront
que si c’est là une machine, vous en êtes une autre.

Si vous avouez qu’entre l’animal et vous
il n’y a de différence que dans l’organisation,
vous montrerez du sens et de la raison, vous serez de bonne foi ;
mais on en conclura contre vous qu’avec une matière inerte,
disposée d’une certaine manière, imprégnée d’une autre matière inerte,
de la chaleur et du mouvement,
on obtient de la sensibilité, de la vie,
de la mémoire, de la conscience, des passions, de la pensée.

Il ne vous reste qu’un de ces deux partis à prendre ;
c’est d’imaginer dans la masse inerte de l’œuf un élément caché
qui en attendait le développement pour manifester sa présence,
ou de supposer que cet élément imperceptible
s’y est insinué à travers la coque dans un instant déterminé du développement.

Mais qu’est-ce que cet élément ?
Occupait-il de l’espace, ou n’en occupait-il point ?
Comment est-il venu, ou s’est-il échappé, sans se mouvoir ?
Où était-il ?
Que faisait-il là ou ailleurs ?
A-t-il été créé à l’instant du besoin ?
Existait-il ?
Attendait-il un domicile ?
Était-il homogène ou hétérogène à ce domicile ?

Homogène, il était matériel ;
hétérogène, on ne conçoit ni son inertie avant le développement,
ni son énergie dans l’animal développé.

Écoutez-vous,
et vous aurez pitié de vous-même ;
vous sentirez que, pour ne pas admettre une supposition simple
qui explique tout, la sensibilité,
propriété générale de la matière, ou produit de l’organisation,
vous renoncez au sens commun,
et vous précipitez dans un abîme de mystères,
de contradictions et d’absurdités.

(Denis Diderot)

 

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Tout homme est tiraillé entre deux besoins (Mythe mélanésien de l’île de Vanuatu)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2018



Tout homme est tiraillé entre deux besoins.
Le besoin de la Pirogue, autrement dit du voyage, de l’arrachement à lui même,
et puis le besoin de l’Arbre, celui de l’enracinement, de l’identité.
Les hommes errent donc constamment entre ces deux besoins,
cédant tantôt à l’un tantôt à l’autre
jusqu’à ce qu’ils comprennent
que c’est avec l’Arbre que l’on fait la Pirogue.

(Mythe mélanésien de l’île de Vanuatu)

Illustration: Jean Clos

 

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Père (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018



    

Père, j’ai bien compris : vous avez besoin d’ombre
Pour faire rire mieux la lumière, et besoin
De nuit pour que le jour après ce péril sombre
Soit plus émerveillé de revenir de loin ;

Et besoin dans les champs d’herbe grise, humble, vaine,
Pour que la fleur éclate en plaisir plus vermeil ;
Et de brume, et de pluie, et de temps pleins de peine
Pour que les autres temps soient plus beaux au soleil.

…Je pleure… Tout est bien.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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