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Poésie

Posts Tagged ‘bestiaire’

MAÇONNERIE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



 

MAÇONNERIE

Tu m’as pris
pour un homme qui voulait mourir.
Pierre indifférente, réfractaire à l’enclume la plus verte,
la terre était page, l’attente la plus
sereine avant le mot, et c’était toi,
faille où l’oeil commençait
à voir, c’était toi qui mourais,
à me garder vivant. Au-delà du mur
tu taillais la pierre,
et quand les pierres furent assez petites
pour défier la terre, tu les enfouis, voix dans l’urne,
et les brisas pour les faire
se ranimer sous tes pieds, comme si elles
chantaient, pour qu’elles me guérissent,
bestiaire exsangue
du souffle, et me coupent
de leurs arêtes vives.
Tu me fis saigner.

(Paul Auster)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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Bestiaire (Jean-Luc Despax)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



 

Michael Sowa (8)

Bestiaire

Ne pas faire aux truies ce qu’on ne voudrait pas qu’elles nous fassent.

Les vaches coquettes sont les seules à faire du lait de toilette.

Les pom-pom girls sont de grosses buveuses de cidre.

Depuis qu’elle sait que le rire est le propre de l’homme
la hyène a commencé une psychanalyse.

(Jean-Luc Despax)

Illustration: Michael Sowa

 

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D’AUTRES TIGRES (Eduardo Lizalde)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



tigre- -sommeil-bengale

 

D’AUTRES TIGRES

Le tigre dort avec un œil sur le chat
un autre sur les crocs, avec les écluses
de l’ouïe ouvertes, dans la forêt ou à la maison,
au Jardin des Plantes parisien,
ou dans le Bestiaire de Chapultepec.
Et dans tous ces territoires ennemis,
chambres rondes ou campagnes, prisons
sombres, il y a un silence mortel à l’occasion.
Nous entendons, nous écoutons, que percevons-nous ?
Il n’y a pas de vent, personne ne nous dit mot,
silencieux est l’appareil de son,
la pluie ne tambourine pas, les insectes n’étourdissent pas,
la nuit, ne craquent pas
les meubles plaintifs d’habitude,
qui retrouvent endormis leurs meurtrissures oubliées.
Mais nous essayons toujours d’entendre quelque chose,
car il n’y a pas de zéro absolu dans notre acoustique
et quelque vieux râle, tout au fond,
se perçoit dans ce puits de surdité.

C’est la rumeur du monde, l’inaudible fracas chaud
de ce qui est vivant,
le bruit vague que nous faisons en vivant,
d’ici à la pause aveugle,
sèche et finale de ce si bref
concert d’existence que nous donnons

(Eduardo Lizalde)

 

 

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BESTIAIRE DU CHIEN A NE PAS METTRE DEHORS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2018



 

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BESTIAIRE DU CHIEN
A NE PAS METTRE DEHORS

A ne pas mettre un chien dehors
ni un cheval ni un oiseau
Un bel hiver par-dessus bord
de blanc de neige et de biseaux

Deux amants au creux de la nuit
à ne pas mettre un chien dehors
Au creux du chaud passé minuit
deux amants à l’abri du port

Aux amants meurtris de sommeil
avec infiniment de soin
l’hiver construit un soleil
un lit d’amour qui sent le foin

La neige a beau faire semblant
de croire à l’hiver pour toujours
tes cheveux blonds sur les draps blancs
sont moissons au long des longs jours

Ma sommeilleuse ma clarté
tes cheveux blonds mes épis d’or
se courbent aux vents dévastés
à ne pas mettre un chien dehors.

(Claude Roy)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Les flammes ont dansé entre tes paumes pleines (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2017



Les flammes ont dansé entre tes paumes pleines
et tes pieds plongent dans le sol fille-forêt
fille de mai fille ruisseau fille des chênes.
Comme un chêne feuillu qui s’enracinerait
tu as poussé profond tes frêles radicelles
dans les marnes les grès les sables étrangers
des herbiers à barons où tu fus guide celle
qui menait par la main les beaux archers rangés.
Les voix qui te parlaient dans le soleil couchant
n’ont pas enfiévré une fillette docile.
Le poids lisse des oeufs la découpe des champs
le bestiaire du ciel dans le bleu semé d’îles
la moiteur du marais l’oisellerie des bois
le cri cuivré des coqs au matin et la peine
de la mère et des soeurs les charrues les charrois
les porches les troupeaux les socs les fers la plaine
promettaient à ta chair son destin coutumier.
Le départ allumait pourtant ses mèches blondes.
Le dur secret des voix retomba délivré
et la nuit en montant calma le chant du monde.

(Armand Lanoux)

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Bestiaire baroque (Jean Le Goff)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2016



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Bestiaire baroque

Le feu crépite
et le chat ronronne
le monde est rond.

Cantate de printemps
au bas de la prairie
le crapaud s’égosille.

(Jean Le Goff)

 

 

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CHAQUE ANIMAL (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2015



CHAQUE ANIMAL

Chaque animal sait prendre une autre forme
et pour cela son poète est choisi.
Les chants des geais, des rossignols s’entendent
et tout poème est bestiaire ardent.

Suis-je l’oiseau, le lion, la panthère
ou la fourmi ? D’amours zoologiques,
je suis épris sans savoir si je rampe
ou si je nage ou si je marche ou vole,

mais que je sois de pelage ou de plumes,
insecte ou ver, ingénument licorne,
hibou, saumon, rhinocéros, abeille,
je vois partout l’ombre du Grand Chasseur.

(Robert Sabatier)

 

 

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