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Poésie

Posts Tagged ‘bestiaire’

CHAQUE ANIMAL (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



CHAQUE ANIMAL

Chaque animal sait prendre une autre forme
et pour cela son poète est choisi.
Les chants des geais, des rossignols s’entendent
et tout poème est bestiaire ardent.

Suis-je l’oiseau, le lion, la panthère
ou la fourmi ? D’amours zoologiques,
je suis épris sans savoir si je rampe
ou si je nage ou si je marche ou vole,

mais que je sois de pelage ou de plumes,
insecte ou ver, ingénument licorne,
hibou, saumon, rhinocéros, abeille,
je vois partout l’ombre du Grand Chasseur.

(Robert Sabatier)

 

 

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BESTIAIRE DES AMANTS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2020



Illustration: Pierre Paul Rubens
    
BESTIAIRE DES AMANTS

Amants endormez-vous
après de tendres soins
serrez-vous aimez-vous
vos rêves iront loin
Bien au-delà du jour
au profond du sommeil
du bon-chaud de l’amour
renaîtra le soleil
Un écureuil viendra
Entre vos deux orteils
un lézard glissera
Tous vos amis de nuit
la loutre et le renard
le chat et la fourmi
accourront sans retard
à pas feutrés de rêve
jusqu’au chant de l’alouette
et se mélangeront
sans mordre ni crier
au jaune hérisson
à la fauvette huppée
Les hôtes amicaux
viendront à pas feutrés
jusqu’au cocorico
d’un grand coq très distrait
qui chassera enfin
cette ménagerie
que la soif ni la faim
n’auront jamais surpris
Sur la main de l’enfant aimée
un rossignol vient et se pose
(La gazelle viendrait aussi
mais elle a peur et elle n’ose)

La truite et le chien de mer
s’en vont naviguant de conserve
Le toucan l’étoile de mer
restent tous deux sur la réserve
Devant le bélier qui insiste
pour que le chat touche à ses cornes
ne sachant trop si elle existe
longuement pleure la licorne
La taupe et le corbeau
s’en vont à petits pas
Le renard les chevaux
marchent tout près du rat
et la chauve-souris
veille sur la dormeuse
tandis qu’une perdrix
lui chante une berceuse
La girafe et le chien
le lion le pangolin
le zèbre et la vigogne
flairent les endormis
les lèchent doucement
et parlent en amis
aux fidèles amants
qui s’éveillent enfin
lorsque le réveil sonne
et leur rend leur matin
de vraies grandes personnes.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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BESTIAIRE DE L’ÉCUREUIL (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020



Illustration

    
BESTIAIRE DE L’ÉCUREUIL

Tes doigts distraits, à force d’indolence,
de se dénouer, d’effleurer tes cheveux,
tes doigts légers, écheveau d’impatience,
ont inventé un pelage et deux yeux.

Un écureuil se glisse auprès de moi,
courtois et roux comme un bois en automne
sensible aux mots, aux regards, à la voix,
un écureuil, attentive personne.

Il me regarde et je regarde ailleurs.
Comment répondre à son appel discret ?
La vie est là, et moi toujours ailleurs,
pas plus que lui je ne sais le secret.

Être écureuil est un jeu difficile
hors des forêts, très loin des noisetiers.
Notre lit n’est pas arbre ni asile,
être écureuil ici devient très malaisé.

Tes doigts distraits, à force d’innocence,
ont effacé en peignant tes cheveux
cet écureuil, ce timide non-sens
qui vit ici – parce que je le veux.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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MAÇONNERIE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



 

MAÇONNERIE

Tu m’as pris
pour un homme qui voulait mourir.
Pierre indifférente, réfractaire à l’enclume la plus verte,
la terre était page, l’attente la plus
sereine avant le mot, et c’était toi,
faille où l’oeil commençait
à voir, c’était toi qui mourais,
à me garder vivant. Au-delà du mur
tu taillais la pierre,
et quand les pierres furent assez petites
pour défier la terre, tu les enfouis, voix dans l’urne,
et les brisas pour les faire
se ranimer sous tes pieds, comme si elles
chantaient, pour qu’elles me guérissent,
bestiaire exsangue
du souffle, et me coupent
de leurs arêtes vives.
Tu me fis saigner.

(Paul Auster)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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Bestiaire (Jean-Luc Despax)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



 

Michael Sowa (8)

Bestiaire

Ne pas faire aux truies ce qu’on ne voudrait pas qu’elles nous fassent.

Les vaches coquettes sont les seules à faire du lait de toilette.

Les pom-pom girls sont de grosses buveuses de cidre.

Depuis qu’elle sait que le rire est le propre de l’homme
la hyène a commencé une psychanalyse.

(Jean-Luc Despax)

Illustration: Michael Sowa

 

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D’AUTRES TIGRES (Eduardo Lizalde)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



tigre- -sommeil-bengale

 

D’AUTRES TIGRES

Le tigre dort avec un œil sur le chat
un autre sur les crocs, avec les écluses
de l’ouïe ouvertes, dans la forêt ou à la maison,
au Jardin des Plantes parisien,
ou dans le Bestiaire de Chapultepec.
Et dans tous ces territoires ennemis,
chambres rondes ou campagnes, prisons
sombres, il y a un silence mortel à l’occasion.
Nous entendons, nous écoutons, que percevons-nous ?
Il n’y a pas de vent, personne ne nous dit mot,
silencieux est l’appareil de son,
la pluie ne tambourine pas, les insectes n’étourdissent pas,
la nuit, ne craquent pas
les meubles plaintifs d’habitude,
qui retrouvent endormis leurs meurtrissures oubliées.
Mais nous essayons toujours d’entendre quelque chose,
car il n’y a pas de zéro absolu dans notre acoustique
et quelque vieux râle, tout au fond,
se perçoit dans ce puits de surdité.

C’est la rumeur du monde, l’inaudible fracas chaud
de ce qui est vivant,
le bruit vague que nous faisons en vivant,
d’ici à la pause aveugle,
sèche et finale de ce si bref
concert d’existence que nous donnons

(Eduardo Lizalde)

 

 

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BESTIAIRE DU CHIEN A NE PAS METTRE DEHORS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2018



 

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BESTIAIRE DU CHIEN
A NE PAS METTRE DEHORS

A ne pas mettre un chien dehors
ni un cheval ni un oiseau
Un bel hiver par-dessus bord
de blanc de neige et de biseaux

Deux amants au creux de la nuit
à ne pas mettre un chien dehors
Au creux du chaud passé minuit
deux amants à l’abri du port

Aux amants meurtris de sommeil
avec infiniment de soin
l’hiver construit un soleil
un lit d’amour qui sent le foin

La neige a beau faire semblant
de croire à l’hiver pour toujours
tes cheveux blonds sur les draps blancs
sont moissons au long des longs jours

Ma sommeilleuse ma clarté
tes cheveux blonds mes épis d’or
se courbent aux vents dévastés
à ne pas mettre un chien dehors.

(Claude Roy)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Les flammes ont dansé entre tes paumes pleines (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2017



Les flammes ont dansé entre tes paumes pleines
et tes pieds plongent dans le sol fille-forêt
fille de mai fille ruisseau fille des chênes.
Comme un chêne feuillu qui s’enracinerait
tu as poussé profond tes frêles radicelles
dans les marnes les grès les sables étrangers
des herbiers à barons où tu fus guide celle
qui menait par la main les beaux archers rangés.
Les voix qui te parlaient dans le soleil couchant
n’ont pas enfiévré une fillette docile.
Le poids lisse des oeufs la découpe des champs
le bestiaire du ciel dans le bleu semé d’îles
la moiteur du marais l’oisellerie des bois
le cri cuivré des coqs au matin et la peine
de la mère et des soeurs les charrues les charrois
les porches les troupeaux les socs les fers la plaine
promettaient à ta chair son destin coutumier.
Le départ allumait pourtant ses mèches blondes.
Le dur secret des voix retomba délivré
et la nuit en montant calma le chant du monde.

(Armand Lanoux)

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Bestiaire baroque (Jean Le Goff)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2016



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Bestiaire baroque

Le feu crépite
et le chat ronronne
le monde est rond.

Cantate de printemps
au bas de la prairie
le crapaud s’égosille.

(Jean Le Goff)

 

 

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