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Posts Tagged ‘bibelot’

UN MONDE EN CRISTAL (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2018



 

UN MONDE EN CRISTAL

Transparence, cristal devient
la feuille sur son arbre,
faïence brune et pourpre aussi,
ivoire par endroits.
Les arbres tiennent, minuscules,
leurs tasses japonaises.
Ils n’osent plus bouger, de peur
qu’une seule ne tombe.

Plein de lumière est le verger ;
tout y tremble : on eût dit
un magasin de bibelots
en cristal, et de lampes.
« Prends garde », proclame la voix
de mon coeur, « à ne pas
briser d’un geste maladroit
quelque objet qui scintille. »

Cependant, quelle volupté,
quelle joie de gamin :
secouer les arbres d’automne,
rester sous cette douche
au flot doré ; puis quelle mort
magnifique, là-bas,
la mort au sein de cette nappe,
lumières et couleurs.
Je marche silencieux, furtif,
parmi les griottiers
et leur service à thé, si rouge,
faïence du Japon.
Toute beauté qui se détache,
me fait souffrir. Je crains
à chaque fois pour les valeurs
fragiles de la terre.

Transparence, cristal se trouvent
ailleurs que chez les arbres ;
transparence est le monde entier :
coeurs aériens, visages
qui êtes toute transparence,
jusqu’à quand, dites-moi,
le vent d’automne voudra-t-il
encor vous épargner ?

Le vent tarde à souffler ; toujours
dans le soleil se tiennent
le jardin et la création.
La peine en est plus forte,
de voir, du haut des arbres calmes,
tomber en se berçant,
ça et là — quel mortel silence ! —
une feuille en cristal.

(Gyula Illyès)

Illustration

 

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Pour m’endormir (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018



    

Pour m’endormir, je mets
le masque du sommeil : un léger voile
que je tisse avec les événements du jour
et les mots dont je perds le fil en m’endormant.
Une toile aussi fine que celle de l’araignée
où restent au matin des lambeaux de rêves :
des images prises au piège, les discours décousus
d’un somnambule qui se réveille.

Le masque du cauchemar est un masque de fer
et de bois dur. La corne et l’ivoire,
c’était pour les dieux qui parlaient latin
et les grands mammifères dont on faisait
des trophées. Les bibelots nous suffisent:
la jungle des images a remplacé les grandes battues.

(Gérard Macé)

 

Recueil: Homère au royaume des morts a les yeux ouverts
Traduction:
Editions: Le bruit du temps

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LA FEMME DE MENAGE (Raymond Federman)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



LA FEMME DE MENAGE

le seul plaisir que ma mère,
a dû avoir dans sa vie de misère
c’est quand elle faisait
le ménage dons les maisons
des quartiers riches

pendant les longues heures
qu’elle passait à genoux
à cirer les parquets
des maisons riches
elle se disait c’est beau ici
je me sens un peu comme chez moi
chaque fois que je fais le ménage ici

et pendant qu’elle astiquait
les meubles dernier cri des riches
époussetait leurs bibelots
faisait leurs lits
lavait leur vaisselle
repassait leurs cols de chemises
en prenant bien soin
de ne pas faire de faux-plis
elle se disait qu’est-ce qu’ils ont
comme belles choses ces gens-là
tout en contemplant d’un air absent
ses mains gercées

***

THE CLEANING WOMAN

the only pleasure my mother
must have had
in her miserable life
was when she cleaned
the houses of the rich

during the long hours she spent
on her knees scrubbing floors
she would say to herself
it’s so beautiful here
I always feel like I am at home
whenever I come here

and while she polished
the fancy furniture
dusted the bibelots
made the beds
washed the dishes
pressed the shirts of monsieur
being very careful not to make
a double crease in the collar
she would say absently
while contemplating
her bruised hands
what beautiful things
these people have

(Raymond Federman)

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LA POUSSIÈRE – CHANSON DE SERVANTE (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2016




LA POUSSIÈRE
CHANSON DE SERVANTE

Essuie, torchon, mon ami,
Tu n’en auras jamais fini.

Quand je la chasse, elle retombe;
Les cheminées en font pour moi.

Battez mes mains, battez les livres,
Qui l’appellent, l’attirent, l’aspirent.

Et vous, lits, je vous maudis,
Où les minons font leurs nids.

Et vous, rideaux de mousseline,
Qui lui tendez vos pièges fins.

Et vous, manteaux, et vous, les jupes,
Qui m’apportez toute la rue.

Essuie torchon, mon ami,
Tu n’en auras jamais fini.

Tire-la de ma bouche sèche,
Où elle grince entre mes dents;

Ote-la-moi de mes oreilles,
Et de mes yeux qu’elle rougit.

Epoussette-la de mes rêves,
Mes jolis rêves qu’elle salit;

Et de la gerbe de soleil,
Qui s’étale sur mon réveil.

Enlève-la des statues nues,
Et des cadres, et des pots de fleurs;

Et des bibelots et des vases,
Qu’il est défendu de casser;

Des draps brodés, des dentelles,
Des perles fines, des rubis,

De ma méchante patronne
Qui se prélasse dans son lit;

Des grand’routes, du cimetière…

Va, mon torchon, mon pauvre ami,
Nous n’en aurons jamais fini.

(André Spire)

 

 

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La mémoire (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 1 novembre 2016



La mémoire est comme le dessus d’une cheminée.
Pleine de bibelots qu’il sied de ne pas casser,
mais qu’on ne voit plus.

(Georges Perros)

Illustration: René Magritte

 

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LA DERNIERE ILE (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2015



 

Asit Kumar Patnaik 1968 - Indian painter -   (7) [1280x768]

LA DERNIERE ILE

C’est la dernière île de son innocence
Les derniers oiseaux familiers
Après tout devient sauvage
Et ses envies sont des péchés

Parmi les plus belles fleurs
Elle trouve une fleur d’une laideur troublante
Le sable du rivage a des traces suspectes
Et les premiers noyés abordent à l’aurore

C’est la première fois qu’elle tue les hommes dont elle rêve
La première fois qu’elle en a peur

Ses jouets aussi meurent
Et font partie d’un monde de bibelots
Le corail devient bijou
Les échos deviennent trompeurs

(Ernest Delève)

Illustration: Asit Kumar Patnaik

 

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