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TU VIENS D’AVOIR VINGT ANS (Christian Arabian)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



 

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TU VIENS D’AVOIR VINGT ANS

Quand l’amour a plus d’importance
Que le grondement de la violence
Il n’y a ni couleur ni race
Ni jeuness’ qui ne se lève en masse
La route qui mène chez toi
Passe peut-êtr’ par le combat
Si tu m’appell’s je serai là
Tu peux compter sur moi.

Puisque c’est ton anniversaire
Je veux ce soir lever mon verre
Tu viens juste d’avoir vingt ans
Ton pays tout autant

Nous ferons jaillir l’espérance
Comme la colombe au ciel s’élance
Nos coeurs n’auront aucune peine
A découvrir un jardin sans haine
Et puis le temps redeviendra

C’est le renouveau
On a fatigué les jeunes chevaux
Cueilli le muguet, coupé les lilas
Oublié le froid de la Saint-Nicolas
Longtemps asservi
Le sang des forêts renaît à la vie
Et dans les fourrés, venue s’égarer
Une biche à pas menus fait l’ingénue.

(Christian Arabian)

Illustration: Guy Baron

 

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Rondeau du dinosaure (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2020




    
Rondeau du dinosaure

qui danse avec les biches
Donnez la main au dinosaure
Petites biches, pour danser
Tournez, tournez, tournez encore
Lancez la ronde dans le pré

Un dinosaure c’est grand c’est fort
Mais pour la danse c’est pas doué
Donnez la main au dinosaure

Quand vous arriverez au bord
De la fontaine si vous lâchez
Ses grosses pattes il va tomber
Ça fera « plouf ! » et vous rirez
Donnez la main au dinosaure

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Rondeaux poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Emerance (Philippe Chabaneix)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2019




Emerance

C’est toi qu’en rêve je poursuis
Par les sentiers d’Ile-de-France,
C’est toi que j’aime et qui me fuis,
O cher fantôme d’Emerance,

C’est toi la biche et l’oiseau d’or
Dont le passage émeut les feuilles,
C’est toi, dans l’ombre vaste où dort
Maint souvenir, qui te recueilles,

C’est toi la fleur au nom charmant,
La fleur des sous-bois, la pervenche,
C’est toi l’unique diamant,
C’est toi le ciel d’un clair dimanche,

C’est toi le feu qui danse et court,
C’est toi l’éternelle incomprise,
Et c’est toi ce beau chant d’amour
Qu’une enfant soupire à la brise.

(Philippe Chabaneix)

Illustration: Wojciech Niemiec

 

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POUR MON ENFANT FRAIS (Denise Jallais)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



POUR MON ENFANT FRAIS

Comme une petite pêche mûre
Tu vas tomber dans ma vie
Et je te cueillerai avec soin
Pour garder longtemps
Ton odeur de fruit
Et ta peau d’aurore
Tu dormiras
Tes cils sur ta joue
Comme de l’herbe marine
Et je te regarderai
Etonnée d’être à la fois
L’arbre
Et la terre (…)

Noël est plein de sapins
Les repas de famille
Sentent le gigot et l’ennui
Toi
Tu n’y comprends rien
Tu voudrais manger les bougies
Alors
Je te donne Bambi la biche
Et pour mieux t’endormir
Tu lui mords l’oreille

(Denise Jallais)

Illustration: Julia Pappas

 

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NUITS (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2018



Illustration
    
NUITS

Des nuits parfois sont mornes.

Les jardins n’ont plus d’odeur
Il n’est plus de frisson aux feuilles
Le ciel bas est plus rouge entre tant de portiques
Les places sont hantées de spectrales statues
Qui passe en vain s’y hâte.

Des nuits s’appesantissent à l’égal de nos jours.

Nuits d’une vieille ville
Trop vieille
Sans oiseaux sans licornes
Sans cavaliers ni dames folles
Ni faons blessés ni biches ni loups-cerviers
Ni sang frais sur les murs des palais ancestraux.

Les jeux de mains les jeux de mots sont feux
Jeux de mots jeux de mains où l’amour s’égarait
Parmi les cascades les lucioles les pierreries
La mousse des dentelles rompues
Les écharpes de soie jetées sur des yeux fiers
Les rires sous les pluies de pétales.

Nuits comme un théâtre de velours défunt
Où s’exaltent nos souvenirs diminués.

Matins étayés de béquilles.

Il reste un goût de cendre et de pourri
Un goût de fleurs croupies d’eaux fanées
Ce goût d’être déçu qui nous plaît plus que tout.

(André Pieyre de Mandiargues)

 

Recueil: L’âge de craie suivi de Dans les années sordides Astyanax et Le Point où j’en suis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ivre (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2018




    
Ivre, les yeux ouverts dans la maison stérile,
n’évitant pas les feux dans le creux des collines,
si je tiens un roseau leur souffle le consume
et laisse dans ma chair une longue brûlure
et la sensation de la fragilité.

Ô réserve et repos, dans un étrange exil,
sur tous les bords du ciel, des sources et des brises,
où l’étincelle change en parcelle de neige,
où de grandes clartés éblouissant l’espace,
ignorent que je marche à travers les périls,

parfois dévale un des torrents de l’insomnie,
là vivent à leur aise et trouvent leurs amours
les animaux sans nom, les charmantes figures
qui fixeront sur moi pendant une seconde
leur œil étincelant d’un singulier génie,

l’un d’eux va me sauver, l’un d’eux va me guider,
son pelage inondé de l’innocente averse,
vers le seuil ruisselant, siège des arcs-en-ciel
où viennent s’abreuver les oiseaux des présages,
le sang nouveau se mêle à la jeune rosée
et la biche aux yeux clairs qui vint guider mes pas
disparaît, quand mes bras s’ouvrent dans le printemps.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésie
Traduction:
Editions: Gallimard

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ELLE PASSE (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018




    
ELLE PASSE

La foudre rôde aux veines du village
Et les enfants ne savent plus sourire.
Les hommes droits portent sur leur visage
La même fleur opaque du désir.

Les cuisses nues, la gorge haute et noire,
C’est le printemps qui trace son sillage
Et qui parlait de blé perd la mémoire
Et qui dormait s’éveille à ce passage,

Flairant dans l’air les chasses de l’orage
Où se retourne une biche d’argent,
Belle à mourir, cernée par les nuages,
Epouvantée des armes et du sang.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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ROSES DANS LA NUIT (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018




    
ROSES DANS LA NUIT

Dès que la nuit monte au ciel, le monde est à nous, et aux dieux.
Nous allons des champs à la source, des bois obscurs aux clairières,
où nous mènent nos pieds nus.

Les petites étoiles brillent assez pour les petites ombres que nous sommes.
Quelquefois, sous les branches basses, nous trouvons des biches endormies.

Mais plus charmant la nuit que toute autre chose,
il est un lieu connu de nous seuls et qui nous attire à travers la forêt :
un buisson de roses mystérieuses.

Car rien n’est divin sur la terre à l’égal du parfum des roses dans la nuit.
Comment se fait-il qu’au temps où j’étais seule je ne m’en sentais pas enivrée?

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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La biche brame au clair de lune (Maurice Rollinat)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



La biche brame au clair de lune
Et pleure à se fondre les yeux:
Son petit faon délicieux
A disparu dans la nuit brune.

Pour raconter son infortune
A la forêt de ses aïeux,
La biche brame au clair de lune
Et pleure à se fondre les yeux.

Mais aucune réponse, aucune,
A ses longs appels anxieux!
Et le cou tendu vers les cieux,
Folle d’amour et de rancune,
La biche brame au clair de lune.

(Maurice Rollinat)

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IDYLLE (Jean Vauquelin de la Fresnaye)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018


 


 

cupidon

IDYLLE

Amour, tais-toi, mais prends ton arc ;
Car ma biche belle et sauvage,
Soir et matin, sortant du parc,
Passe toujours par ce passage.

Voici sa piste, ô la voilà !
Droit à son coeur dresse ta vire,
Et ne faux point ce beau coup-là,
Afin qu’elle n’en puisse rire.

Hélas ! qu’aveugle tu es bien !
Cruel, tu m’as frappé pour elle.
Libre elle fuit, elle n’a rien ;
Mais las ! ma blessure est mortelle.

(Jean Vauquelin de la Fresnaye)

 

 

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