Arbrealettres

Poésie

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La tempête passe (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017




    
La tempête passe entre les doigts ouverts
en renversant le ciel parmi les feuilles mortes
et la terre ne dépasse plus de la terre
que par quelques arbres coulant avec leur mâture.

Les oiseaux perdus dans les branches se taisent,
les bielles s’arrêtent dans les machines souterraines,
les chambres sans plafond sont nues dans la bourrasque
qui troue la cendre froide où les hommes se cachent.

Les noeuds de rosée n’ont pas tenu dans l’herbe
qui pourchasse le vent en toute liberté,
surprise de voir la terre si dure et si passive
aux coups que lui donne le nuage en plein vol.

Les ceps transis restent seuls dans les champs
au milieu des os que tendent les chaumes.
Le monde est soudain vide comme un couloir
où le moindre pas, le moindre mot résonne.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Elle avait des seins (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Ora Tamir  
    
Elle avait des seins durs comme une cuirasse
dans le plein été d’une étreinte d’homme.

Lisse autour de son sexe
elle fermait les bras sur celui
qui l’emportait un instant au-delà de sa chair,
au-delà de toutes les forêts qui montaient d’elle
d’une seule poussée de reins.

La buée qui recouvrait son corps
comme celle qui est sur les fruits qu’on n’a pas touchés
l’empêchait de luire comme une vitre bien faite.

On cherchait l’amande de sa chair
comme on cherche une source dans les bois
quand la chaleur fait tanguer le monde.

A longues gorgées, sans se reprendre,
l’homme buvait les seins de la femme.
C’était un enchantement de rosée
et les mains, les bras, les jambes
faisaient un doux et lent travail de bielle.

Quand elle fermait les yeux
elle avait tout le ciel derrière les paupières
quand elle fermait les cuisses
un arbre s’enracinait entre elles.
Ses cheveux se liaient à la terre
rendue soudain à la liberté de ses herbes.

Elle était longue comme la lumière
qui se jette du haut d’un nuage.
Elle était belle parce qu’elle avait des yeux,
elle était vivante parce qu’elle avait une bouche,
elle était femme parce qu’un homme poussait en elle comme une plante.

Avec une tête qui ne tenait plus que par la carotide,
avec une tête qui se penchait sur un gouffre,
elle déroulait sa peau et celle de l’homme
pour en faire une seule épaisseur qui se tordait
comme un drap tout frais de lessive.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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