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Poésie

Posts Tagged ‘bienheureux’

Il y a les bienheureux (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2017



Il y a les bienheureux
et les bienmalheureux.

(Laurent Albarracin)

 

 

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Le Poète (René-Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2017



Le Poète

Celui qui s’en allait
Celui qu’on retrouvait tous les soirs sur les quais
Dans les désordres du langage
Celui qui n’avait plus que sa joie pour bagage
Et dont l’astre brûlait les registres du port
Celui qui s’engouffrait dans les voiles du sort

Tournant vers le matin ses paumes lumineuses
Celui se se gardait une fin bienheureuse
En répondant au nom de tous les condamnés
Il est là maintenant
Son coeur est désarmé
Tandis que le soleil encombre les vitrines
Il sort de longs couteaux rouillés de sa poitrine

Penché sur l’horizon réduit du bastingage
Il regarde
Il n’a plus les ferveurs de son âge
Il ne renverse plus le monde en se levant
Tout est loin dans la rogue épaisse du levant

Pour retrouver l’éclat des santés
La jeunesse
Et le grand large avec ses marées de tendresse
La bonne odeur du jour
Il tend les bras
Il est certain de son amour.

(René-Guy Cadou)

 

 

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La fille venue d’ailleurs (Friedrich Schiller)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



La fille venue d’ailleurs

Jadis dans une vallée, chez de pauvres bergers,
Paraissait, dès l’année nouvelle
Et les premiers babils des alouettes,
Une fille, merveilleuse et belle.

Elle n’était point de la vallée,
On ne savait d’où elle venait,
Et, dès qu’elle avait pris congé,
Bien vite on reperdait sa trace.

L’approcher rendait bienheureux
Et tous les coeurs se dilataient,
Mais une dignité, une sorte de grandeur
Empêchaient qu’on fût familier.

Elle apportait des fleurs, des fruits
Mûris dans une autre campagne,
Sous le soleil d’un autre ciel,
Dans une nature plus heureuse.

Et faisait un don à chacun,
À l’un des fruits, des fleurs à l’autre,
Jeune homme ou vieillard marchant mal,
Chacun rentrait chez lui comblé.

Tout hôte était le bienvenu,
Mais quand venaient des amoureux,
Ils avaient la meilleure offrande,
La plus belle fleur était pour eux.

***

Das madchen aus der fremde

In einem Tal bei armen Hirten
Erschien mit jedem jungen Jahr,
Sobald die ersten Lerchen schwirrten,
Ein Mädchen, schön und wunderbar.

Sie war nicht in dem Tal geboren,
Man wusste nicht, woher sie kam,
Und schnell war ihre Spur verloren,
Sobald das Mädchen Abschied nahm.

Beseligend war ihre Nähe,
Und aile Herzen wurden weit,
Doch eine Würde, eine Höhe
Entfernte die Vertraulichkeit.

Sie brachte Blumen mit und Früchte,
Gereift auf einer andern Flur,
In einem andern Sonnenlichte,
In einer glücklichern Natur.

Und teilte jedem eine gabe,
Dem Früchte, jenem Blumen aus,
Der Jüngling und der Greis am Stabe,
Ein jeder ging beschenkt nach Haus.

Willkommen waren aile Gäste,
Doch nahte sich ein liebend Paar,
Dem reichte sie der Gaben beste,
Der Blumen ailerschönste dar.

(Friedrich Schiller)


Illustration: Edvard Munch

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Rondel musical (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2017



Rondel musical

La musique berce nos peines
Et les endort pour un moment,
Comme en ses bras bonne maman
Berce bébé, des heures pleines.

Tout cède à son enchantement :
Regrets, remords, désespoirs, haines…
La musique berce nos peines
Et les endort pour un moment.

Doux vent d’oubli soufflé des plaines
Bienheureuses du firmament ;
Harmonieux apaisement ;
Opium des âmes humaines…
La musique berce nos peines.

(Albert Lozeau)

Illustration: Remedios Varo Uranga

 

 

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Cendres (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



Cendres
de si mortes choses, de maux perdus,
de contacts ineffables, de muets
soupirs;

flammes vives
vous me basculez dans ce moment où
d’anxiété en anxiété je m’approche
du seuil du sommeil

et dans le sommeil
avec ces liens passionnés et tendres,
de l’enfant à sa mère, à vous, cendres,
je me fonds.

L’angoisse
m’attend au passage, je la désarme. Comme
un bienheureux la voie du paradis
je monte un escalier, je m’arrête à une porte
où je sonnais en d’autres temps. Le temps
il a cédé d’un coup.

Je me sens,
avec les vêtements et l’âme d’alors,
dans une foudroyante lumière ; au cœur
ne se résout pas une joie vertigineuse
comme la fin.
Mais je ne crie pas.
Muet
je pars pour l’immense empire des ombres.

(Umberto Saba)

Illustration: Ráed Al-Rawi

 

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Je ne veux plus souffrir du songe qui me trouble (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2016



 Edson Campos

Je ne veux plus souffrir du songe qui me trouble,
Et vaincrai mon souci,
Car aimes-tu quelqu’un en existence double,
Tu le trompes ici.

Trompons ce bienheureux pour qui tu te contractes
Dans ton sommeil profond ;
Au contraire, il m’est doux de me livrer aux actes
Que tes chimères font.

L’autre te croit à lui. Mon baiser te réveille.
Et il te cherche en vain,
En ces lieux, où par quelque infernale merveille,
Ta présence lui vint.

(Jean Cocteau)

Illustration:Edson Campos

 

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Si quelqu’un, tombant de soi-même en soi-même (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2016



Si quelqu’un,
tombant de soi-même en soi-même,
s’agrippe pour se soutenir de soi,
et trouve entre lui et lui,
une porte qui mène autre part,
bienheureux de lui et de lui,
car il a trouvé son brouillon le plus ancien,
la première copie.

***

Si alguien,
cayendo de sí mismo en sí mismo,
manotea para sostenerse de sí
y encuentra entre él y él
una puerta que lleva a otra parte,
feliz de él y de él,
pues ha encontrado su borrador más antiguo,
la primera copia.

***

If someone,
falling from himself into himself,
wings his hands in order to sustain himself
and discovers between himself and himself
a door that opens to another place,
happy in himself and of himself,
then he has found his oldest rough draft,
the first copy.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Le cloître (Stefan George)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



Le cloître

Avec peu de frères, fuyez le bruit des hordes
Avant que dans le froid poison ne soit défait
Votre jeune vouloir: bâtissez pour la paix
Dans un val silencieux la maison de votre Ordre.

Bercés d’heures égales aux douces mélodies
Travailler le sol chaste est un acte sacré
Le jour s’écoule ainsi rythmé de sept degrés
pour vous et ma légion qui à vous se dédie.

L’enlacement ignore les avides tourments
L’amitié libérée de peur et désespoir —
Sanglots baisers et mots s’envolent dans le soir..
Voici des couples pieux le sublime ornement :

De douleur et d’envie sereines consumés
De lever leur regard vers cette beauté bleue
Renoncement divin zèle des bienheureux —
Comme enseigna jadis un moine à Fiesole.

(Stefan George)


Illustration

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Cette chose vaut ce que l’on vaut (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2016



Cette chose vaut ce que l’on vaut.
Elle n’est que plaisir pour la plupart des êtres
Elle n’est que la limite de ce qu’ils sont
Mais, toi, refuse ce nom vil de jouissance
A ce drame d’une recherche
A ce combat pour l’Unité
Qui veut qu’un corps et au autre corps
Composent l’oeuvre d’un frisson
Où pour le commun des mortels tout s’achève
L’amour expire à cet éclair de leur chair vive délivrée
Ils font semblant de mourir bienheureux
Mais autre que je suis et que je songe que tu sois
Mon esprit trouve au seuil la lueur
Qui illumine la perfection de la Tendresse
Ô seule manière de pleurer délicieusement ensemble
Sur cette même détresse : EXISTER

(Paul Valéry)

Illustration: Pascal Renoux

 

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Cris d’aveugle (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2015



 

Jules Bastien Lepage -

Cris d’aveugle

L’oeil tué n’est pas mort
Un coin le fend encor
Encloué je suis sans cercueil
On m’a planté le clou dans l’oeil
L’oeil cloué n’est pas mort
Et le coin entre encor

Deus misericors
Deus misericors
Le marteau bat ma tête en bois
Le marteau qui ferra la croix
Deus misericors
Deus misericors

Les oiseaux croque-morts
Ont donc peur à mon corps
Mon Golgotha n’est pas fini
Lamma lamna sabacthani
Colombes de la Mort
Soiffez après mon corps

Rouge comme un sabord
La plaie est sur le bord
Comme la gencive bavant
D’une vieille qui rit sans dent
La plaie est sur le bord
Rouge comme un sabord

Je vois des cercles d’or
Le soleil blanc me mord
J’ai deux trous percés par un fer
Rougi dans la forge d’enfer
Je vois un cercle d’or
Le feu d’en haut me mord

Dans la moelle se tord
Une larme qui sort
Je vois dedans le paradis
Miserere, De profundis
Dans mon crâne se tord
Du soufre en pleur qui sort

Bienheureux le bon mort
Le mort sauvé qui dort
Heureux les martyrs, les élus
Avec la Vierge et son Jésus
O bienheureux le mort
Le mort jugé qui dort

Un Chevalier dehors
Repose sans remords
Dans le cimetière bénit
Dans sa sieste de granit
L’homme en pierre dehors
A deux yeux sans remords

Ho je vous sens encor
Landes jaunes d’Armor
Je sens mon rosaire à mes doigts
Et le Christ en os sur le bois
A toi je baye encor
O ciel défunt d’Armor

Pardon de prier fort
Seigneur si c’est le sort
Mes yeux, deux bénitiers ardents
Le diable a mis ses doigts dedans
Pardon de crier fort
Seigneur contre le sort

J’entends le vent du nord
Qui bugle comme un cor
C’est l’hallali des trépassés
J’aboie après mon tour assez
J’entends le vent du nord
J’entends le glas du cor

(Tristan Corbière)

Illustration: Jules Bastien Lepage

 

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