Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘biffer’

Cela pourrait signifier beaucoup (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
Cela pourrait signifier beaucoup : nous passons,
nous venons sans être sollicités et devons céder la place.
Mais que nous parlions sans nous comprendre
ni atteindre à aucun moment la main de l’autre

réduit tant de choses à néant : nous ne subsisterons pas.
Des signes étrangers menacent déjà la tentative,
et le désir de nous regarder jusqu’au fond
une croix le rompt, pour nous biffer d’un trait, solitaires.

***

Es könnte viel bedeuten: wir vergehen,
wir kommen ungefragt und müssen weichen.
Doch daß wir sprechen und uns nicht verstehen
und keinen Augenblick des andern Hand erreichen,

zerschlägt so viel: wir werden nicht bestehen.
Schon den Versuch bedrohen fremde Zeichen,
und das Verlangen, tief uns anzusehen,
durchtrennt ein Kreuz, uns einsam auszustreichen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je l’ai écrit sur une ardoise (Marina Tsetaeva)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019



 Illustration: Marc Chagall
    
Je l’ai écrit sur une ardoise,
Sur les papiers des éventails
Et sur les rives, et sur les berges,
Patins sur glace, anneau sur verre,

Sur des troncs d’arbres centenaires,
Afin que sache le monde entier,
Je l’ai signé en arc-en-ciel,
Oui, que je t’aime, je t’aime, je t’aime !

Comme j’ai voulu que tous fleurissent
Des siècles, en moi et sous mes doigts.
Puis j’ai barré, biffé, rayé,
Front dans les mains — des noms — combien ?

Gravé dans l’or de mon alliance,
Serré au coeur, brûlant le sein :
Ton nom, toi seul, à l’intérieur,
— Table de Moïse — tu demeures.

(Marina Tsetaeva)

 

Recueil: Mon dernier livre 1940
Traduction: Véronique Lossky
Editions: Cerf

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le nom ne sert qu’a nommer (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2019


 


 

Pierre Marcel

Le nom ne sert qu’a nommer.
Dé-nommer les choses
les rejoindre en deçà du nom.
Dans le nom même qui les biffe,
les rature, les gomme,
le nom blesse la chose.
La chose blessée s’ouvre déjà
dans le nom, qui, dès lors, ne l’enclôt plus.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Pierre Marcel

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le temps n’est pas unique (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



 

Le temps n’est pas unique :
plusieurs rubans glissent, parallèles
souvent en sens contraire et rarement s’entrecroisent.

C’est quand se révèle la seule vérité que, dévoilée,
elle est aussitôt biffée par qui surveille engrenages et aiguillages.

Puis on replonge dans le temps unique.
Mais ce fut l’instant où les rares vivants se sont reconnus
pour se dire, non au revoir, mais adieu.

(Eugenio Montale)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Gilbert Garcin

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

IL SUFFIT (André Hardellet)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2015



 

Christian Schloe - Austrian Surrealist Digital painter - Tutt'Art@ (34)

IL SUFFIT

Il suffit de biffer un matricule
Sur les registres des Assurances sociales
Et de prévenir les croque-morts.

Il suffit d’effacer un prénom
Sur l’étiquette d’une rose
Clouée par l’été.

Il suffit de dormir
Pour revoir les pupitres tailladés à coups de canifs
Et le soleil inondant l’école vide
Un jeudi.

Il suffit de regarder le fil de sable
Coulant dans le sablier.

Il suffit de porter un masque.

Il suffit d’être seul
Sans juges ni lois
Pour s’infliger soi-même
La peine que l’on mérite.

Et plus tard
Il suffit de renverser le sablier.

(André Hardellet)

Illustration: Christian Schloe

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :