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Posts Tagged ‘bivouac’

ARRIVE QUI PLANTE (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



ARRIVE QUI PLANTE

Epique, aigre, de petit bois et sur les dents
Cette époque écoute le fracas des naufrages
Les marées têtues de la fièvre.

Elle grandit au milieu des statues,
Elle enfante des spectres et des machines.

Son âme, pour ne pas rouiller, est peinte au minium,
C’est la couleur du sang,
Du sang magique et secret qui bat sans fin
Dans les artères aveugles et soudées.

Les bivouacs ont peur de fermer l’oeil
Dans les avoines gorgées de nuit
Et les hommes pour gagner le ciel
Amarrent les cathédrales égarées dans ce siècle.

C’est l’heure où l’haleine des prairies
Entre dans les chambres des jeunes filles
Et souffle sur les braises du désir.

Avec tout cet acier qui se fabrique chaque nuit,
Avec ses terreurs, ses sortilèges, ses massacres,
Cette époque, je vous la laisse
Pour les maigres fleurs rousses des champs.

(Albert Ayguesparse)

 

 

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Très loin du règne du pareil au même (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



très loin du règne du pareil au même
leur bivouac ouvert à tous les vents
ne renie rien du labeur des voyages
ni l’enclume qui bat
ni le violon qui chavire
ni l’écho du hurlement des loups
perdu au halo de la lune
avec pour incurable nostalgie
le mal d’un pays qui n’existe pas

(André Velter)


Illustration

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LES HOMMES SUR LA TERRE (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018




    
LES HOMMES SUR LA TERRE

Nous étions quatre autour d’une table
Buvant du vin rouge et chantant
Quand nous en avions envie.

Une giroflée flétrie dans un jardin à l’abandon
Le souvenir d’une robe au détour d’une allée
Une persienne battant la façade.

Le premier dit : « Le monde est vaste et le vin est bon
Vaste est mon coeur et bon mon sang
Pourquoi mes mains et mon coeur sont-ils vides ? »

Un soir d’été le chant des rameurs sur une rivière
Le reflet des grands peupliers
Et la sirène d’un remorqueur demandant l’écluse.

Le second dit : « J’ai rencontré une fontaine
L’eau était fraîche et parfumée
Je ne sais plus où elle est et tous quatre nous mourrons. »

Que les ruisseaux sont beaux dans les villes
par un matin d’avril
Quand ils charrient des arcs-en-ciel.

Le troisième dit : « Nous sommes nés depuis peu
Et déjà nous avons pas mal de souvenirs
Mais je veux les oublier. »

Un escalier plein d’ombre
Une porte mal fermée
Une femme surprise nue.

Le quatrième dit : « Quels souvenirs?
Cet instant est un bivouac
O mes amis nous allons nous séparer. »

La nuit tombe sur un carrefour
La première lumière dans la campagne
L’odeur des herbes qui brûlent.

Nous nous quittâmes tous les quatre
Lequel étais-je et qu’ai-je dit?
C’était un jour du temps passé.

La croupe luisante d’un cheval
Le cri d’un oiseau dans la nuit
Le clapotis des fleuves sous les ponts.

L’un des quatre est mort
Deux autres ne valent guère mieux
Mais je suis bien vivant et je crois que c’est pour longtemps.

Les collines couvertes de thym
La vieille cour moussue
L’ancienne rue qui conduisait aux forêts.

O vie, ô hommes, amitiés renaissantes
Et tout le sang du monde circulant dans des veines
Dans des veines différentes mais des veines d’hommes, d’hommes sur la terre.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Fortunes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les feux du bivouac (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2016



 

Bivouac

Les feux du bivouac

Les feux mouvants du bivouac
Éclairent des formes de rêve
Et le songe dans l’entrelacs
Des branches lentement s’élève

Voici les dédains du regret
Tout écorché comme une fraise
Le souvenir et le secret
Dont il ne reste que la braise

(Guillaume Apollinaire)

Illustration

 

 

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A. R. (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2016



Lors du pillage
D’une caravane d’Ethiopie
On a trouvé
Deux malles en fer
Pour le bateau de Marseille
Qui part de Djibouti

Dedans il n’y avait
Que des carnets griffonnés
Et des bouts de papier
Beaucoup
Dont l’encre semblait pâle

On s’en servit
Parce qu’ici le bois est rare
Pour allumer le feu
Du bivouac
C’était mieux que la crotte
De chamelle

Quelqu’un a reconnu écrite
En français
Et en arabe l’en-tête
De lettre
Du marchand d’armes A. R.

(Werner Lambersy)

 

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La cascade (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2015



La cascade

Quelle flèche a percé le ciel et le rocher?
Elle vibre. Elle étale, ainsi qu’un paon, sa queue
Ou, comme la comète à minuit vient nicher,
Le brouillard de sa tige et ses pennes sans noeuds.

Que surgisse le sang de la chair entr’ouverte,
Lèvres taisant déjà le murmure et le cri,
Un doigt posé suspend le temps et déconcerte
Le témoin dans les yeux duquel le fait s’inscrit.

Silence? nous savons pourtant les mots de passe,
Sentinelles perdues loin des feux de bivouac
Nous sentirons monter dans les ténèbres basses
L’odeur du chèvrefeuille et celle du ressac.

Qu’enfin l’aube jaillisse à travers tes abîmes,
Distance, et qu’un rayon dessine sur les eaux,
Présage du retour de l’archer et des hymnes,
Un arc-en-ciel et son carquois plein de roseaux.

(Robert Desnos)

Illustration

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OBJET COURANT (André Hardellet)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2015



 

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OBJET COURANT

Sur les landes du cendrier
Glissent les bataillons en marche
La Reine et tous ses cavaliers
Nés de la cendre et du panache.

Longue colombe de fumée
Quel bleu déserte avec la perte ?
C’est toujours paupières fermées
Qu’on découvre la porte ouverte.

Bal des souris dans le grenier
Cavalerie par les grand routes
Sur l’espace du cendrier
Quels bivouacs, quelles déroutes !

Ma blonde rougit dans le soir
Au clair de la lune violette
Les frôleuses de l’étang noir
Ont baissé leur loup à voilette.

Maraudeurs, gendarmes et rois
Sont devenus inexplicables.
Dans ses carrières, en sournois
S’apprête le marchand de sable.

(André Hardellet)

 

 

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