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Poésie

Posts Tagged ‘blasphème’

Dans la ronde des ombres (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2020



Dans la ronde des ombres froissant l’herbe tendre
J’entrai, disant le nom mélodieux.
Mais tout s’est dissipé, à peine puis-je entendre
D’un faible bruit le souvenir brumeux.

Ce nom, pensai-je, c’est le nom d’un séraphin.
J’eus peur d’abord de la forme légère,
Mais quelques jours encore et nous ne faisions qu’un.
J’étais comme dissous dans l’ombre chère.

Et le pommier de nouveau perd son fruit sauvage,
Et devant moi passe secrètement
L’image qui blasphème et se maudit, l’image
Nourrie des braises de la jalousie.

Et, cerceau d’or, accomplissant une autre volonté,
Le bonheur roule le long du chemin
Et toi tu vas en quête d’un printemps léger,
Déchirant l’air d’un geste de la main.

Le sort en est jeté. Rien ne fera que s’ouvre
Pour nous le cercle ensorcelé.
De la terre virginale les collines souples
Reposent, serrées dans leurs langes.

(Ossip Mandelstam)

Illustration: Madalina Iordache-Levay

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Le pays de verre (Marcel Béalu)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019



Illustration: Polina Ntalampira
    
Le pays de verre

J’habite un pays peuplé de vivants
Dans ses clairs vallons de lacs et de cygnes
Nul ne vint jamais semeur de blasphèmes
Et même la nuit ne descendra plus
Cerner de broussailles l’eau des fontaines
Où se rassemblaient mes filles d’enfance
Pour festonner d’argent un coeur de sable
Le jour traverse les murs de cristal
Des rues sans nom de ce pays sans nom
Et celles qui sont à présent mes filles
Portent dans leur paume un coeur qui palpite
Comme un pigeon rouge au retour des îles
Mais je ne vous dirai pas nos amours
Car vous n’en pourriez croire vos oreilles.

(Marcel Béalu)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Blasphèmes de cantine (Roger-Pol Droit)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2019



Illustration
    
Blasphèmes de cantine

Yahvé des tomates
Des tranches de jésus,
Nom d’un saucisson,
Du Bouddha aux pommes
De la glace Allah vanille
Maintenant ça suffit
On connaît le menu
Vishnou la paix

(Roger-Pol Droit)

 

Recueil: Où sont les ânes au Mali
Traduction:
Editions: Seuil

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Litanies de mon triste cœur (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



Litanies de mon triste cœur

Mon coeur repu de tout est un vieux corbillard
Que traînent au néant des chevaux de brouillard.

Prométhée et vautour, châtiment et blasphème,
Mon coeur est un cancer qui se ronge lui-même.

Mon coeur est un bourdon qui tinte chaque jour
Le glas d’un dernier rêve en allé sans retour.

Mon coeur est un gourmet blasé par l’espérance
Qui trouve tout hélas! plus fade qu’un lait rance.

Mon coeur est un noyé vidé d’âme et d’espoirs
Qu’étreint la pieuvre Spleen en ses mille suçoirs.

Mon coeur est une horloge oubliée à demeure
Qui bien que je sois mort s’obstine à sonner l’heure.

Mon cœur est un ivrogne altéré bien que saoûl
De ce vin noir qu’on nomme universel dégoût.

Mon coeur est un terreau tiède, gras, et fétide
Où poussent des fleurs d’or malsaines et splendides!

Mon coeur est un cercueil où j’ai couché mes morts…
Taisez-vous, airs jadis chantés, lointains accords!

Mon cœur est un tyran morne et puissant d’Asie,
Qui de rêves sanglants en vain se rassasie.

Mon coeur est un infâme et louche lupanar
Que hantent nuit et jour d’obscènes cauchemars.

C’est un feu d’artifice enfin qu’avant la fête
Ont à jamais trempé l’averse et la tempête.

Mon coeur…. Ah! pourquoi donc ai-je un coeur? Ah!
Ma vie et l’Univers ? la Nature et la Loi ? pourquoi

(Jules Laforgue)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Je ne veux pas qu’elle soit morte (Albert Cohen)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



Je ne veux pas qu’elle soit morte.
Je veux un espoir, je demande un espoir.
Dieu de ma mère, mon Dieu que j’aime
malgré mes blasphèmes de désespoir.
Je T’appelle au secours.

Aie pitié de ce mendiant abandonné au coin du monde.
Je n’ai plus de mère, je n’ai plus de maman,
je suis tout seul et sans rien
et j’appelle vers Toi qu’elle a tant prié.

Donne-moi la foi en Toi,
donne-moi la croyance en une vie éternelle.
Cette croyance, je l’achèterais au prix d’un milliard d’années en enfer.
Car après ce milliard d’années en enfer où l’on Te nie,
je pourrai revoir ma mère qui m’accueillera,
sa petite main timidement à la commissure de sa lèvre.

(Albert Cohen)

Illustration

 

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Je crois donc (Saint-Pol Roux)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2018



 

feu

Je crois donc, avenir d’une réalité,
Que tu viens, devançant l’Age des Créatures,
Ouraganer la paix de mon éternité
Afin que je m’apprête aux tempêtes futures.

Vite déchiffre-moi cette énigme de feu
Qu’alimentent, bizarre amas d’allégories,
Des fanfares, des paons, des blasphèmes à Dieu,
Des serments tronçonnés et des chocs de patries.

Oh dis, spectre à rebours, la Force de demain
Que tu fais pressentir par une telle emprise
Que ma barbe si blonde a blanchi de surprise ! »
Et la Flamme lança : « Je suis l’Orgueil Humain. »

(Saint-Pol Roux)

 

 

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Une dentelle s’abolit (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



Illustration: Karen Lamonte
    
Une dentelle s’abolit
Dans le doute du Jeu suprême
A n’entr’ouvrir comme un blasphème
Qu’absence éternelle de lit.

Cet unanime blanc conflit
D’une guirlande avec la même,
Enfoui contre la vitre blême
Flotte plus qu’il n’ensevelit.

Mais, chez qui du rêve se dore
Tristement dort une mandore
Au creux néant musicien

Telle que vers quelque fenêtre
Selon nul ventre que le sein,
Filial on aurait pu naître.

(Stéphane Mallarmé)

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Eveil amoureux (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



Eveil amoureux

A travers les volets, un rayon de soleil
Se glisse pour venir colorer de vermeil
Ton sourire épanoui sur le coin de ta bouche.
Au réveil du matin, quand bourdonne la mouche,
Ton regard de tendresse annonce le baiser
Et promet la caresse à mon corps apaisé

Le geste de ta main conjugue la luxure
D’une chair qui se donne à l’âme la plus pure.
Les courbes de ton corps dessinent l’horizon
Que ma main peut toucher au sein de la maison.
Qu’elle soit allumée ou qu’elle soit éteinte,
La lumière en nos cœurs éclaire notre étreinte.

Il n’est rien de plus saint que ce divin péché
Auquel nous succombons au lever, au coucher
Et j’ose proclame .  » Ce n’est pas un blasphème
De s’unir dans la chair du moment que l’on s’aime »

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Francine Van Hove

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TRANSFUSION (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

transfusion  0

TRANSFUSION

Incandescence de four. Ou immense
jet
d’hémoglobine —

: le blasphème
de leur parole vouée à la mort, gisant
dans le sang même
que ton coeur ouvert
prodigue toujours.

Pulsation —
et puis ce qui — (puis
quoi ?) — perce sous le crâne
du sphinx de ghetto — qui met au jour
l’ignominie
et la fièvre de ceux
qui ont renoncé. (Comme toi,
ils errent toujours, toujours
affamés, enfermés dans le pain
de la chair de personne, toujours se font
sentir) :
comme si, dans l’espace entre
le coucher et le lever du soleil,
une main
avait recueilli ton âme
et l’avait pétrie avec les pierres
dans le levain
de la terre.

(Paul Auster)

Illustration : Sandrine Genet

 

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Je voulais qu’on m’aime (Lorand Gaspar)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2018



Illustration
    
je voulais qu’on m’aime —
mendiant exact aux fêtes de lumière
usé de gris et de blasphèmes.
Il me reste de cette chair les arêtes
de tant d’élancements —

(Lorand Gaspar)

 

Recueil: Sol absolu et autres textes
Traduction:
Editions: Gallimard

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