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Posts Tagged ‘blasphémer’

Ah combien j’étais fou (Tommaso Landolfi)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Ah combien j’étais fou, moi qui cherchais parfois
A te représenter : tu n’es pas de la terre,
Tu n’as pas nom humain, ton beau visage
Est le soleil épars sur les choses,
Ta voix est un frisson d’étoiles ;
Ou encore, quand s’ouvre le ciel, tu souffles
Une trop étrange parole.
Et pour cela jamais personne
Ne proclamera ta venue.
D’où vient, pourtant, que tu parles en mon cœur ?
Oh, puisque tu me parles, tu dois m’entendre ?
Si tu m’entends, je ne te demande qu’une grâce,
A toi mon errante et passagère compagne :
Celle de blasphémer ou de prier un dieu.

***

Ah quanto folle che cercai talvolta
D’affigurarti : tu non sei terrena
E non hai nome umano, il tuo bel volto
È il sole sparso sulle cose
Et la tua voce un fremito di stelle ;
O, fratto il cielo, soffi
Una favella troppo forestiera.
Per questo mai nessuno
Proclamerà il tuo avvento.
Donde, pure, che tu mi parli in cuore ?
O, dal momento che mi parli, m’odi ?
E se m’odi, una Bola grazia chiedo
A te, compagna errante e casuale :
Di bestemmiare o di pregare un dio.

(Tommaso Landolfi)

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Tombeau du Poète (Léon Deubel)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



 

Tombeau du Poète

Par les sentiers abrupts où les fauves s’engagent,
Sur un pic ébloui qui monte en geyser d’or,
Compagnon fabuleux de l’aigle et du condor,
Le Poète nourrit sa tristesse sauvage.

À ses pieds, confondus dans un double servage,
Multipliant sans cesse un formidable effort,
Les Hommes, par instants, diffamaient son essor ;
Mais lui voyait au loin s’allumer des rivages.

Et nativement sourd à l’injure démente,
Assuré de savoir à quelle ivre Bacchante
Sera livrée un jour sa dépouille meurtrie ;

Laissant la foule aux liens d’un opaque sommeil,
Pour découvrir enfin l’azur de sa patrie
Il reprit le chemin blasphémé du soleil !

(Léon Deubel)

Illustration: David Caspar Friedrich

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L’exode (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
L’exode

Rentrer en la substance aveugle d’un seul coup
Et tel à son liteau vient s’endormir le loup.
Ah! n’être pas celui dont tout désir avorte,
Qui va traînant sa chair comme un lourd vêtement!
Dans son tournoiement d’or que la nuit me remporte,
Qu’une étoile me mêle à son ruissellement!

Ah! que je ne sois pas celui qui se résigne
Et pâlement sourit en l’automne attiédi,
Dont la décrépitude a marqué de son signe
La lèvre détendue et le pas engourdi!
Je veux, dans du soleil, d’un bras plein de révolte,
Violer l’inconnu dont j’ai forcé la porte

Et devenir chanson, mouvement ou rayon,
Le vol de la tempête ou l’aile d’un grillon,
N’être pas le vieillard dont la force agonise
Lentement; mais debout, jeune et audacieux,
Puisque j’ai blasphémé et la vie et les dieux,
Que sur les hauts sommets l’éclair me pulvérise.

(Marie Dauguet)

 

 

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L’ÉCHO (Théodore Botrel)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



L’ÉCHO

Rôdant, triste et solitaire,
Dans la forêt du mystère,
J’ai crié, le coeur très las :
La vie est triste ici-bas !
… L’écho m’a répondu : Bah !

Écho, la vie est méchante !
Et, d’une voix si touchante
L’écho m’a répondu : Chante !

Écho, écho des grands bois,
Lourde, trop lourde est ma croix ! »
L’écho m’a répondu : « Crois ! »

« La Haine en moi va germer :
Dois-je rire ? ou blasphémer ? »
Et l’écho m’a dit : « Aimer ! »

Comme l’écho des grands bois
Me conseilla de le faire :
J’aime, je chante et je crois…
… Et je suis heureux sur terre !

(Théodore Botrel)

 

 

 

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NAUSÉE OU C’EST LA MORT QUI VIENT ? (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



 

NAUSÉE OU C’EST LA MORT QUI VIENT ?

Rends-toi, mon coeur.
Nous avons assez lutté.
Et que ma vie s’arrête.
On n’a pas été des lâches,
On a fait ce qu’on a pu.

Oh! mon âme,
Tu pars ou tu restes,
Il faut te décider.
Ne me tâte pas ainsi les organes,
Tantôt avec attention, tantôt avec égarement,
Tu pars ou tu restes,
Il faut te décider.

Moi, je n’en peux plus.
Seigneurs de la Mort
Je ne vous ai ni blasphémés ni applaudis.
Ayez pitié de moi, voyageur déjà de tant de voyages sans valises,
Sans maître non plus, sans richesse et la gloire s’en fut ailleurs,
Vous êtes puissants assurément et drôles par-dessus tout,
Ayez pitié de cet homme affolé qui avant de franchir la barrière vous crie déjà son nom,
Prenez-le au vol,
Qu’il se fasse, s’il se peut, à vos tempéraments et à vos moeurs,
Et s’il vous plaît de l’aider, aidez-le, je vous prie.

(Henri Michaux)

Illustration: William Blake

 

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Quel dieu nous a-t-il faits étrangers à nous-mêmes ? (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017



 

Quel dieu nous a-t-il faits étrangers à nous-mêmes ?
Quelle fuite est la nôtre où nous perdons ses pas ?
Ne serons-nous jamais que les tremblants emblèmes
De l’ombre qui nous porte où nous n’existons pas ?

Quel dieu me donnes-tu qui m’étreint quand tu m’aimes
Dans la forme invisible où je cherche mes bras,
Bonheur, dont le nom seul (est-ce toi qui blasphèmes ?)
Divulgue à tous les vents ceux que tu me tairas ?

— A l’heure où cette voix reconnaît son visage,
Où de sa même chair, elle, chair sans partage,
Epuise enfin le dieu qui l’enchaîne et l’entend,

Bouche à son tour offerte à celle qui l’ignore,
Amour, es-tu le fruit qu’aux branches de l’instant
Une ombre a dérobé pour te survivre encore ?

(Louis Emié)

Illustration

 

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L’enfant peint un arc-en-ciel (Milan Rúfus)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2016



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L’enfant peint un arc-en-ciel (Chlapec mal’uje dúhu)

Aveugle comme
l’oisillon à peine éclos
tout tendre
et hardi comme l’inconscience
l’amour m’a fait connaître la douleur
semblable au sel, je n’en connaissais pas le prix.

Le jour s’est assombri
une angoisse enragée a fouetté
ses chevaux gris
sur ses genoux désertés le poème a découpé des ailes
et commis de tristes rimes.

Et l’arc-en-ciel d’été s’abreuve
aux eaux troubles
comme aujourd’hui ma paix boit à mes veines.
Pardonne-moi,
joie,
si j’ai blasphémé de toi
avant même d’avoir appris à aimer.

***

A Boy Paints a Rainbow

Blind, too,
like a fledgling,
and tender
and unconsciously brazen,
love offered me pain;
like salt, I didn’t know its worth.

And the day grew dark
and a mad anguish whipped on
the day’s gray horses.
The poem folded its wings in an empty lap
and with a sad rhyme sinned.

Yet from murky waters
the summer rainbow drinks
just as my repose from my veins today.
Forgive me,
joy,
if I blasphemed you
before I learned to love.

(Milan Rúfus)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Josephine Wall 

 

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Un soupir (Omar Khayam)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2016



De croire à blasphémer qu’y-a-t-il? Un soupir.
Entre la certitude et le doute? Un soupir.
Ce précieux soupir, tires-en jouissance,
Car notre vie aussi s’achève en un soupir.

(Omar Khayam)

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Chanson pour une philosophie courante (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2016



Trois oies fraternelles
cherchent leur tombe au ciel.

 » Je suis lasse « , dit la première.
 » Je suis lasse « , dit la seconde.

Trois oies grasses et laides
jouent le monde dans l’herbe.

 » Je suis lasse « , dit la troisième.

Assises sur leurs œufs,
trois oies défont un bœuf.

 » J’irai seule chez le Bon Dieu  »
dit la première.
 » Je me ferai ange pour lui plaire  »
dit la seconde.

Deux oies émerveillées
s’écroulent foudroyées.

 » Je ferai comme elles « , dit la troisième.
« Je blasphémerai jusqu’au dernier jour.  »

(Edmond Jabès)


Illustration

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LES REGRETS (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2016




LES REGRETS

I

Lucy
Qu’as-tu fait de mon coeur, enfant aux cheveux blonds ?
De douleur en douleur comme de doute en doute,
Semblable au voyageur perdu dans les vallons,
Devrai-je de l’espoir abandonner la route ?

Puisqu’il faudra demain voir le soleil sans toi,
Qu’importe que ma vie à jamais soit brisée ?
Un malheureux de plus dans ce monde sans foi,
C’est comme dans la mer la goutte de rosée.

Je ne murmure point contre l’arrêt du sort :
Ton souvenir saura remplir ma solitude.
Un archange aux yeux bleus, avec sa toison d’or,
Evoquera toujours ta rêveuse attitude…

II

Pas plus que je ne veux crier ni blasphémer,
L’on ne me verra point étreindre en vain l’espace.
A quoi bon adoucir le tourment de s’aimer ?
Le temps ne guérit point un mal qui le dépasse.

Tant que je resterai dans ces lieux où l’amour
A nos coeurs enchantés dévoila ses mystères,
Les arbres dans les champs, la nuit avec le jour
Ranimeront pour moi nos rêves solitaires.

Je m’en irai, pensif, m’enfoncer dans les bois,
Refaire le chemin de la campagne immense.
Peut-être les échos, encor chauds de ta voix,
Voudront-ils me redire un peu de ta romance.

III

Mais sous mes pieds lassés les cailloux seront sourds.
L’Indrois ne taira pas sa chanson inutile.
L’ombre des temps défunts sur le manoir du bourg
Fiancera l’Ennui à mon âme stérile.

Lucy, ma Bien-aimée, est-ce cela l’Amour ?
Une ivresse éphémère, une peine infinie ?
Pourquoi tant de bonheur s’il fallait qu’en retour
On regrette à ce point la volupté bannie !

Les dieux, sans aucun but, auraient-il réuni
Nos pas que le hasard a comblés de merveilles ?
Ou dois-je concevoir qu’ils nous auront punis
D’avoir trop tôt vécu des heures sans pareilles…

IV

Oh ! laisse-moi du moins, laisse-moi pour ce soir,
Reposer sur ton sein mon front chargé de fièvres.
Et qu’avant d’échanger notre ultime au revoir,
Une ardeur sans égale unisse encor nos lèvres !

Le temps passe. Aimons-nous. Le reste n’est qu’orgueil.
baiser d’adieux, je veux que ta mémoire
L’inscrive comme un sceau mis sur mon coeur en deuil :
Ton nom, seul, désormais en formera la gloire…

Oh ! laisse-moi, Lucy, laisse-moi pour ce soir
Epancher sur ton sein la flamme de nos fièvres,
Regarder dans tes yeux mon amour se mouvoir
Et t’insuffler ma vie en dévorant tes lèvres…

V

J’ai voulu retrouver quelque chose de toi,
De nouveau respirer un peu de ton parfum ;
Et je suis revenu tout seul au fond des bois.

Mais la route est si noire et le soir est si brun !
Notre bonheur n’est plus qu’un songe d’autrefois
Qui flotte tristement au seuil des jours défunts.

Le rêve disparu s’agite et me fait signe.
La barrière est franchie où naquit le Passé.
Ô Rampela, regarde au-delà de la ligne :

La lumière s’éteint. L’azur s’est effacé.
Et vois sur le versant nos destins qui s’alignent
Comme de faux ibis dont l’essor s’est lassé.

VI

Je cherche vainement tes pas sur le gazon.
Je murmure ton nom à l’herbe où nous passâmes.
Mais la rose a trahi les voeux de la saison.

Les vents ont dispersé les secrets de nos âmes.
Les lotus dans le puits tombent sans floraison.
Les sables blancs ont bu ton sang avec mes flammes.

Le monde a violé le pacte et le serment.
Les fanes ont surpris les feuilles des ramures.
J’ai beau troubler la sente et couper le sarment,

Tout parle de silence au fond de la clôture.
A l’ombre des remparts tout parle de tourment
Et je meurs sans avoir terminé l’aventure.

VII

O Rampela, contemple au-delà de la ligne :
Ton visage me manque et le monde se voile.
La boue a traversé jusqu’au front des étoiles.

Ma Bien-aimée, entends la voix d’outre-rempart :
Mon cœur fond en sanglot et, depuis ton départ,
La vie est devenue un ennui rectiligne.

Et je reviens tout seul, tout seul au fond des bois,
Afin de recueillir un souvenir de toi,
De nouveau respirer un peu de ton parfum.

Mais la route est si noire et le soir est si brun !
Notre bonheur n’est plus qu’un songe d’autrefois
Qui flotte tristement au seuil des jours défunts…

(Jacques Rabemananjara)

Illustration: William Bouguereau

 

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