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Posts Tagged ‘blasphémer’

Un soupir (Omar Khayam)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2016



De croire à blasphémer qu’y-a-t-il? Un soupir.
Entre la certitude et le doute? Un soupir.
Ce précieux soupir, tires-en jouissance,
Car notre vie aussi s’achève en un soupir.

(Omar Khayam)

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Chanson pour une philosophie courante (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2016



Trois oies fraternelles
cherchent leur tombe au ciel.

 » Je suis lasse « , dit la première.
 » Je suis lasse « , dit la seconde.

Trois oies grasses et laides
jouent le monde dans l’herbe.

 » Je suis lasse « , dit la troisième.

Assises sur leurs œufs,
trois oies défont un bœuf.

 » J’irai seule chez le Bon Dieu  »
dit la première.
 » Je me ferai ange pour lui plaire  »
dit la seconde.

Deux oies émerveillées
s’écroulent foudroyées.

 » Je ferai comme elles « , dit la troisième.
« Je blasphémerai jusqu’au dernier jour.  »

(Edmond Jabès)


Illustration

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LES REGRETS (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2016




LES REGRETS

I

Lucy
Qu’as-tu fait de mon coeur, enfant aux cheveux blonds ?
De douleur en douleur comme de doute en doute,
Semblable au voyageur perdu dans les vallons,
Devrai-je de l’espoir abandonner la route ?

Puisqu’il faudra demain voir le soleil sans toi,
Qu’importe que ma vie à jamais soit brisée ?
Un malheureux de plus dans ce monde sans foi,
C’est comme dans la mer la goutte de rosée.

Je ne murmure point contre l’arrêt du sort :
Ton souvenir saura remplir ma solitude.
Un archange aux yeux bleus, avec sa toison d’or,
Evoquera toujours ta rêveuse attitude…

II

Pas plus que je ne veux crier ni blasphémer,
L’on ne me verra point étreindre en vain l’espace.
A quoi bon adoucir le tourment de s’aimer ?
Le temps ne guérit point un mal qui le dépasse.

Tant que je resterai dans ces lieux où l’amour
A nos coeurs enchantés dévoila ses mystères,
Les arbres dans les champs, la nuit avec le jour
Ranimeront pour moi nos rêves solitaires.

Je m’en irai, pensif, m’enfoncer dans les bois,
Refaire le chemin de la campagne immense.
Peut-être les échos, encor chauds de ta voix,
Voudront-ils me redire un peu de ta romance.

III

Mais sous mes pieds lassés les cailloux seront sourds.
L’Indrois ne taira pas sa chanson inutile.
L’ombre des temps défunts sur le manoir du bourg
Fiancera l’Ennui à mon âme stérile.

Lucy, ma Bien-aimée, est-ce cela l’Amour ?
Une ivresse éphémère, une peine infinie ?
Pourquoi tant de bonheur s’il fallait qu’en retour
On regrette à ce point la volupté bannie !

Les dieux, sans aucun but, auraient-il réuni
Nos pas que le hasard a comblés de merveilles ?
Ou dois-je concevoir qu’ils nous auront punis
D’avoir trop tôt vécu des heures sans pareilles…

IV

Oh ! laisse-moi du moins, laisse-moi pour ce soir,
Reposer sur ton sein mon front chargé de fièvres.
Et qu’avant d’échanger notre ultime au revoir,
Une ardeur sans égale unisse encor nos lèvres !

Le temps passe. Aimons-nous. Le reste n’est qu’orgueil.
baiser d’adieux, je veux que ta mémoire
L’inscrive comme un sceau mis sur mon coeur en deuil :
Ton nom, seul, désormais en formera la gloire…

Oh ! laisse-moi, Lucy, laisse-moi pour ce soir
Epancher sur ton sein la flamme de nos fièvres,
Regarder dans tes yeux mon amour se mouvoir
Et t’insuffler ma vie en dévorant tes lèvres…

V

J’ai voulu retrouver quelque chose de toi,
De nouveau respirer un peu de ton parfum ;
Et je suis revenu tout seul au fond des bois.

Mais la route est si noire et le soir est si brun !
Notre bonheur n’est plus qu’un songe d’autrefois
Qui flotte tristement au seuil des jours défunts.

Le rêve disparu s’agite et me fait signe.
La barrière est franchie où naquit le Passé.
Ô Rampela, regarde au-delà de la ligne :

La lumière s’éteint. L’azur s’est effacé.
Et vois sur le versant nos destins qui s’alignent
Comme de faux ibis dont l’essor s’est lassé.

VI

Je cherche vainement tes pas sur le gazon.
Je murmure ton nom à l’herbe où nous passâmes.
Mais la rose a trahi les voeux de la saison.

Les vents ont dispersé les secrets de nos âmes.
Les lotus dans le puits tombent sans floraison.
Les sables blancs ont bu ton sang avec mes flammes.

Le monde a violé le pacte et le serment.
Les fanes ont surpris les feuilles des ramures.
J’ai beau troubler la sente et couper le sarment,

Tout parle de silence au fond de la clôture.
A l’ombre des remparts tout parle de tourment
Et je meurs sans avoir terminé l’aventure.

VII

O Rampela, contemple au-delà de la ligne :
Ton visage me manque et le monde se voile.
La boue a traversé jusqu’au front des étoiles.

Ma Bien-aimée, entends la voix d’outre-rempart :
Mon cœur fond en sanglot et, depuis ton départ,
La vie est devenue un ennui rectiligne.

Et je reviens tout seul, tout seul au fond des bois,
Afin de recueillir un souvenir de toi,
De nouveau respirer un peu de ton parfum.

Mais la route est si noire et le soir est si brun !
Notre bonheur n’est plus qu’un songe d’autrefois
Qui flotte tristement au seuil des jours défunts…

(Jacques Rabemananjara)

Illustration: William Bouguereau

 

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Ballade de la robe rouge (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2015



Ballade de la robe rouge
À Mme B. C.

Couleur de sang, couleur de cardinal,
Couleur de feu, couleur de seigneurie,
Couleur de lèvre et couleur de fanal,
Couleur de rêve et couleur de féerie,
Couleur d’amour : votre Sorcellerie
N’avait besoin de tant pour me charmer ;
Mais, sans regret, sans peur, sans fourberie,
En robe rouge, il faut bien vous aimer.

La soie éclate ainsi qu’un air royal.
Dans sa gloire et dans sa forfanterie,
Et brûle comme un baiser nuptial,
Et brille comme une joaillerie,
Lorsqu’un rayon bleu, gente tricherie,
En l’ombre tiède est venu s’allumer :
Vaincu, l’on dit tout bas : Je vous en prie…
En robe rouge, il faut bien vous aimer.

De l’encensoir, l’encens sacerdotal
Monte et fume, odorante rêverie :
Approchons du tabernacle augustal
Où trône, sous la noble draperie
Et dans la pourpre et dans l’orfèvrerie
Le Saint des Saints. Comment ? C’est blasphémer ?
Mais non, ce n’est rien qu’une allégorie :
En robe rouge, il faut bien vous aimer.

ENVOI

Princesse, un poète, en sa flânerie,
Cisela ce coffret, pour enfermer,
Sous un triple vantail, le cœur qui crie :
En robe rouge, il faut bien vous aimer.

(Remy de Gourmont)

 

 

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