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Poésie

Posts Tagged ‘blessé’

Mourir avec plus de loisir (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2019


Que peut un mur
Pour un blessé ?

Et pourtant
Il en vient toujours dans les batailles
S’y adosser,

Comme si la mort ainsi
Permettait de mourir
Avec plus de loisir
Et quelque liberté.

(Guillevic)

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Blessé d’une plaie inhumaine (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Lori Earley_470

Blessé d’une plaie inhumaine,
Loin de tout espoir de secours,
Je m’avance à ma mort prochaine,
Plus chargé d’ennuis que de jours.

Celle qui me brûle en sa glace,
Mon doux fiel, mon mal et mon bien,
Voyant ma mort peinte en ma face,
Feint hélas ! n’y connaître rien.

Comme un roc à l’onde marine
Elle est dure aux flots de mes pleurs :
Et clôt, de peur d’être bénine,
L’oreille au son de mes douleurs

D’autant qu’elle poursuit ma vie,
D’ennuis mon service payant,
Je la dirai mon ennemie,
Mais je l’adore en me hayant.

Las ! que ne me puis-je distraire,
Çonnaissant mon mal, de la voir ?
Ô ciel rigoureux et contraire !
C’est toi qui contrains mon vouloir,

Ainsi qu’au clair d’une chandelle
Le gai papillon voletant,
Va grillant le bout de son aile,
Et perd la vie en s’ébattant :

Ainsi le désir qui m’affole,
Trompé d’un rayon gracieux,
Fait hélas ! qu’aveugle je vole
Au feu meurtrier de vos beaux yeux.

(Philippe Desportes)

Illustration: Lori Earley

 

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L’Oreille cassée (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2019




    
L’Oreille cassée
Le vivant, le vrai

Nos visages ravagés de rides se souviennent des sillons de larmes
et notre colonne vertébrale se voûte sous le poids des tristesses passées.

Un corps vivant ne reste pas longtemps vierge et lisse;
la santé, la joie de vivre n’excluent pas les coups ;

bien au contraire, nous n’existons que de souffrances vaillantes contre l’adversité ;
les bons organismes présentent une tête burinée, un corps las et courageux,
une puissance dévastée, mais toujours debout.

Avant le premier coup de corne,
comment savoir si le torero se conduit avec courage ?

Il n’y a de vrai vivant que déchiré.
Les cicatrices renforcent.

Il n’y a de vérité que falsifiée.
Le faux plaide pour le vrai.

Il n’y a de bonté que tentée.

Quelle vertu sans tribulations ?
Il n’y a de bon système que cassé.
Si tout marche, rien ne marchera.

Chaque épreuve me précipite au devant de ce fétiche :
il n’y a de vrai dieu que blessé.

(Michel Serres)

 

Recueil: Hergé mon ami
Traduction:
Editions: Le Pommier

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Renouveau (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2019



Renouveau

Mon cœur s’insurge
Devant un ciel blessé
Le froid engourdit le pays
La rivière se marbre de glace
L’herbe se brise comme du verre
Mais il arrive un moment
Où le sol secoue son corset de givre

Quand l’eau chante sur l’écho du matin
Que les fleurs se parlent entre elles
Que les arbres rient d’eux-mêmes
Que les cailloux crient sous les pieds des marcheurs
Et que la maison danse dans la lumière
Quand le soleil sort de sa torpeur
Que le sable tressaille sous la caresse de la mer
Et que les oiseaux jouent avec les nuages
Je communie avec le renouveau

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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A qui donc se confiera l’homme (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



Spectrum-SMH

A qui donc se confiera l’homme que l’opacité blesse au ventre
A qui se confiera l’homme qui sait ses yeux pleins de litanie
et n’ouvrira pas sa bouche parce que sa bouche est pleine de litanie…
et que la litanie est étang aux oreilles et croulière à l’âme

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Euan Macleod

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Loin, dans les bois (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Loin, dans les bois, j’ai coupé une branche noire,
assoiffé j’ai porté son murmure à mes lèvres :
était-ce donc la voix de la pluie qui pleurait,
une cloche brisée ou un coeur mis en pièces ?

Quelque chose qui de si loin m’est apparu,
enfoui dans sa lourdeur, recouvert par la terre,
ce sont cris assourdis par d’immenses automnes,
par la nuit entrouverte, humide des feuillages.

Alors, se réveillant du rêve végétal,
la branche du coudrier a chanté sous ma bouche
et son errante odeur grimpa dans mon esprit

comme si tout d’un coup me cherchaient les racines
abandonnées, la terre perdue, mon enfance,
et je restai, blessé du parfum vagabond.

***

En los bosques, perdido, corté una rama oscura
y a los labios, sediento, levanté su susurro :
era tal vez la voz de la lluvia llorando,
una campana rota o un corazón cortado.

A lgo que desde tan lejos me parecía
oculto gravemente, cubierto por la tierra,
un grito ensordecido por inmensos otoños,
por la entreabierta y húmeda tiniebla de las hojas.

Por allí, despertando de los sueños del bosque,
la rama de avellano cantó bajo mi boca
ysu errabundo olor trepó por mi criterio

como si me buscaran de pronto las raíces
que abandoné, la tierra perdida con mi infancia,
yme detuve herido por el aroma errante.

(Pablo Neruda)

 

 

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Où aller ? (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Ô de quelle façon, avec quel gémissement
nous nous sommes caressés, épaules et paupières.
Et la nuit se terrait dans les chambres,
comme un animal blessé que nous aurions transpercé de douleur.

Étais-tu élue entre toutes pour moi,
n’était-ce pas assez d’être la soeur ?
Ton être était pour moi comme une vallée délicieuse,
et maintenant, à la proue du ciel il

s’incline en une apparition inépuisable
et il étend son empire. Où aller ?
Hélas dans l’attitude de la déploration
tu te penches vers moi, toi qui ne consoles pas.

Lorsque ton visage me fait ainsi me consumer,
comme une larme celui qui pleure,
que je multiplie mon front, ma bouche
autour des traits que je connais pour tiens,
il me semble, par-dessus ces ressemblances
qui nous séparent parce qu’elles sont doubles,
déployer une pure identité.

***

O wie haben wir, mit welchem Wimmern,
Augenlid und Schulter uns geherzt.
Und die Nacht verkroch sich in den Zimmern
wie ein wundes Tier, von uns durchschmerzt.

Wardst du mir aus alien auserlesen,
war es an der Schwester nicht genug?
Lieblich wie ein Tal war mir dein Wesen,
und nun beugt es auch vom Himmelsbug

sich in unerschöpflicher Erscheinung
und bemächtigt sich. Wo soll ich hin?
Ach mit der Gebärde der Beweinung
neigst du dich zu mir, Untrösterin.

Wenn ich so an deinem Antlitz zehre
wie die Träne an dem Weinenden,
meine Stirne, meinen Mund vermehre
um die Züge, die ich an dir kenn,
mein ich über jene Ähnlichkeiten
die uns trennen, weil sie doppelt sind
eine reine Gleichung auszubreiten.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration retirée sur demande de l’artiste

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La nudité, l’appel, le corps qui cherche (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2019



Illustration: Lucie Llong   
    
La nudité, l’appel,
le corps qui cherche son unité à travers d’autres corps,
sa présence.

Le désir dans le crâne percé,
le sang qui cherche furieusement
à se brancher sur le nerf magique d’un destin
qui lui donnerait l’immortalité d’un sens.

Un baiser referme le monde dans sa nuit.
Un baiser plus profond que la tombe,
et le corps aimé n’est plus corps,
mais oubli, éternité.

Les corps s’aiment
parce qu’ils sont perdus,
pour se retrouver.

Nous avons tous un coeur
proche de se déchirer et prendre feu.
Un corps désiré ranime le goût blessé du vide…

Tomber dans un cri inconnu à travers le corps
qu’on sent à tel point qu’on ne le sent plus.

Le désir cherche à toucher,
mais le contact attendu
est celui de l’essence de la présence.

Aimer voudrait n’avoir pas de corps
pour aller au plus près.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

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BERGERIE (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019




    
BERGERIE

Avec une lenteur où bouge un paysage,
Les clochettes à brebis du songe
Prétendent descendre des montagnes

Et l’âme, animale et sereine,
Sous les cyprès que la brume amenuise,
Rumine une voix dans sa laine,

Une voix d’eau blessée pour épines,
Une voix de fruits pour l’eau des plaines
Une voix d’eau tendre pour Beethoven.

Même si j’étais mort
La voix serait toujours
En tout bosquet bienfaitrice mutine.

Je me suis depuis lors
Fait mendiant d’images.
Nul noisetier, nul trèfle ne me refuse.

(Armand Robin)

 

Recueil: Ma vie sans moi suivi de Le monde d’une voix
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’ENCLOS (Jean-François Facchineri)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2019




L’ENCLOS

Heurtés par des mots de pluie,
Les regards s’enfuient,
Loin des visages en flamme,
Des corps perdus sous l’orage.

Sait-on jamais quand finissent
Ces moments de torride douleur,
Cette rupture de soi, ce précipice
Où l’on glisse dans la peur.

Était-ce le soir, ce matin
Cette vérité nous étreint,
Nous découvre les barbelés
Et nos mains blessées.

Cette lancinante, souveraine
Et souterraine angoisse :

Avons-nous jamais quitté
L’enclos de nous même ?

(Jean-François Facchineri)

 

 

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