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Poésie

Posts Tagged ‘bleu’

Vertige (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




    
Vertige

Après de vains efforts pour atteindre la cime,
Je me vois suspendue au-dessus de l’abîme,
Et me verrai bientôt engloutir par l’abîme…

Je le sens aujourd’hui, c’est en vain que mes mains
S’agrippent dans l’horreur des efforts surhumains…
Malgré moi, malgré moi, se desserrent mes mains…

Et cependant là-haut, très claire, sous l’aurore,
La lune resplendit, glorieuse, et se dore,
O consécration de la nouvelle aurore !

Je croyais bien pouvoir la surprendre aujourd’hui
La cime sur laquelle un beau soleil a lui.
Quand l’atteindrai-je enfin ? Qu’elle est belle aujourd’hui !

Pour l’atteindre, chacun oserait le vertige…
Elle est bleue et pareille à la fleur sur sa tige !
Je l’atteindrai !… Voici que survient le vertige…

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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A ma Mère Chérie (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Pierre-Auguste Renoir
    
A ma Mère Chérie

Elle ressemble aux blancs lilas
Lorsqu’avril tout en fleurs succombe,
Si léger, si doux est son pas
Qu’on dirait une fleur qui tombe.

Elle est plutôt ma grande soeur
Toujours si blonde et si jolie,
Ses yeux souriant avec douceur
Sa charmante mélancolie.

C’est elle ! la fée aux yeux bleus
Qu’on voit passer mignonne et fière,
Le soleil, sur ses blonds cheveux
Les transforme en fils de lumière.

Et quoiqu’elle ait souffert longtemps,
Elle a gardé dans la tristesse
Au coeur, un éternel printemps,
Au front, l’éternelle jeunesse.

Ses yeux, aux ombres de velours,
Consolent souvent sans rien dire,
Et l’on se souviendra toujours
De la beauté de son sourire.

Quand on souffre d’un mal profond,
Elle vient poser, la première,
Sa main fraîche sur votre front,
Comme l’ange de la prière.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Quelle est la couleur du joyau ? (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



agate

Hommage aux anges
[13]

« Quelle est la couleur du joyau ? »
blanc-vert, opalescent,

avec sous-couche de bleu changeant,
avec veine rose ; une agate blanche

avec un pouls incalmé qui bat encore,
vague bleu-violet ;

il vit, respire,
il répand — fragrance ?

j’ignore ce qu’il dégage,
une vibration que nous ne pouvons nommer

car elle n’a pas de nom ;
mon patron a dit : « nomme-la » ;

j’ai dit, je ne peux pas la nommer,
il n’y a pas de nom ;

il a dit:
« invente-le ».

[14]

Je ne peux pas l’inventer,
j’ai dit que c’était agate,

j’ai dit qu’il vivait, qu’il donnait —
fragrance — j’étais assez proche

pour expliquer cette qualité
pour laquelle il n’est pas de nom ;

je ne veux pas le nommer,
je veux regarder sa vague

pulsation, battement de coeur
quand il frémit, je ne veux pas

en parler,
je veux minimiser la pensée,

me concentrer sur lui
jusqu’à rétrécir,

dématérialiser
et être entraînée en lui.

***

« What is the jewel colour? »
green-white, opalescent,

with under-layer of changing blue,
with rose-vein; a white agate

with a pulse uncooled that beats yet,
faint blue-violet;

it lives, it breathes,
it gives off—fragrance?

I do not know what it gives,
a vibration that we can not name

for there is no name for it;
my patron said, « name it »;

I said, I can not name it,
there is no name;

he said,
« invent it ».

I can not invent it,
I said it was agate,

I said, it lived, it gave
fragrance—was near enough

to explain that quality
for which there is no name;

I do not want to name it,
I want to watch its faint

heart-beat, pulse-beat
as it quivers, I do not want

to talk about it,
I want to minimize thought,

concentrate on it
till I shrink,

dematerialize
and am drawn into it.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Oie bleue, oie blanche (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Converging shadows on fresh snow

La floraison du bâton

[4]
Oie bleue, oie blanche, tu peux bien dire,
oui, je connais cette dualité, cette double nostalgie ;

je connais cet insatiable désir
en hiver, pour l’ombre du palmier

et le sable et le bois flotté calciné ;
mais en été, quand j’observe

la vague lorsque le bord de l’écume
touche le sable chaud et d’un seul coup

disparaît comme la neige à l’équateur,
je voudrais crier, reste, reste ;

alors je me rappelle le gel délicat et tenace
et son dessin à l’aube au coeur de l’hiver ;

à la chaleur du soleil de midi, je pense à l’aube
grise opalescente de l’hiver ; quand la vague

brûle sur les galets, je pense,
tu es moins belle que le gel ;

mais il est vrai aussi que je prie,
ô, donne-moi le bleu brûlant

et les algues fragiles calcinées
sur la laisse de haute mer,

quand je me tiens, toujours insatisfaite,
sous la longue ombre-sur-la-neige du pin.

***

Blue-geese, white-geese, you may say,
yes, I know this duality, this double nostalgia;

I know the insatiable longing
in winter, for palm-shadow

and sand and burnt sea-drift;
but in the summer, as I watch

the wave till its edge of foam
touches the hot sand and instantly

vanishes like snow on the equator,
I would cry out, stay, stay;

then I remember delicate enduring frost
and its mid-winter dawn-pattern;

in the hot noon-sun, I think of the grey
opalescent winter-dawn; as the wave

burns on the shingle, I think,
you are less beautiful than frost;

but it is also true that I pray,
O, give me burning blue

and brittle burnt sea-weed
above the tide-line,

as I stand, still unsatisfied,
under the long shadow-on-snow of the pine.

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

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TON âme a les feux de l’opale (Paule Riversdale)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2017




Illustration
    
Chanson Mystique

TON âme a les feux de l’opale
Et de l’arc-en-ciel incertain,
Elle a l’ombre du bleu Lointain,
La candeur de la source pâle.

Ton âme est pareille au cristal
Qui réfléchit les clairs de lune,
Aux lys exhalant vers la brune
Leur grave parfum virginal.

Ton âme est le ruisseau qui chante
Les chansons de l’aube à la nuit…
Le rêve que le jour détruit,
Le luth murmurant sous l’acanthe.

(Paule Riversdale)

 

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Larmes (Brigitte Level)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2017



 

Larmes

Ne te trouble pas de mes larmes,
Puisque tu m’aimes, tout est bien.
Ce ne sont pas d’âpres alarmes,
Mes yeux seront plus bleus demain…

C’est la lessive des orages
Qui rend le ciel d’un bleu si pur,
Il faut passer par les nuages
Pour arriver jusqu’à l’azur !

Et pour garder fraîche la fleur
De la tendresse qui nous charme,
Sans doute faut-il quelque pleur
Avec le sel de quelque larme…

(Brigitte Level)

 

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Le soir d’été (Ernest Raynaud)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2017



    

Le soir d’été retient en adoration
Mille oiseaux bleus, charmants et fiers comme des vices
Cependant que s’opère en moi la fusion
D’Aphrodite et d’Hermès avec que de délices !

Le jeune Ange du, lieu me jette un oeil propice,
Et je célèbre la messe de Passion,
En attendant au ciel magique de Sion,
La lune qui doit agréer le Sacrifice.

Des lampyres par l’herbe éveillent sous mes pas
Des clartés que l’Etoile angélique n’a pas ;
Et tout un pan de ciel adorable s’incline

Vers ia masse fleurie et sombre des halliers,
Où je vois, aux accents de la Flûte apriline,
Les Sexes s’irruer comme autant de béliers.

(Ernest Raynaud)

Recueil: Chairs profanes
Editions: Léon Vanier

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Bleus de la profondeur (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2017




    
Bleus de la profondeur,
Nous n’en finirons pas
d’interroger votre mystère.

L’illimité n’étant
Point à notre portée,
il nous reste à creuser, ô bleus

Du ciel et de la mer,
Votre mystère qui n’est autre
que nos propres bleus à l’âme.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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J’ai des p’tites fleurs bleues (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



 

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J’ai des p’tites fleurs bleues
J’ai des p’tites fleurs bleues
Plus claires que tes yeux
Plus claires que tes yeux

Donne

Elles sont à moi
Elles ne sont à personne
Tout en haut du mont, mamie
Tout en haut du mont

Elles sont à moi
Elles ne sont à personne
Tout en haut du mont, mamie
Tout en haut du mont

J’ai des escarboucles
J’ai des escarboucles
Plus vives que ta bouche
Plus vives que ta bouche

Donne

Elles sont à moi
Elles ne sont à personne
Chez moi sous la cendre, mamie
Chez moi sous la cendre

Elles sont à moi
Elles ne sont à personne
Chez moi sous la cendre, mamie
Chez moi sous la cendre

La, la, la…
J’ai trouvé un coeur
J’ai trouvé deux coeurs
J’en ai trouvé mille
J’en ai trouvé mille

Montre

J’ai trouvé l’amour
Il est à tout le monde
Partout sur la route, mamie
Partout sur la route

J’ai trouvé l’amour
Il est à tout le monde
Partout sur la route, mamie
Partout sur la route

(Paul Fort)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Reveline (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



 

Andrey Remnev

Reveline

Pour un bouquet de lilas
Qu´il t´offrit ce jour-là,
Reveline,
Tu as rêvé d´un jardin
Fleurissant tes matins,
Reveline.
Pour un petit brin de cour,
Tu as rêvé d´amour,
Reveline,
Comme si un arc-en-ciel
Suffit pour que le ciel
S´illumine.

Reviens sur terre,
Ma douce amie :
La vie n´est guère
Que la vie.

Avec un soleil pâlot
Qui se posait sur l´eau,
Reveline,
Tu as rêvé que l´été
Durait l´éternité,
Reveline.
Une balade en bateau
Jusqu’au pont de Puteaux,
Reveline,
T´a fait rêver de croisière,
Mexico, le cap Vert,
L´Argentine.

Reviens sur terre,
Ma douce amie :
La vie n´est guère
Que la vie.

Lorsque mon cœur s´assombrit
Et que je broie du gris,
Reveline,
Je voudrais avoir tes yeux
Pour ne voir que du bleu,
Reveline.
Toi, qui changes l´eau en vin,
Toi qui rêves sans fin,
Reveline,
Montre-moi comment tu fais.
Apprends-moi à rêver,
Reveline.

Ne change guère,
Ma douce amie :
La vie n´est guère
Que la vie.

(Georges Moustaki)

Illustration: Andrey Remnev 

 

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