Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘bleu’

L’isolement (Pe-Lo-Yé)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



L’isolement

C’est en isolant son corps du monde
qu’on se prépare à en isoler son esprit.
Je vais seul.
Je m’enivre de la contemplation du ciel bleu,
de la lune brillante et des étoiles sans nombre.

Mes oreilles se sont fermées.
J’ai perdu la notion de la distance et du temps.

J’ai oublié que je portais dans ma manche
plusieurs onces d’or,
et je les ai laissées tomber sur le chemin.

Voyant que j’étais devenu indifférent
à la possession de l’or jaune,
des courtisanes sont accourues
et ont déployé autour de moi leurs séductions ;
Mais mon esprit avait franchi
les pics neigeux et les nuages froids ;
il était déjà perdu dans les régions élevées.

Voyant que je demeurais immobile,
des insectes cruels ont attaqué ma peau
et déchiré ma chair ;
Mais mon esprit était si loin
que mon corps était devenu insensible
à la douleur comme à la volupté.

Que n’ai-je atteint à la perfection
et à la pureté des sages !
mon esprit se serait détaché de mon corps
comme la flamme se détache du flambeau
quand le vent l’emporte ;
Et, laissant ce corps inerte,
il ne serait plus revenu.

(Pe-Lo-Yé)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sous les oliviers (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



Sous les oliviers mille roses bleues dansant sur du soleil
une image de l’eau dans une image du vent
La joie vient la joie s’en va sans parler d’elle une
pensée de tous les jours m’apprend qu’elle était là
Beau soir d’automne La transparence et la fraîcheur
sont les aveugles d’une mer claire
Qui se dirige avec les mains

(Joë Bousquet)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Laisse le bleu (Claude Adelen)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



Laisse le bleu regagne
le bleu l’étang une à une
sarcelles poules d’eau
silence
cette part de nous qui passe
en cercles de joie dans la lumière

(Claude Adelen)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Poème d’Amour (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2017



Poème d’Amour

O toi qui savamment jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres,
Je te vis sur la route où j’errais au hasard
Des parfums et de l’heure et des rires champêtres.

Le soleil blondissait tes cheveux d’un long rai,
Tes prunelles sur moi dardaient leur double flamme ;
Tu m’apparus, ô nymphe ! et je considérai
Ton visage de vierge et tes hanches de femme.

Je te vis sur la route où j’errais au hasard
Des ombres et de l’heure et des rires champêtres,
O toi qui longuement jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres.

(Renée Vivien)

Illustration: Alex Alemany

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

BLEU D’ALCOOL (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017



 

blue03

BLEU D’ALCOOL
(sur un vers d’Yvan Goll)

Noirs noirs si noirs
qu’ils tournent au bleu d’alcool

Emily Dickinson
caressant les confins du monde
contre le désir de poussière
contre le profond sommeil
contre les chutes trop anciennes

noirs noirs si noirs
qu’ils tournent au bleu d’alcool

Sylvia Plath
dans l’écho du tressaillement
avec tes mots liquides
tes mots désétoilés
dont on ne voit plus le fond

noirs noirs si noirs
qu’ils tournent au bleu d’alcool

Yves Klein
aveuglément aveuglément
descendu

toutes et tous
noirs noirs si noirs
qu’ils tournent au bleu d’alcool

contre toutes les fins
pour tous les commencements
le monde est un seul mot
dont je cherche le bleu
inépuisable

(Zéno Bianu)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE BLEU DE LA QUESTION (Salah Stétié)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2017



 

vache-10

LE BLEU DE LA QUESTION

L’homme est fait de la matière de l’arc-en-ciel
Il est couleur
Le jaune le bleu nilotique le noir le rouge d’Amérique
Le blanc, le blanc aussi, est couleur
D’autres couleurs existent que je ne connais pas
Qui sont à l’intérieur dans les cœurs et les âmes
Couleurs qui paraissent qui transparaissent
Dans les beaux yeux des femmes les yeux des hommes
L’iris et le frais cristallin des enfants
Iris bleu iris violet iris marron iris vert
Iris noir, tout ce champ de fleurs naïves
Tourné en grand jardin vers le soleil visible
Transparence de l’air feu de l’orage
Et l’invisible aussi
Que l’homme voit si même il dit ne pas le voir
Cela qui fait de nous l’humanité
Celle qui rêve et qui vit qui crée et souffre
Qui souffre et s’interroge
Et qui est vraie de la vérité des vraies racines
Hommes et femmes ayant rendez-vous de parole
Sous l’arbre des prairies
Leurs passions leurs récits leurs fables leurs poèmes
Conduits comme un troupeau vers la trompe d’Eustache
Mots chanteurs nidifiant
Puis, tout quitté, l’incompréhensible vache
Laboure avec ses cornes le bleu de la Question

(Salah Stétié)

Illustration

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Lourde pend la goutte de pluie (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Lourde pend la goutte de pluie
Au rameau chargé ;
Lourde s’amasse la brume
Au loin, sur les Hautes Terres ;

Lourd plane le ciel maussade.
Lourde déferle la mer —
Et lourd bat le jeune coeur
Sous l’arbre solitaire —

Jamais lueur bleue depuis l’aube
N’a fendu les nuages —
Jamais depuis sa naissance
N’a souri son sinistre Destin —

Menaçant pour le tout-petit,
Ternissant les joies de l’enfant
Il ignore, l’ange gardien,
Ce garçon mélancolique.

Le jour dépasse vite
Son printemps triste et sombre :
Bientôt la jeunesse déborde
Sur l’âge d’homme plus austère —

Il n’est pas de fleur qui ne prie
Le soleil avant de se fermer

***

Heavy hangs the raindrop
From the burdened spray ;
Heavy broods the damp mist
On Uplands far away ;

Heavy looms the dull sky.
Heavy rolls the sea —
And heavy beats the young heart
Beneath that lonely tree —

Never has a blue streak
Cleft the clouds since morn —
Never has his grim Fate
Smiled since he was born —

Frowning on the infant,
Shadowing childhood’s joy ;
Guardian angel knows not
That melancholy boy.

Day is passing swiftly
Its sad and sombre prime :
Youth is fast invading
Sterner manhood’s time —

All the flowers are praying
For sun before they close

(Emily Brontë)

 Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je suis un fanatique de la paix (Yehuda Amichai)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Je suis un fanatique de la paix :
un meurtrier noir aux yeux bleus
massacre des cheveux bouclés

Des cheveux droits dévastés
détruisent des peaux noires
découpent bien ma chair
un autre parcellise mon sang.

Seuls ceux sans couleur,
seul le transparent sont bons :
ils me laissent dormir
sans terreur la nuit
et je regarde au travers d’eux
pour voir le ciel.

(Yehuda Amichai)

 Illustration: Arunas Zilys

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE POT DE FLEURS (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



LE POT DE FLEURS

Parfois un enfant trouve une petite graine,
Et tout d’abord, charmé de ses vives couleurs,
Pour la planter il prend un pot de porcelaine
Orné de dragons bleus et de bizarres fleurs.

Il s’en va. La racine en couleuvres s’allonge,
Sort de terre, fleurit et devient arbrisseau;
Chaque jour, plus avant, son pied chevelu plonge,
Tant qu’il fasse éclater le ventre du vaisseau.

L’enfant revient: surpris, il voit la plante grasse
Sur les débris du pot brandir ses verts poignards;
Il la veut arracher, mais la tige est tenace;
Il s’obstine, et ses doigts s’ensanglantent aux dards.

Ainsi germa l’amour dans mon âme surprise;
Je croyais ne semer qu’une fleur de printemps
C’est un grand aloès dont la racine brise
Le pot de porcelaine aux dessins éclatants.

(Théophile Gautier)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Lettre aux gens très sages (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2017



Lettre aux gens très sages

Non il n’est pas fou
Celui qui parle au vent
Aux murs aux rues aux lampadaires

A l’ombre du chat sur la fenêtre
Aux mains fragiles
Qui l’aiment et le connaissent

Il n’est pas fou
Celui qui voit la mer
Dans son miroir
Et des chiens bleus
Dans les nuages

Non il n’est pas fou
Il rêve il rêve
Et nous attend
Sous le manteau de son mystère
Au cœur du monde imagé.

(Jean-Pierre Siméon)

Illustration: René Baumer

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :