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Poésie

Posts Tagged ‘bleue’

Les Souvenirs (Henry Bataille)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



 

Les Souvenirs

Les souvenirs, ce sont les chambres sans serrures,
Des chambres vides où l’on n’ose plus entrer,
Parce que de vieux parents jadis y moururent.
On vit dans la maison où sont ces chambres closes.
On sait qu’elles sont là comme à leur habitude,
Et c’est la chambre bleue, et c’est la chambre rose…
La maison se remplit ainsi de solitude,
Et l’on y continue à vivre en souriant…

(Henry Bataille)

Illustration: Edward Hopper

 

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Lettres (Vincent Van Gogh)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2018



Lettre à son frère Théo

J’ai aperçu de magnifiques terrains
rouges plantés de vignes,
avec des fonds de montagnes du plus fin lilas.
Et les paysages dans la neige
avec les cimes blanches
contre un ciel aussi lumineux que la neige,
étaient bien comme les paysages d’hiver
qu’ont fait les Japonais.

Lettre à sa mère et Will

Quant à moi, je suis entièrement absorbé par cette étendue infinie,
vaste comme la mer, des champs de blé qui couvrent les collines,
par la beauté des jaunes, la beauté des verts tendres,
le bel indigo des terres sarclées et labourées,
avec cette marqueterie régulière du vert des plants de pommes de terre en fleur,
tout cela dans une belle lumière aux tons
bleus, blancs, rosés, violets.
Je suis tout à fait dans la disposition,
presque de trop grand calme,
dans la disposition qu’il faut pour peindre cela.

Lettre à Paul Gauguin

J’ai encore de là-bas un cyprès avec une étoile, un dernier essai
-un ciel de nuit avec une lune sans éclat,
à peine le croissant mince émergeant de l’ombre projetée opaque de la terre –
une étoile à éclat exagéré, si vous voulez,
éclat doux de rose et vert dans le ciel outremer où courent des nuages.
En bas une route bordée de hautes cannes jaunes,
derrière lesquelles les basses Alpines bleues,
une vieille auberge à fenêtres illuminées orangée,
et un très haut cyprès, tout droit, tout sombre.

(Vincent Van Gogh)

Illustration: Vincent Van Gogh

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La fleur d’eau (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Paul Chabas Painting 25

La fleur d’eau

Fleur naine et bleue, et triste, où se cache un emblème,
Où l’absence a souvent respiré le mot : J’aime !
Où l’aile d’une fée a laissé ses couleurs,
Toi, qu’on devrait nommer le colibri des fleurs,
Traduis-moi : porte au loin ce que je n’ose écrire ;
Console un malheureux comme eût fait mon sourire :
Enlevée au ruisseau qui délasse mes pas,
Dis à mon cher absent qu’on ne l’oubliera pas !

Dis qu’à son coeur fermé je vois ce qui se passe ;
Dis qu’entre nos douleurs je ne sens pour espace
Que ton voile charmant d’amitié, que toujours
Je puise dans ma foi les voeux que tu lui portes,
Que je les lui dédie avec tes feuilles mortes,
Frêles et seuls parfums répandus sur mes jours ;
Dis qu’à veiller pour lui mon âme se consume,
Qu’elle a froid, qu’elle attend qu’un regard la rallume !

Dis que je veux ainsi me pencher sous mes pleurs,
Ne trouver nulle joie au monde, au jour, aux fleurs ;
Que la source d’amour est scellée en mon âme,
Que je sais bien quelle âme y répondrait encor,
Dont je serais la vie, et qui serait ma flamme ;
Il le sait bien aussi : mais cette âme, elle dort ;
Elle dort dans l’absence où s’effeuille ma vie,
Où tu me dis pourtant que j’en serai suivie,
Et ranimée un jour. Mais qu’il nous faut encor,
Lui, brûler ; moi, languir pour contenter le sort.

Va donc comme un oeil d’ange éveiller son courage ;
Dis que je t’ai cueillie à la fin d’un orage ;
Que je t’envoie à lui comme un baiser d’espoir
Et que se joindre ainsi c’est presque se revoir !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Paul Chabas

 

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L’enfant de la mer (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



L’enfant de la mer

Vers le vaste monde, mère, tu l’envoyas,
Ornant son corps de corail et d’écume,
Peignant une vague dans sa tiède chevelure.
Ainsi l’as-tu chassée de sa demeure.
Par la nuit noire elle se glissa dans la ville
Et sous un porche elle s’installa,
Petite enfant bleue à la robe ourlée d’écume.
Ni soeur ni frère
Pour entendre ses appels et répondre à ses cris.
Son visage brillait sous la tiède chevelure
Comme une lune minuscule apparue dans le ciel.
Elle vendit son corail; elle vendit son écume;
Son coeur arc-en-ciel telle une conque se brisa:
Sur la pointe des pieds elle s’en revint chez elle.
Paix, ma fille, retourne-t-en au monde;
Retourne à la terre, à la terre obscure;
Il n’y a ici que la triste eau salée,
Qu’une poignée de sable s’écoulant de la main.

***

The sea child

Into the world you sent her, mother,
Fashioned her body of coral and foam,
Combed a wave in her hair’s warm smother,
And drove her away from home.
In the dark of the night she crept to the town
And under a doorway she laid her down,
The little blue child in the foam-fringed gown.
And never a sister and never a brother
To hear her call, to answer her cry.
Her face shone out from her hair’s warm smother
Like a moonkin up in the sky.
She sold her corals; she sold her foam;
Her rainbow heart like a singing shell
Broke in her body : she crept back home.
Peace, go back to the world, my daughter,
Daughter, go back to the darkling land;
There is nothing here but sad sea water,
And a handful of sifting sand.

(Katherine Mansfield)


Illustration: Thomas-Alexander Harrison

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Hélène ou le règne végétal (René Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017




Hélène ou le règne végétal

Tu es dans un jardin et tu es sur mes lèvres
Je ne sais quel oiseau t’imitera jamais
Ce soir je te confie mes mains pour que tu dises
A Dieu de s’en servir pour des besognes bleues

Car tu es écoutée de l’ange tes paroles
Ruissellent dans le vent comme un bouquet de blé
Et les enfants du ciel revenus de l’école
T’appréhendent avec des mines extasiées

Penche-toi à l’oreille un peu basse du trèfle
Avertis les chevaux que la terre est sauvée
Dis leur que tout est bon des ciguës et des ronces
Qu’il a suffi de ton amour pour tout changer

Je te vois mon Hélène au milieu des campagnes
Innocentant les crimes roses des vergers
Ouvrant les hauts battants du monde afin que l’homme
Atteigne les comptoirs lumineux du soleil

Quand tu es loin de moi tu es toujours présente
Tu demeures dans l’air comme une odeur de pain
Je t’attendrai cent ans mais déjà tu es mienne
Par toutes ces prairies que tu portes en toi.

(René Cadou)

Illustration: Claude Monet

 

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Une fleur offerte à ma fille (James Joyce)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017



Une fleur offerte à ma fille

Frêle la rose blanche et frêles
Sont aussi les mains qui l’offrirent;
L’âme en est plus pâle et fanée
Que la vague blême du temps.

Rosé frêle et fine — et plus frêle
Encor la sauvage merveille
Que tu voiles dans tes doux yeux,
O mon enfant aux veines bleues.

***

A flower given to my daughter

Frail the white rose and frail are
Her hands that gave
Whose soul is sere and paler
Than time’s wan wave.

Rosefrail and fair —yet frailest
A wonder wild
In gentle eyes thou veilest,
My blueveined child.

(James Joyce)


Illustration: Anne Geddes

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Que n’osent-ils goûter la langue bleue du ciel ? (Olivier Larronde)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017



Que n’osent-ils goûter la langue bleue du ciel ?

La bouche en cœur, à chatouiller des clairs de lune,
Va siroter le lait des aubes, gare, gare,
Des sphinx tête de mort sont issus de l’écume
De leurs regards,

La nuit portée sur les épaules de leurs ombres,
Aux bovines fadeurs, dont les pas sont des âges
(Serpents, sonnez le vide à leurs gestes qui sombrent).
Aux branchages sèches ressemblent les sauvages,

Seuls, qui dans la détresse des vents se décrassent
Et dans les fumants sacrilèges débandés
(Serpents, sonnez le vide !) et sous leurs carapaces,
Les morts, méditatifs comme des scarabées,

Que n’osent-ils goûter la langue bleue du ciel !

(Olivier Larronde)

Illustration: Misha Gordin

 

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Fleur bleue (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017


 


 

fleur bleue 20090523_132421_

Fleur bleue

{Refrain:}
Un doux parfum qu´on respire
C´est fleur bleue
Un regard qui vous attire
C´est fleur bleue
Des mots difficiles à dire
C´est fleur bleue
C´est fleur bleue
Une chanson qu´on fredonne
C´est fleur bleue
Un jeune amour qui se donne
Deux grands yeux qui s´abandonnent
C´est fleur bleue

On envoie des pneumatiques
A fleur bleue
Les dimanches sont poétiques
Tout fleur bleue
On se met du cosmétique
Dans les cheveux, oui parbleu, pour fleur bleue
On jure que l´on s´adore
Tous les deux
Et l´on jurerait encore
Si fleur bleue
Ne vous plaquait, ça c´est vache
Pour un dragon à moustache
Ah! Morbleu!…

Elle n´est pas revenue
Mystérieux
Oui à jamais disparue
Sans adieux
Et je suis seul dans la rue
Larmes aux yeux, larmes aux yeux, larmes aux yeux
Mais soudain le cœur bat vite
Ah, mon Dieu :
La voilà c´est la petite
L´air joyeux
Non ce n´est pas elle, quel drame
C´est une assez grosse dame
Pas fleur bleue.

Alors le printemps l´automne
Sans fleur bleue
Coulent des jours monotones
Ciel pluvieux
Et cet air que je fredonne
Sans fleur bleue, devient vieux, ennuyeux
Pourtant ne soyons pas triste
Pour fleur bleue
J´en ai là tout une liste
C´est bien mieux
Amourettes passagères
Joies peines de cœur légères
Oui, fleurs bleues.

{au Refrain}

(Charles Trenet)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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La petite lampe (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2017



 

Remedios Varo Uranga 280 [1280x768]

La petite lampe

J’allume à ma fenêtre une petite lampe,
une petite lampe bleue comme mon coeur
afin que tous les mots qui traînent dans la nuit
– les mots perdus, les mots blessés,
les mots ivres de clair de lune,
les mots amoureux de la brume,
les bons mots, les mauvais mots,
les petits et les gros mots,
les mots qui volent, qui rampent,
les mots qui luisent,
les mots qui chantent,
les obscurs,
les délaissés –
afin que tous les mots de la nuit
sachent qu’il y a ici, au bord du ciel,
la maison d’un poète
qui est prêt à les accueillir
pour les bercer, les réchauffer,
les serrer contre son cœur.

(Jean Joubert)

Illustration: Remedios Varo Uranga

 

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Je serais peut-être plus seule sans la Solitude (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2017



Je serais peut-être plus seule
Sans la Solitude —
Tant je me suis faite à mon Sort —
L’Autre — la Quiétude —

Pourrait rompre la Ténèbre —
Encombrer la petite Chambre —
Trop étriquée — de loin — pour contenir
Le Sacrement — de Sa Personne —

L’Espoir m’est étranger —
Il pourrait déranger —
Son doux cortège — profaner le lieu –
A la Souffrance consacré —

Il est peut-être plus facile
De faillir — la Terre en Vue —
Que de gagner — ma Bleue Péninsule —
Pour y périr — de Volupté —

***

It might be lonelier
Without the Loneliness —
I’m so accustomed to my Fate —
Perhaps the Other — Peace —

Would interrupt the Dark —
And crowd the little Room —
Too scant — by Cubits — to contain
The Sacrament — of Him —

I am not used to Hope —
It might intrude opon —
It’s sweet parade — blaspheme the place —
Ordained to Suffering —

It might be easier
To fail — with Land in Sight —
Than gain — my Blue Peninsula —
To perish — of Delight —

(Emily Dickinson)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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