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Poésie

Posts Tagged ‘bleuir’

Celui qui s’interroge (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



 


    
Celui qui s’interroge
requiert la patience des saules
dont le vent ébruite les paroles.

Il partage avec les marées
le poids du sel et des embruns.
Le silence qui bleuit le soir
lui permet d’avancer
à la pointe du promontoire.

Le fanal l’illumine de l’intérieur
et délivre le mot de passe
qu’il se hâte d’oublier.

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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Dans la hutte de neige (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



Dans la hutte de neige

Soleil couchant chemins que bleuit le verglas.
Douces couleurs de somnolence dans mon âme.
Luit d’une hutte dans le val un pâle éclat,
Sous la neige l’ensevelit le soir en flammes.
Aux vitres les forêts-à-prodiges déboulent
De magiques traîneaux tintent en carrousel,
À l’angle du grenier des colombes roucoulent
Et déroucoulent mon visage. Sous le gel
Rayé par des cristaux dont la pointe fulgure,
Presqu’irréel l’Irtich se noue en palpitant.
Sous des coupoles de silence et de froidure
Fleurit ce monde : un enfant de sept ans.

Dans ta neigeuse et limpide pénombre,
Hutte de mon enfance en Sibérie,
Naissent des fleurs aux pupilles de l’ombre,
Mercure en fleur qui sans fin refleurit.
Dans les recoins où se meurt la lumière
La lune expire un souffle, un halo bleu,
Mon père est blanc de la pâleur lunaire
Et sur ses mains de silence neigeux
Il tranche le pain noir, lame aiguisée
Mais charitable.
Et bleuissent ses traits.
Moi par ma pensée neuve et divisée,
Je trempe de sel, père, ton pain frais.

Le père. Le couteau. Une mèche qui fume.
Une enfance. L’enfant. Une ombre a dérobé
Au mur le violon. Plus fins que fine écume
Des sons de neige sur ma tête sont tombés.
Silence. Car le père joue. Les sons s’égrènent,
Se gravent dans les airs où le gel les sertit.
Bleuis les grains d’argent que sème mon haleine
Sur la neige de lune en verre convertie.
A travers le carreau en pelisse de glace
Un loup flaire la chair de musique, sa proie,
Silence. Au pigeonnier un petit pigeon casse,
Pique, pique, cet œuf dont il sort dans le froid.

[…]

(Avrom Sutzkever)

 Illustration: Marc Chagall

 

 

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Idylle champêtre (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2017



Idylle champêtre

Je jure par ces vers que je n’ai jamais vu languir
un plus beau soir sur de plus douces nues,
fondre plus blonde lune au cœur du firmament
ni les blés se pencher à l’air plus mollement,
qu’à cet instant suprême où je vis deux amants
se donner pour adieu le baiser des serments.

Je jure par ces vers que je n’ai jamais vu soir
plus tendre bleuir sur des épaules nues,
puis s’assombrir plus tristement sur deux élus,
— puis plus triste distance entre deux inconnus.

(Paul Fort)

Illustration

 

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Un léger tremblement précède l’aube (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2017



 

Un léger tremblement précède l’aube
Lorsque mer et ciel dans la même couleur bleuissent
Et que sont plus claires les lumières des bateaux de pêche
Et que par delà les insanités les rumeurs
Extasiée notre vie se contemple

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Les peupliers bleuissent (Wang Wei)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2016



Les fleurs tombées étouffent
le chant des oiseaux,
Les peupliers bleuissent
le passeur.

(Wang Wei)


Illustration: Claude Monet

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La musique des yeux (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2016



La musique des yeux

La lune se leva dans le ciel vaste et clair
Et l’espace bleuit, comme sous un éclair.

Pas un nuage. Rien que les étoiles vagues,
Aux feux atténués et doux de vieilles bagues.

Et c’était beau ! Plus beau qu’un rêve de vingt ans,
Plein de Dieu, plein d’amour, plein des fleurs du printemps.

Les notes, ces rayons éblouissants ou pâles
Jaillis en frissons vifs de saphirs et d’opales,

Les accords, ces couleurs, et leurs vibrations,
Ces reflets aux milliers de variations,

Mariaient leurs accents dans la nuit agrandie,
Et c’était une exquise et lente mélodie !

Les yeux ont leur musique et, dans le ciel profond,
Ce sont les astres d’or et d’argent qui la font.

J’écoutai bien longtemps chanter le ciel splendide,
Et puis, je m’endormis l’âme émue et candide…

(Albert Lozeau)

 

 

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Traversée de la France (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



Traversée de la France

D’un champ l’autre, la terre écrit son poème,
insère les arbres sur les côtés,
nous laisse tisser nos sentiers
dans le monde autour des terres labourées.

Des fleurs lancent dans le vent des cris de joie,
l’herbe pousse, qui leur offre un lit douillet,
le ciel bleuit et salue, tilleul à la main,
le soleil file de douces chaînes.

Des hommes vont, qui ne sont pas perdus —
terre, ciel, lumière et forêt —
renaissants à chaque printemps,
jouent au jeu de la Toute-Puissance.

***

Fahrt durch Frankreich

Erde dichtet Feld an Feld,
flicht die Bäume ein daneben,
läßt uns unsere Wege weben
urn die Acker in die Welt.

Blüten jubeln in dem Winde,
Gras schiefß auf, sie weich zu betten,
Himmel blaut und grüsst mit Linde,
Sonne spinnt die sanften Ketten.

Menschen gehen unverloren —
Erde, Himmel, Licht und Wald —
jeden Frühling neugeboren
spielend in das Spiel der All-Gewalt.

(Hannah Arendt)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Il bleuit le monde (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2016



Il bleuit le monde
avec ses yeux bleus.

(Yannis Ritsos)

 

 

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SUR LE SOMMET D’UNE ROCHE SAUVAGE (Endre Ady)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2015



SUR LE SOMMET D’UNE ROCHE SAUVAGE

Sur le sommet d’une roche sauvage,
Nous voilà seuls, raidis et chancelants,
Nos corps serrés et serrés nos visages.
Nul pleur, nul cri, nul mot même hésitant,
Un souffle, un seul: la chute nous attend.

Des liens de chair et de sang nous protègent
Tant qu’ils sont là, noués solidement:
La peur bleuit nos lèvres à présent.
Embrasse-moi et le silence émerge,
Dis un seul mot: la chute nous attend.

(Endre Ady)

Illustration: Rémy Disch

 

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LA FOLLE (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2015



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LA FOLLE

Elle était folle, disait-on, folle
Parce qu’elle marchait sur le même trottoir
Du matin jusqu’au soir
Sans prononcer une parole.

Elle était folle, disait-on,
Parce qu’elle s’en donnait plein la vue
Des autos qui fauchaient l’avenue
Comme pour y retrouver un nom.

Elle était folle, disait-on, folle
Parce qu’elle s’appuyait au mur
Quand à la nuit venue
Elle sentait se dérober le sol.

Elle était folle, disait-on,
Parce qu’elle ne dormait pas de hâte
De revoir dans la rade
Un soleil dont elle n’oubliait pas le nom.

Elle était folle, disait-on, folle
Parce qu’elle attendait ce bateau bleu
Qui lui avait fait signe, un jour,
Et qui pour elle faisait voile.

Elle était folle, disait-on,
Parce qu’à chaque signe
Elle s’élançait, à chaque signe
Qui s’annonçait à l’horizon.

Et parce que voyant un jour cette auto bleue
Venir à sa rencontre (elle en avait vu d’autres
De la même couleur, mais c’était celle-là
Qu’elle attendait, cette auto bleue)

Elle s’y jeta d’un élan si décidé
La face rayonnante et le coeur en fournaise
(On la dit folle, folle à lier)
Qu’elle en mourut, les gens en parlent à leur aise!

Et moi qui n’ai cherché ni le pied ni la rime
Mais autre chose qui bleuit je ne sais où,
Peu me chaut qu’on me l’impute à crime
Ou qu’on me dise fou !

(Franz Hellens)

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