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Poésie

Posts Tagged ‘blues’

BLUES EN STEREO (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2019



neige télé

 

BLUES EN STÉRÉO

TON NUMÉRO VA SORTIR!

JE T’ENVERRAI DES GERBES
ET JE T’ENVERRAI DES RÊVES
ET DES CHEVAUX AUX SABOTS D’OR
POUR TE TRANSPORTER SI LES AUTOS
SONT CHOSES TROP BANALES…

JE T’ENVERRAI UNE TRIOMPHANTE ENTRÉE
AVEC DES CRIS POUSSES PAR LA TERRE ELLE-MÊME
LES PIEDS NUS QUI BATTRONT LA GRANDE GÉNÉRALE
À LA GLOIRE DE TON NOM ET DU MIEN
UN SEUL NOM ET LE MÊME,
TOI AUSSI NU-PIEDS
DANS LE QUARTIER DES NOIRS
OÙ COULE UN ANTIQUE FLEUVE
DEVANT LES CASES QUI ABRITENT UN MILLION DE NÈGRES
ET LE DIEU BLANC NE S’Y REND JAMAIS
CAR LA LUNE LE RENDRAIT PLUS BLANC
QUE LA BLANCHEUR DE SON PROPRE MASQUE
ET STUPÉFAITE
LA NUIT PERDRAIT SA QUIÉTUDE.

DANS UNE VILLE QUI PORTE LE NOM DE STANLEY
LA NUIT CHAQUE NUIT QUI VIENT NUITAMMENT
ET LA MUSIQUE DE L’ANCIENNE MUSIQUE
EST EMPRUNTÉE POUR LES CORS
QUI NE SAVENT PAS JOUER
SUR DES MICROSILLONS QUI SE DEMANDENT
COMMENT ILS ONT JAMAIS PU VENIR JUSQUE-LÀ

QUELLE HEURE EST-IL MAMAN ?
QUELLE HEURE EST-IL MAINTENANT ?
CA M’EST ÉGAL…
MIS JE DEMANDE QUAND MÊME
QUELLE HEURE EST-IL MAMAN ?
QUELLE HEURE EST-IL MAINTENANT ?

LÀ-BAS TOUT AU BOUT DU LONG SILLON DUR QUE JE BÊCHE

J’AI CRU ENTENDRE RETENTIR LA CORNE D’ABONDANCE
MAIS, SEIGNEUR!, IL FAUT QUE JE ME PROCURE UNE NOUVELLE ANTENNE.
IL NEIGE SANS ARRÊT DANS MON TÉLÉVISEUR.

***

YOUR NUMBER’S COMING OUT!

BOUQUETS I’LL SEND YOU
AND DREAMS I’LL SEND YOU
AND HORSES SHOD WITH GOLD
ON WHICH TO RIDE IF MOTORCARS
WOULD BE TOO TAME –
TRIUMPHAL ENTRY SEND YOU
SHOUTS FROM THE EARTH ITSELF
BARE FEET TO BEAT THE GREAT DRUMBEAT
OF GLORY TO YOUR NAME AND MINE
ONE AND THE SAME:
YOU BAREFOOT, TOO,
IN THE QUARTER OF THE NEGROES
WHERE AN ANCIENT RIVER FLOWS
PAST HUTS THAT HOUSE A MILLION BLACKS
AND THE WHITE GOD NEVER GOES
FOR THE MOON WOULD WHITE HIS WHITENESS
BEYOND ITS MASK OF WHITENESS

AND THE NIGHT MIGHT BE ASTONISHED
AND SO LOSE. ITS REPOSE.

IN A TOWN NAMED AFTER STANLEY
NIGHT EACH NIGHT COMES NIGHTLY
AND THE MUSIC OF OLD MUSIC’S
BORROWED FOR THE HORNS
THAT DON’T KNOW HOW TO PLAY
ON LPs THAT WONDER
HOW THEY EVER GOT THAT WAY.

WHAT TIME IS IT, ,MAMA?
WHAT TIME IS IT NOW?
MAKES NO DIFFERENCE TO ME—
BUT I’M ASKING ANYHOW.
WHAT TIME IS IT, MAMA?
WHAT TIME NOW?

DOWN THE LONG HARD ROW’ THAT I BEEN HOEING
I THOUGHT I HEARD THE HORN OF PLENTY BLOWING.
BUT I GOT TO GET A NEW ANTENNA, LORD—
MY TV KEEPS ON SNOWING.

(Langston Hughes)

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EN CETTE RUE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018



James Zwadlo  Pedestrians-25-

 

EN CETTE RUE

Ici même
En nos voix
En notre souffle
En jazz
En blues
En nos pas
En nos chimères
Nous allons
Nous venons
Entre puits et sources
Entre masques et clartés
Corps bientôt ombres
Coeurs bientôt muets
Ici même
En cette rue
En ce bruit
En ce jour
En cet instant

Sitôt là
Sitôt partis.

(Andrée Chedid)

Illustration: James Zwadlo

 

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Toto l’éléphanteau (Pierre Delanoë)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



elephanteau  [1280x768]

Toto l’éléphanteau

Sur la dalle de la défense
Où l’avaient conduit ses vacances
Petit Toto l’éléphanteau
Regardait les écriteaux.
Défense d’entrer, d’afficher
De stationner et de doubler
De faire pipi sur les pelouses
Tout cela lui donna le blues
Et l’enfant éléphant se dit
Qu’il y avait dans ce pays
Plus de défenses assurément
Qu’au cimetière des éléphants.

(Pierre Delanoë)

 

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Chanson de Charlemagne (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Illustration: Rafal Olbinski
    
Chanson de Charlemagne
Blues

1
Quand un homme et une femme
Se rencontrent
Ils ont l’impression de commencer un jeu…
Si par hasard ils s’aiment,
C’est un jeu grave…
Si par-dessus l’ marché
Ils sont jeunes
C’est beaucoup plus grave encore
Car avec l’amour viennent des tas d’ennuis
Des tas d’ennuis…

2
Quand un homme et une femme
Se rencontrent
Ce n’est qu’un jeu charmant qui ravit l’âme
Mais s’ils s’aim’nt et le montrent
Gare à la peine!
Si les deux amoureux
Sont très jeunes
De l’amour naîtra le drame
Car s’il rend heureux l’amour sait fair’ pleurer
Sait fair’ pleurer.

Autre version :
1
Il est bien dangereux
De faire plaisir aux femmes.
On s’esquinte le tempérament
On fait des folies, des folies
Et l’on tape à côté…
De cette façon, on obtient
Un résultat diamétralement opposé
À celui que l’on espérait.

2
Ah! quel sale métier
Que faire plaisir aux femmes.
On en a mal au coeur’ mal aux pieds.
On a la cervelle estropiée
Et l’on s’est bien trompé.
On veut bien faire, on a gaffé
Car on est maladroit toujours dans ce métier.
On s’est trompé et bien trompé!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Un beau jour… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2018



Illustration: Sophie Vulliard
    
Un beau jour…
Blues

1
Un beau jour, on se rencontre
Juste le temps
De lire l’heure au cadran de la montre
Et l’amour naît en chantant
C’est un jeu d’enfant
C’est jouer avec le feu
Ce n’est qu’un jeu
Mais aussi c’est un jeu grave
Où le vaincu est toujours le plus brave
Le plus brave.

2
Quand on aime à la légère
Le ciel est bleu
Mais celle qu’on aime est une étrangère
Qui sait bien ce qu’elle veut
Ce n’est jamais peu
C’est la vie et le sang
Un jeu d’enfant
C’est un jeu un jeu très grave
Où le vaincu est toujours le plus brave
Le plus brave.

3
Lorsque l’amour vous tourmente
O jeunes gens!
Avant de choisir une douce amante
Qui vous mord à belles dents
Pensez-y longtemps
C’est jouer avec le feu
Ce n’est qu’un jeu
Mais aussi c’est un jeu grave
Où le vaincu est toujours le plus brave
Le plus brave.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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BLUES DE LA PORTE DE CUISINE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration
   

BLUES DE LA PORTE DE CUISINE

La vieille lady est morte d’un banal coup de froid.
Elle fumait des cigares à quatre-vingt-dix ans.
L’était mince comme feuille, des os de cerf-volant :
Par la porte d’la cuisine s’est envolée un soir.

Bon je suis pas plus jeune qu’était ma vieille lady,
Quand elle a perdu pied, j’ai fumé des cigares.
Me sens en bout de course et j’ai l’air d’un pauv’ gars,
Alors pour l’amour de Dieu, ferme la porte d’la cuisine !

***

KITCHEN DOOR BLUES

My old lady died of a common cold.
She smoked cigars and was ninety years old.
She was thin as paper with the ribs of a kite,
And she flew out the kitchen door one night.

Now I’m no younger ‘n the old lady was,
When she lost gravitation, and I smoke cigars.
I feel sort of peaked, an’I look kinda pore,
So for God’s sake, lock that kitchen door!

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Blues (Denis Hamel)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



 

Danny Quirk QuirkPainting151 [1280x768]

Blues

La chair et le rêve marchent sur un même chemin
ce sont de vieux amis

en-dessous de la chair il y a le squelette
en-dessous du rêve il y a

une rivière de sang

dehors l’horrible soleil éclate de rire

quelques gouttes de parfum tombent dans la poussière

les femmes nues dans les magazines
appartiennent à une cité idéale

oh, moisissure du moi

je voudrais me coucher et ne plus jamais écrire

je voudrais

ne plus jamais être amoureux

(Denis Hamel)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Danny Quirk

 

 

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Blues de l’escalier (Antonio Gamoneda)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2016


Une femme monte dans l’escalier
elle a un chaudron plein de peines.
Une femme monte dans l’escalier
elle porte le chaudron des peines.

J’ai rencontré dans l’escalier la femme
et devant moi elle a baissé les yeux.
J’ai rencontré la femme et son chaudron.
Je n’aurai plus de paix dans l’escalier.

***

Blues de la escalera

Par la escalera sube una mujer
con un caldero lleno de penas.
Por la escalera sube la mujer
con el caldero de las penas.

Encontré a una mujer en la escalera
y ella bajo sus ojos ante mi.
Encontré la mujer con el caldero.

Ya nunca tendré par en la escalera.

(Antonio Gamoneda)

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DIEU EST NÈGRE (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2015



 

Louis Armstrong

DIEU EST NÈGRE

Y avait dans la gorge à Jimmy
Tant de soleil à trois cents balles
Du blues, du rêve et du whisky
Tout comme dans les bars de Pigalle
Dieu est nègre!

C´est à la une des quotidiens
Ça fait du tort aux diplomates
Jimmy l´a vu au p´tit matin
Avec un saxo dans les pattes
Dieu est nègre!

Armstrong est reçu chez le président
Il y est allé sans sa trompette
Depuis qu´il est entré là-dedans
C´est plus du blues, c´est la tempête
Dieu est nègre!

Ça fait du bruit dans le monde entier
À faire danser tous les cimetières
Les orgues à Saint-Germain-des-Prés
En perdent le souffle et la prière
Dieu est nègre!

Il a des p´tits cheveux d´argent
Qui font au ciel comme des mirages
Et dans sa gorge y a du plain-chant
Comme dans les bars du Moyen Âge
Dieu est nègre!

Et dans la gorge à mon Jimmy
Y a du soleil à trois cents balles
Du blues, du rêve et du whisky
Comme dans les bars de Pigalle
Dieu est nègre!

Et dans l´aube grise et toute glacée
Jimmy s´endort dans l´ caniveau
En jouant d´ la trompette bouchée
Dans sa bouteille de Jéricho
Pauvre et maigre!

(Léo Ferré)

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