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Poésie

Posts Tagged ‘bobine’

UN double fond du rêve (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019



Illustration: Dyane Suib
    
UN double fond du rêve
me rappelle que je rêve.

Le rêve possède
en son fond un repli
où il conserve avec une étrange précaution
une bobine encapsulée
avec le fil qui l’unit à la veille.

A défaut de ce dense repli
le rêve s’échapperait de la vie,
nous laisserait choir ailleurs
ou peut-être finirait par nous effacer.

N’en serait-il pas de même de la mort ?
La mort n’aurait-elle pas aussi un double fond ?
Toutes choses n’en auraient-elles pas ?
La vie ne serait-elle pas un double fond
qui nous rappelle aussi quelque chose
que nous ne pouvons préciser ?

***

UN doble fondo del sueño
me recuerda que sueño.

El sueno tiene
un repliegue en el fondo
donde conserva con precaución extraña
un carretel encapsulado
con el hilo que lo une a la vigilia.

Sin ese denso pliegue
el sueño se saldría de la vida,
nos dejaría caer en otra parte
o tal vez acabara borrándonos .

¿No ocurrirá lo mismo con la muerte?
¿No tendra también la muerte un doble fondo?
No lo tendrán todas las cosas?
No será la vida un doble fondo
que nos recuerda también algo
que no podemos precisar?

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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LES BRODEUSES (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



Illustration: Charles Frederic Ulrich
    

LES BRODEUSES

Un geste engendre un autre geste mémorable
Sous la lampe. Les brodeuses
Filent l’or dans le temps régulier des horloges.
Ce soir encore le temps oscille et nous ne savons pas
Quelle heure dans la nuit toute proche s’avance.
Pour qui l’ouvrage sur vos genoux, Marie ?
Hier, dans le sillon, Novembre a découvert
Une hache rouillée perdue dans la ténèbre.
Toujours le même geste de vos mains, sous la lampe qui tremble,
Puis les ciseaux détachent le fil de la bobine, vivement
Dans la chambre à côté, l’enfant s’est endormi,
Ignorant de la mort, bercé
Par la voix qui chantonne.
La moisson lèvera sur le sol où l’on a combattu,
Les grains se mêleront aux souvenirs des morts.
Vous n’avez pas sourcillé quand il a dit : voici
Ce que la herse a fait surgir de la vieille terre.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Papier buvard (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2018




    
Papier buvard

1

La vie est un’ bobin’ de fil
J’ai eu treize ans au mois d’avril
Et je me sens vieillir très vite
Mais on m’appelle ma petite,
Une petite ?
On me donne encore des bonbons
Et je peux entrer au salon
Mais j’ai gardé mes habitudes,
Je n’aime pas la solitude
Car je voudrais rester toujours
Petite fille.
Jouer à la corde dans la cour,
Ou bien aux billes.
C’est si bon de désobéir.
Ah! cela m’ennuie de vieillir !

REFRAIN :

J’aime boire de l’encre
Et manger du papier buvard
C’est bon, c’est doux,
C’est rose et mou.
J’aime boire de l’encre
Et manger du papier buvard.
Cela sèche toute la bouche
Et ça agace les dents
Ça fait rêver d’un rêve ardent
Et farouche !
On oublie tout, on est heureuse
La vie est merveilleuse
Et droite comme un boulevard
En mangeant du papier buvard.

2

Adieu poupée, adieu leçons
Il va falloir fair’ des façons.
Le mois prochain je serai vieille
On m’appell’ra Mademoiselle,
Mademoiselle ?
On m’emmèn’ra danser au bal
Je pourrai sans faire de mal
Mettre du rouge et fair’ des choses,
On me donn’ra des bouquets d’ roses.
Ça m’ennuiera j’aim’ pas les fleurs
Ni le rouge à lèvres.
J’ai mal aux dents, j’ai mal au cœur
Et j’ai la fièvre.
Cette vie est triste à mourir
Ah ! cela m’ennuie de vieillir.

REFRAIN

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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VISIBLE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



 

femme orage

VISIBLE

Bobines de foudre dévidées
dans la déchirure de cette nuit d’hiver : tonnerre
provoqué par l’astre — comme si

ton fantôme était passé, brûlant,
dans le chas de l’aiguille, et se faufilait
net à travers la soie
du néant.

Refuse
de naître à nouveau. Quand tout le reste mourra
la mort seule
survivra en moi.

(Paul Auster)

Illustration:Ana Cruz

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La souris grignote (Pierre Menanteau)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2016




La souris grignote
Le fil de la nuit,
Toute la bobine
Se déroule ainsi:

Les gens sont posés
Dans leurs grands tiroirs
Qui ne laissent voir
Que le bout du nez.

Un meuble parfois
Se souvient du temps
Qu’il était vivant
Et parle à mi-voix.

Parfois un dormeur
Soulève sa main
Et cherche en chemin
La place du coeur.

Quelques chants d’oiseaux:
Serait-ce l’aurore?
Non, flottons encore
Au fil du repos.

La souris grignote
Le fil de la nuit,
Toute la bobine
Se déroule ainsi:

(Pierre Menanteau)

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L’hygiène de l’âme (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2016



L’hygiène de l’âme

Nous vivons dans le lit étroit de notre corps.
Il n’y a que les novices pour s’y retourner sans cesse.
Il ne faut pas tourner sur son axe,
sinon des fils aigus s’enroulent autour du coeur
comme autour d’une bobine.
Il faut croiser les bras derrière la tête, fermer les yeux
et flotter sur la rivière paresseuse de la Source des Cheveux
jusqu’à la première Cataracte du Gros Orteil.

(Zbigniew Herbert)

Illustration: Gunther Von Hagens

 

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Merceries (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2016






Merceries, ô néant des percales à chimères
des bobines de fil
dont dénudées
l’enfant fera pour son chariot des roues
des tresses et des galons
qui sur la robe de la morte
serviront
de chemins tortueux aux fourmis
aveugles à la beauté charnelle
sous le soleil de midi.

(Jean Follain)

Illustration: John Everett Millais

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LE FIL DE SARBOLEINE (Marie Modiano)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2016



LE FIL DE SARBOLEINE

” Donnez-moi
Des bobines
De fil de Sarboleine,
Je voudrais
Coudre
Ma blessure.

– Mais Monsieur,
Nous n’en avons plus.

– Savez-vous quand
Vous serez livré ?
Voyez mon cœur,
Il est à vif.

– Revenez jeudi
Dans l’après-midi :
Nous aurons
Du jaune,
Du rouge,
Et du gris aussi.”

(Marie Modiano)

Poète découvert chez Le Souffle des Mots ici

 

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La chanson du rouet (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2016



Mireille Gendron la fileuse [800x600]

La chanson du rouet

O mon cher rouet, ma blanche bobine,
Je vous aime mieux que l’or et l’argent !
Vous me donnez tout, lait, beurre et farine,
Et le gai logis, et le vêtement.
Je vous aime mieux que l’or et l’argent,
O mon cher rouet, ma blanche bobine !

O mon cher rouet, ma blanche bobine,
Vous chantez dès l’aube avec les oiseaux ;
Eté comme hiver, chanvre ou laine fine,
Par vous, jusqu’au soir, charge les fuseaux
Vous chantez dès l’aube avec les oiseaux,
O mon cher rouet, ma blanche bobine.

O mon cher rouet, ma blanche bobine,
Vous me filerez mon suaire étroit,
Quand, près de mourir et courbant l’échine.
Je ferai mon lit éternel et froid.
Vous me filerez mon suaire étroit,
O mon cher rouet, ma blanche bobine !

(Leconte de Lisle)

Illustration: Mireille Gendron

 

 

 

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